‹ Flore des damesChapitre 75 sur 169 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ment les ombres amoureuses; ce fut là qu’Enée retrouva la reine de Carthage.

La feuille du myrte est piquetée d’une multitude de points qu’on aperçoit en transparence, Je vous ai fait connaître, à propos du mille-pertuis (1), quelle était la cause de cette singularité ; mais les anciens, trop poètes pour attribuer aux choses une origine naturelle, ont supposé que ce phénomène était le résultat de l’aventure suivante :

Il y avait près de Trézène, un myrte sous lequel la malheureuse Phèdre, nourrissant en secret son amour criminel, allait admirer Hippolyte lorsqu’il se livrait à ses exercices dangereux : dans sa rêverie, l’épouse de Thésée avait criblé, avec l’aiguille de ses cheveux, les feuilles de ce myrte. On bâtit depuis dans ce lieu un temple consacré à Vénus spéculatrice ( Vénus regardant).

C’est avec le bois du myrte que l’amour fait son arc victorieux, sans doute Hoffmann songeait autant à cet emploi qu’au sentiment dont le myrte est l’emblème, quand il l'a fait parler ainsi au laurier :

(1) Voir Botanique à l’usage des dames et des jeunes personnes, promenade III, page 64.

NOUVEAU LANGAGE DES FLEURS

Le laurier disait un jour,

Au myrte du voisinage :

« Va fuis loin de ce rivage,

Vil arbrisseau de l’amour!

Faible ennemi de la gloire,

Tu souilles par tes rameaux La couronne des héros,

Et l'arbre de la victoire. »

— Ne sais tu pas qui je suis ?

Dit le myrte débonnaire;

C’est moi qui rends à la terre Le bonheur que tu détruis,

Est-ce bien moi cpie tu braves,

Moi qui compte tant d’heureux,

Et qui fais autant d’esclaves De tous tes héros fameux ?

Page 1