Gentiane jaune. DICT. BOT., n
Gentiana lutea. LIN. sp., 320.
Fleurs jaunes et verticillées. Calices fendus en manière de spathe. Vivace.
Cette plante est très commune dans les hautes montagnes des vallées d’Aspe et d'Ossau. Sa racine, dont l’amertume égale au moins celle du quinquina, peut être regardée comme le meilleur remède tonique, fébrifuge et antiseptique d'Europe. On s’en sert avec succès dans la dyspepsie causée par le défaut d'activité de la bile et par la faiblesse de l'estomac, dans la convalescence des fièvres intermittentes et dans le traitement de la gangrène. On la prescrit en poudre, à la dose de quelques grains jusqu'à un gros, ou en décoction à la dose d’un à deux gros pour chaque livre d’eau ou de vin. La découverte du quinquina a fait abandonner la gentiane, autrefois si vantée dans le traitement des fièvres intermittentes. Il est probable qu’on arrêterait les acces et le danger de ces maladies, souvent pernicieuses, avec la racine de gentiane aussi bien qu'avec l'écorce du Pérou si on la faisait prendre à la même dose et avec les mêmes précautions.
La racine de gentiane, hachée et macérée dans l'eau, fermente bientôt et rend par la distillation un esprit ardent, très fort et très pénétrant. Les citoyens Zacharie, Heff et Lourse, distillateurs, établirent en l'an VII un atelier aux Eaux -Chaudes pour la fabrication en grand de l’eau-de-vie de gentiane. Ils s’attendaient à vendre cette liqueur aux marins, persuadés qu'ils la préfèreraient à l'eau-de-vie ordinaire comme plus vive et plus aromatique ; mais comme elle conserve l’amertume de la plante et qu'elle contracte une odeur empyreumatique par la distillation à feu nu, elle attaque la gorge d’une manière très désagréable et elle déplaît assez généralement aux buveurs. Il serait facile de prévenir ces défauts et d’en faire peut-être une liqueur agréable par la distillation au bain-marie. Au surplus, l’eau-de-vie de gentiane est un excellent remède vermifuge, à la dose d’une cuillerée à café pour un enfant de deux ou trois ans.