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Flore de la Gironde

Bien que J.-F. Laterrade ait donné dès 1811 une Flore de la Gironde, notre département est encore très insuffisamment exploré. Les genres critiques ne sont presque pas représentés dans les herbiers, et il m'est impossible de les donner ici d’une façon satisfaisante. Je m'efforcerai de combler cette lacune dans une seconde édition; mais le concours des explorateurs de la région m'est absolument nécessaire. Je les exhorte done à multiplier leurs courses et à me faire part de leurs récoltes. Je leur recommande expressément de noter sur le vif tous les caractè-

res qui deviennent peu distincts par la dessication. — C’est afin de provoquer les communications des botanistes girondins que j'ai pris le parti de publier d’abord ce travail par fragments dans les Actes de la Société Linnéenne.

Je dois dire quelques mots du parti-pris que j'ai adopté dans cet ouvrage. |

Au-dessous du genre et de ses subdivisions, il y a deux sortes de types dont il faut tenir compte pour se conformer à la réalité : le stirpe et l'espèce.

Le stirpe ne peut être confondu avec les subdivisions du sœenre, Car il offre wn type un, particulier et distinct (quoique souvent décomposable), ce qui n’est pas le cas des sections génériques, qui sont établies sur un ou deux caractères seulement. Au reste, voici comment je caractérise les deux ordres d'unités que je distingue :

* 1° Lorsque entre deux types il n’y a pas de transitions, c’est-à-dire lorsqu'il n'existe pas dans la nature, entre les représentants purs de l’un et de l’autre, des formes intermédiai-

res où s’effacent successivement les caractères distinctifs et les limites réciproques des deux types, je donne à ceux-ci le nom de sTIRPES. — Telles sont la plupart des espèces linnéennes.

2° Lorsque deux types, d’ailleurs bien distincts sous leurs formes extrêmes, présentent dans la nature des formes de transition plus ou moins nombreuses, qui effacent entre eux toute limite précise et qui sont la trace encore subsistante d’une origine commune entre les deux types considérés, ceux-ci sont pour moi des ESPÈCES ou des VARIÉTÉS. — Ils sont des espêces, lorsque les descendants du premier, obtenus par semis successifs dans nos cultures, ne reproduisent jamais le second, et réciproquement. — Ils sont des variétés, lorsque la culture amène tôt ou tard l’un des deux types à rentrer dans l’autre.

Le Fumaria capreolata L. est un stirpe; les F. Bastardi, Boræi, etc., sont des espèces contenues dans ce même stirpe. — Il n’y a pas de transitions insensibles entre les formes du F. capreolata et les autres stirpes du genre; il y en a, suivant moi, une série continue et qu’on peut réunir, entre les espèces dérivées que je viens de citer. Mais, comme les semis successifs des graines de F. Bastardi pur, par exemple, n’amènent jamais un produit identique au #, Boræi type, ces deux formes ne sont pas des variétés d’une même espèce, mais des espèces d’un même stirpe, qui est le F. capreolata.

Je me résume sous une autre forme en disant : l'espèce a son unité dans la filiation actuellement existante; le stirpe ne tire la sienne que de la ressemblance des éléments qui le composent, en tant que cette ressemblance est l'indice d’une origine commune, c’est-à-dire d’une filiation qui a cessé actuellement d'exister.

Un stirpe peut être représenté par une espèce unique : — Ex. Fumaria densiflora D.C., Ranunculus divaricatus Schrank, ou par plusieurs espèces, dont l’ensemble le constitue : — Ex.

F. capreolata L., Ranunculus aquatilis L.; mais, dans ce dernier cas, ii est presque toujours impossible de dire si l’une de ces espèces est la continuation d’un type primitif d'où les autres procèdent, ou si, au contraire, ce type primitif a disparu, ne laissant après lui que des formes dérivées.

A la vérité, le mot séirpe (souche) est impropre quand il s'agit de ces types entiers et indécomposables qui ne sont représentés que par une espèce unique, et qui, n'ayant pas de dérivés, n’ont aucun caractère ancestral. Aussi n'est-ce que par extension que je les désigne sous ce nom, et parce qu'ils expriment des unités de même ordre que les stirpes proprement dits,

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en ce sens qu'ils ne sont réunis, ainsi qu'eux, par aucun intermédiaire aux types voisins.

Au fond, le stirpe proprement dit n’est, après tout, qu’un groupe d'espèces; mais le plus étroit de tous les groupes, et tel qu'à travers les différences morphologiques que l’examen constate, il offre toujours une unité d'aspect assez grande pour que beaucoup de botanistes ne veuillent rien voir au-dessous de lui comme unité distincte.

L'important avantage de la distinction que j’établis entre les stirpes et les espèces dérivées, est d'exprimer, quoique souvent d’une façon très imparfaite, vu l’état actuel de nos connaissances, Yes relations réciproques et les valeurs très diverses des différents types qu’on se contente d’énumérer à la file dans les ouvrages descriptifs.

Au reste, cette distinction de deux sortes de types ou unités de valeur et de signification inégales a été faite épisodiquement par M. Alexandre Braun, dans ses Characées africaines. Seulement il appelle espèce ce que j'appelle stirpe, et sous-espèce ce que je nomme espèce.— Mais, comme l'espèce est essentiellement constituée par la continuité de filiation entre ses réprésentants, et que des plantes qui ne peuvent être conçues théoriquement comme issues de parents communs appartiennent nécessairement à des espèces différentes, les sous-espèces de M. Braun, qui sont précisément dans ce cas, ne sont pas autre chose que de véritables espèces. C’est pourquoi, pour désigner les mêmes choses, j'ai employé d’autres termes, qui sont une application plus juste du langage reçu à l'expression des faits.

Je crois fermement que le parti-pris que j’adopte présentera dans la pratique des avantages sérieux. Ceux qui ne pourront arriver à la détermination des espèces dérivées auront la faculté de s’en tenir au stirpe, toujours facile à déterminer; et ceux qui voudront aller plus loin trouveront dans cet ouvrage les moyens d'y parvenir, moyens qui leur font absolument défaut dans les flores où l’on ne tient compte que des formes extrêmement tranchées, ce qui est le cas de l’école linnéenne pure. J'avoue toutefois qu'un grand nombre de formes qui ont été élevées au rang d'espèces par M. Jordan ou par son école ne seront pas consignées ici, soit parce que je n'ai pu parvenir à les distinguer, soit parce que je n’admets pas leur autonomie.

Ayant adopté un nouveau mode de classement, fondé sur l’existence de types subordonnés, j'aurais dû, dans beaucoup de cas, pour exprimer cette manière de voir, créer des dénominations

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nouvelles. A tort ou à raison, je n’ai pu m'y résoudre. Je me suis contenté de me faire entendre, en faisant suivre chaque nom que j'employais de celui d’un auteur autorisé qui lui donne précisément l’acception que j'avais alors en vue. C’est ainsi que l’on trouvera parmi les espèces dérivées du À. aquatilis (L.) Coss. ‘et Germ.! un À. aquatilis (L.) Godron! Il y a là deux acceptions bien distinctes, et pourtant un nom unique. Cela n’est guère conforme aux lois de la nomenclature; mais j'ai reculé devant l'inconvénient d'introduire dans la science un grand nombre de noms nouveaux, bien que j'eusse dû sans doute tirer les conséquences logiques d’un parti-pris que je crois fondé sur la vraie nature des choses. |

Pour la série des familles, j’ai conservé l’arrangement de De Candolle, non comme le meilleur, mais comme le plus usité de beaucoup et conséquemment le plus commode pour la plupart des botanistes. Si j'avais eu à faire la flore d’une vaste région, j'aurais procédé autrement; mais une flore départementale ne peut donner qu’une série extrêmement incomplète des familles végétales, et, dans ce cas, l'utilité d’un ordre rationnel le cède, à mon avis, aux avantages d’une classification très familière au lecteur et qu'il est habitué à rencontrer dans presque tous les ouvrages descriptifs.

Je n’ajouterai qu'un mot pour clore cet avertissement : je me propose de décrire les plantes énumérées dans cet ouvrage sur des échantillons authentiques récoltés dans nos limites, et non

d’après des travaux imprimés, ni sur des plantes recueillies hors de notre région.

Observation. — J'aurais voulu citer plus souvent l'ouvrage de feu Laterrade; mais je n’ai pu, malgré tous mes efforts, obtenir de son petit-fils communication de son herbier. Il ne me restait

pour garantie que les affirmations de la Flore bordelaise, ce qui malheureusement ne saurait suffire.

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