II. DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Les sphaignes habitent surtout les régions boréales ; elles occupent parfois d’immenses espaces dans les vastes marais du nord de l’Europe. Dans nos contrées, on les rencontre depuis la plaine jusqu’aux plus hauts sommets des Vosges. Déjà communes dans les marécages des régions basses , elles semblent cependant devenir plus abondantes dans la région montagneuse. Toutefois ce n’est pas l’altitude qui exerce, à elle seule, une influence marquée dans cette distribution. La nature chimique
SUR LES SPHAIGNES.
du sol agit d’une manière plus efficace. On ne trouve aucune espèce de sphaignes dans les petits marécages de la Lorraine sur les calcaires purs. Dans les environs de Rambervillers, ce phénomène nous a paru frappant ; les végétaux dont nous parlons manquent totalement sur le muschelkalk , tandis qu’ils abondent sur le grès bigarré à quelques centaines de mètres de distance. Toutes nos espèces du genre Sphagnum se retrouvent dans le Haut-Jura , mais seulement dans les tourbières profondes, lorsque la couche d’humus est devenue suffisante pour les soustraire à l’action directe du carbonate de chaux. Les sphaignes nous paraissent donc affecter une préférence positive pour les terrains siliceux ; mais leur développement dans un lieu se lie encore plus étroitement à l’existence préalable d’un sol formé de débris végétaux très décomposés et humides : en un mot, c’est la tourbe qui constitue le support nécessaire des Sphagnums. Dans les montagnes des Vosges, où les sphaignes se trouvent fréquemment et en grande quantité , on ne les voit jamais s’établir sur un sol arénacé ou granitique pur; elles cherchent des emplacements où la terre de bruyère humide forme déjà une couche de quelque épaisseur. Si l’humidité est suffisante pour activer leur végétation , bientôt leurs propres débris s’ajoutant à l’humus précédent, leur développement ultérieur sera complètement assuré. C’est, en effet, sur les terrains couverts de Calluna vulgaris et humides que l’on remarque avec intérêt les premières installations des Sphagnums par petits groupes. Il en est de même au bord de nos lacs, les sphaignes ne s’y établissent jamais dans l’eau vive , sur le sable nu , mais seulement dans les recoins abrités, tout à fait stagnants, lorsque les cypéracées , les airelles, les bouleaux ont préparé la vase noire qui leur convient ; mais une fois qu’elles ont rencontré des stations propices, leur végétation devient exubérante et ne s’arrête plus; c’est merveille de voir le travail végétatif du Sphagnum cuspidatum dans les anciennes tourbières des Hautes-Vosges. Sur les pentes boisées et souvent humides des collines du grès vosgien, le Sphagnum aculifolium n’est guère moins abondant; viennent ensuite les Sphagnum cymbi folium , rigidum et subsecundum
GÉNÉRALITÉS
qui croissent clans les marécages des régions basses ou encore dans les grandes tourbières; le Spli. squarrosum , moins commun, se trouve aux lieux très humides et escarpés des forêts de la haute montagne ; les autres espèces sont rares.