LES FEMMES CHANTRES DES FLEURS
Mais quoi ! parmi tant de portraits divers,
Ce sexe intéressant, modèle de la grâce (Et j’ensuis honteux pour mes vers)
Dans mes tableaux n’a pas encor de place ; Rappelons-nous ce fameux Genevois Qui, dans Saint-Preux nous peignant son image De son brillant génie aux belles fit hommage ;
Et, pour mieux les flatter, s’en plaignait quelquefois.
Si j’en crois son expérience,
Ce qui blesse le plus ce sexe impérieux ,
NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS
Ce n’est point le dépit , le soupçon , l'exigence ,
Mais le dédain, la tiède négligence ,
Et d’un cœur froid le calme injurieux.
Par ses accents flatteurs la louange l’attire ;
Par le silence il se croit avili;
Son oi’gueil exigeant Un trouve un air d’oubli,
Et l’oubli lui déplait bien plus que la satire, Parlons-en donc au risque d’en médire.
11 fallait vraiment que le chantre aimable des jardins eût marché sur le houblon ou sur la garance le jour où il écrivaitces vers. Pour moi, qui mesuis faitl’historien des fleurs, je ne laisserai pas sans réponse un fragment véritablement injurieux pour les belles. Certes les femmes ont d’autres droits à notre attention que ceux qu’elles basent sur un orgueil exigeant, et Delille le reconnaît lui même quand il dit un peu plus loin :
Mais si j’en crois mon cœur, c’est à vous, sexe aimable,,
Qu’on doit des entretiens le charme inexprimable :
Avec un tact plus fin, des sens plus délicats Vous gouvernez vos modestes états;
Vous maniez avec plus de souplesse
Des passions la sauvage rudesse.
Nous raisonnons, et vous persuadez.