‹ Flore des Basses-PyrénéesChapitre 362 sur 1213 · Lin d'usage. FL. FR., 702, v · texte numérisé non relu

Lin d'usage. FL. FR., 702, v

Linum usitatissimum. Lin. sP., 397.

Calices et capsules mucronés. Pétales crénelés. Feuilles lancéolées. Tige solitaire. Annuelle.

a. Lin d'hiver, dont les capsules demeurent fermées au soleil. b. Lin d’été, dont les capsules s'ouvrent spontanément au soleil.

Cette plante croît naturellement dans les prés humides. Elle fleurit vers la fin du printemps.

Le lin est une des plantes les plus précieuses du règne végétal. Elle ne le cède en utilité qu'au froment et autres plantes alimentaires, au chêne et autres arbres forestiers. Le premier soin des hommes fut toujours de se procurer la nourriture, le second celui de se construire un asile ; ils éprouvèrent bientôt après le besoin de se vêtir et l'écorce filamenteuse du lin leur fournit de bonne heure une matière excellente pour la fabrication des vêtements. Nous parlons tous les jours avec une ridicule jactance du progrès des lumières et de la perfection des arts au xviie siècle, comme si nous étions plus heureux que nos ancêtres, comme s'ils n'avaient pas su pourvoir à leurs besoins tout aussi bien que nous, comme s'ils n'avaient pas découvert de bonne heure tous les moyens de conservation que nous possédons et les arts les plus nécessaires (1). Aussi voyons-nous l'usage du lin établi dans l'antiquité

1. — Cette observation est encore plus juste au xx° siècle. On entend tous les jours des gens qui parlent avec une admiration naïve des progrès modernes. Sans doute, chaque siècle apporte son contingent à l'amélioration des conditions d’existence de l’homme, mais il n’y a pas de quoi nous imaginer que nous sommes beaucoup au dessus des hommes qui nous ont précédés. On pourrait même faire remarquer que les merveilleuses inventions dont nos contemporains tirent tant d’orgueil ne sont que des applications pratiques de découvertes dues au génie. Le premier homme qui a eu

- l’idée de mettre une plateforme sur des roues a eu’ besoin de plus d’esprit pour penser à cela qu’il n’en faut pour faire des chefs-d’œuvre de carrosserie. Le véritable inventeur des chemins de fer et des automobiles est celui qui a remarqué la force d’expansion de la vapeur. Au surplus, les grands progrès de ces derniers temps n’ont guère eu pour objet que les moyens de transport ; le télégraphe et l’imprimerie elle-même sont des moyens de transporter le langage et les idées. Cela n’est pas sans valeur, mais la facilité des transports n’est pas tout dans la vie, et elle n’est peut-être acquise qu’au détriment de bien d’autres qualités. Pourrait-on soutenir que nos artistes sont en progrès sur ceux de la Grèce antique, que notre poésie dépasse la poésie latine, que nos philosophes en savent plus que ceux de l'Égypte ou de la Chine ?

la plus reculée. Homère nous apprend qu'Ajax-Oîïlée portait une tunique de lin (Iliade, lib. Il), et sous le nom de lin il désigne tantôt le fil de la parque (Iliade, lib. XX), tantôt un filet de pêcheur (Iliade, lib. XVI), tantôt un certain tissu (Odyssée, lib. XIII), ce qui suppose la culture du lin et les arts qui le mettent en œuvre établis avant la guerre de Troie.

C’est l'écorce de la plante dont il s’agit dans cet article qui est la matière du linge, dont il se fait une consommation prodigieuse pour la personne, pour la table, pour la nuit et pour toutes les nécessités du ménage. Le linge est plus ou moins fin, plus ou moins blanc, plus ou moins cotonneux, plus ou moins durable suivant les qualités du terroir, l'influence des saisons, les variétés du lin et la perfection des arts qui le mettent en œuvre.

Le lin est de toutes les plantes cultivées celle qui exige le plus de soins et de manipulations différentes, depuis le choix des semences jusqu'a la dernière destination de leur produit. Pendant la végétation il faut faire continuellement la guerre aux rats et aux taupes qui le font périr en creusant leurs domiciles souterrains. Il faut le sarcler avec beaucoup d'attention et savoir saisir le vrai point de maturité pour l’arracher. Il est essentiel de le javeler avant de le retirer en gerbes : on refait les poignées avec plus d'égalité et on les épluche avec soin pour enlever les mauvaises plantes. Ensuite on l'égraine et on le fait rouir en l’étendant sur des prairies nouvellement fauchées, où il demeure exposé à la rosée pendant quinze ou vingt jours. Il est temps de le ramasser lorsque la partie ligneuse se brise entre les doigts et se sépare facilement de l'écorce. On refait les poignées. On les bat sur des pierres avec des cylindres ou des marteaux de bois. On les fait chauffer, ou dans les fours après en avoir retiré le pain, ou sur une claie soutenue par quatre piquets à l'ouverture d’un fourneau creusé dans la terre. On broie le lin pour en séparer le bois et le convertir en filasse. On le repasse une seconde fois à la broye pour l’adoucir. On l’apprête en le peignant une première fois, ce qui donne deux produits qui sont le lin et l'étoupe. On raffine le lin en le passant dans un second peigne dont les pointes sont plus rapprochées et l'on obtient encore deux produits : la seconde étoupe et le lin raffiné. On file au fuseau ces différents produits. On met le fil en écheveaux. On le lave dans l'eau courante. On le lessive plusieurs fois pour le blanchir. On le dévide en pelotons et on le livre au tisserand pour fabriquer de grosses toiles avec le fil des étoupes, des mouchoirs et des linges fins avec les lins raffinés, des toiles de ménage avec les fils des secondes étoupes ou des lins de médiocre qualité.

Les différentes opérations dont nous venons de parler sont parmi

nous l'occupation ordinaire des personnes du sexe. Dans les beaux temps de la République romaine, on jugeait à la vue d’un jardin en mauvais état que la femme du logis était une mauvaise ménagère ; ici, nous avons une très mauvaise opinion d'une femme lorsqu'une maison est dépourvue de linge. Nous observerons ici que les toiles de nos lins sont drapées et cotonneuses ; celles qui sont fabriquées avec les lins du commerce n'ont point cette qualité qui, suivant Pline (Hist. nat., lib. XVIII, cap. 1), était agréable aux uns et déplaisait aux autres. On sait que les étrangers font rouir leur lin par la

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macération dans l’eau et que notre methode consiste à l’exposer à la rosée sur des prairies nouvellement fauchées. C'est peut-être à cette différence qu'il faut attribuer les différents effets dont nous venons de parler.

Nos lins sont presque généralement filés au fuseau ; nos bonnes ménageres, persuadées que la salive contribue à la perfection du fil et à la durée de la toile, n’ont jamais voulu se servir du rouet; maïs l’art de la filature est bien éloigné de la perfection à laquelle il paraît que les Romains l'avaient porté. Pline assure avoir vu un filet de chasse pour les bêtes fauves, d’une si grande finesse qu'on le faisait passer dans une bague avec tous ses cordages, et dont la chaîne était un assemblage de cent cinquante fils de lin.

Les lins récoltés dans le pays suffiraient à la consommation intérieure ; mais l'industrie des habitants s’est portée depuis quelque temps sur la fabrication des mouchoirs, et les manufacturiers consomment une quantité considérable de lins et de fils que le commerce étranger vient débarquer à Bayonne.

On sème le lin d'hiver pendant le mois d'octobre ; on le récolte vers la fin de juin. La filasse qui en provient n'est jamais d’une grande finesse, mais le fil en est plus-solide et les toiles beaucoup plus durables. Les capsules ne s'ouvrent pas spontanément ; il faut les battre sur l'aire pour en séparer les semences.

On sème le lin d’été vers le commencement d'avril et on le récolte vers la fin de juillet. C’est cette variété qui donne la plus belle filasse et la matière de nos plus belles chemises, de nos mouchoirs et de notre superbe linge de table. Les capsules s'ouvrent au soleil ; il suffit, pour en séparer la graine, de les étendre sur l’aire et de les vanner.

On sème souvent la graine provenant du lin d'hiver au mois d'avril, comme le lin d'été. La filasse tient le milieu pour la finesse entre les deux premières variétés, mais les capsules ne s'ouvrent pas spontanément, ce qui a fait donner à cette variété le nom vulgaire de /1 barrat, lin fermé.

La graine de lin contient dans son parenchyme une huile grasse, bonne à brûler et très adoucissante pour l'usage de la médecine. Elle contient aussi un mucilage abondant et épais qu’on en retire par l'infusion et la décoction dans l’eau. L'usage intérieur de cette tisane est un des meilleurs remèdes adoucissants dans les maladies inflammatoires de l'estomac et des intestins et dans les ulcérations des reins et de la vessie. Les lavements préparés avec une décoction épaisse de graine de lin, donnés au quart de la dose ordinaire, sont d’une très grande ressource dans la dysenterie.

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