SENSITIVE
Je vous ai entretenu précédemment des phénomènes que présente cette jolie plante de l’Amérique méridionale; mais je ne puis me dispenser de rapporter la jolie fable que la sensitive a inspirée à M. Albéric Deville :
Un frêne qui depuis longtemps Affrontait l’effort des autans,
Insultait à la sensitive.
« Quel est ton sort, plante faible et craintive?
Le moindre souffle, lie'las! te re'duit aux abois; Tandis que j’ai bravé cent fois Des ouragans la fureur destructive.
Mon tronc rameux, par un siècle endurci,
Reçoit du bûcheron de profondes blessures ;
Ce sont pour moi quelques egratignures Dont je n éprouve aucun souci;
(l) Béranger.
CHAPITP.E V.
Mais toi, si Ton touche à tes feuilles,
Au même instant tu te recueilles Avec un air triste, abattu •
Tu n’as, vraiment, ni force ni vertu. » Croit-on qu’à ce vain persifflage La sensitive ait répondu p Son cœur s’en est bien de'fendu ;
Le de'pit, seulement, agita son feuillage.
Sexe charmant, qu’embellit la douceur, A vos vainqueurs abandonnez l’audace :
La sensibilité doit guider votre cœur;
Et la force déplaît où l’on aime la grâce !