CHAPITRE XI
— Ma fille, répondit la mère,
Tel est le sort de la beauté ;
Comme tes fleurs elle est bien passagère ;
Un jour ternit son éclat tant vanté.
Mais de ces corolles fanées,
Vois, il s exhale encor des parfums enivrants Bien plus doux que l’éclat dont étaient couronnées Ces filles du printemps.
Si tu n avais cueilli qu’une fleur inodore,
Que lui resterait il en perdant sa fraîcheur ?
Bien; puisque son mérite était dans sa couleur.
Mais quand la beaute fuit, la vertu reste encoi’e.
Madame Pourmarin, née Devaux d’Hugueville.
On aime à voir ainsi la beauté proclamer ellemême son néant, et instruire la jeunesse inexpérimentée du besoin qu’a la femme d’ajouter les grâces de l’esprit et les qualités du cœur aux charmes qu’elle a reçus de la nature.
Madame la comtesse de Bradi a chanté les fleurs en beaux vers et elle a consacré sa prose élégante à retracer 1 histoire de quelques-unes d’entre-elles. Celle prose, vous avez pu l’apprécier dans l’article delà tulipe, je vais maintenant vous citer une pièce écrite au bas d une fritillaire couronne impériale peinte par Redouté.
N0UVE4Ü langage des fleurs.
Noble et brillante fleur, ornement des parterres,
Elle séduit les yeux, par ses vives couleurs ;
Le sage en la voyant, rêve sur les grandeurs,
Et de plus d’un mortel déplore les misères ,
« O fleur, dit-il, ton nom ne touche point mon cœur.. » Tu me rappelles la victoire,
» Les faisceaux, la pourpre, la gloire,
» Les muses, les beaux arts, l’honneur....
» Mais tu n’étais pas le bonheur. »
Vous parlerai-je maintenant de M me Desbordes Valmore? Mais vous connaissez comme moi sa poésie douce et mélancolique ; n’importe ce qu’écrit cette dame se lit toujours avec plaisir.