‹ Flore médicale (volume 2)Chapitre 10 sur 73 · FRA 0 ALTER BERLE; ACHE D'EAU · texte numérisé non relu

FRA 0 ALTER BERLE; ACHE D'EAU

PAROIAIS EEE CE UPPER WATER -PARSNEP ; NARROW -LEAVED SKIRRET, Waillich; water - SMALLAGE, C. :

Allemand......... WASSER-PASTINAKE ; WASSEREPPICH.

Hollandais. ....... WATER-PASTINAKE; WATER-EPPE.

CETTE plante vivace, très-commune dans les climats chauds et tempérés, se plaît dans les ruisseaux, les fontaines, les fossés aquatiques, sur le bord des étangs.

La racine est blanche, fibreuse, rampante, noueuse. — Ta tige droite, cylindrique, rameuse, s’élève à la hauteur d’un pied et demi. — Les feuilles sont alternes et simplement aïlées : les inférieures composées de treize ou quinze folioles ovales serretées; les supérieures plus petites, plus profondément dentées, quelques-unes presque laciniées. — Les fleurs sont disposées en ombelles pédonculées, qui sortent des aisselles supérieures des feuilles, et leur sont opposées. La collerette universelle est formée de cinq ou six folioles lancéolées, inégales, la plupart pinnatifides. Les cinq pétales sont blancs, subcordiformes: les cinq étamines portent à l’extrémité de leurs filamens des anthères arrondies; l’ovaire inférieur est chargé de deux styles courts. — Le fruit est sphéroïde, strié, composé de deux graines planoconvexes , appliquées l’une contre l’autre.

Comprise dans la même famille que lache, la berle se rapproche également de cette plante par ses qualités physiques et ses propriétés médicamenteuses : aussi l’appelle-t-on communément ache d'eau. Les feuilles, dit Macquart, ont une légère âcreté qui n'empêche pas de

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BERLE

les manger en salade. Leur suc et leur décoction, rarement employés, passaient pour antiscorbutiques, fébrifuges, apéritifs, emménagogues, diurétiques et même lithontriptiques'. Les graines ont l'odeur aromatique et la saveur piquante qui distinguent la plupart des ombellifères.

Parmi les autres espèces du genre sium, il en est plusieurs qui méritent d’être signalées : telles sont principalement la berle des potagers, stum sisarum , plus connue sous le nom de chervi, et à laquelle je consacrerai un article; et la berle de la Chine, sum ninsi, dont je parlerai en traitant du ginseng.

* Certains étymologistes apercoivent dans cette vertu l’origine du mot sium, set Auov, je remue, je chasse la pierre ; d’autres y voient l’agitation perpétuelle de la plante elle-même par l’effet des vents et des ondes. Théis aime mieux y reconnaître le terme celtique siw, eau. Quant à moi, je regarde tout simplement suov Comme une dénomination grecque radicale.

M. Théis fait pareillement venir berle du celtique beler ou veler, cresson ou plante analogue. Peu de personnes adopteront cette étymologie.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est de grandeur naturelle.) — 1. Feuille radicale, au trait, — 2. Fleur entière, grossie. — 3, Fruit de grosseur naturelle. — 4%. Le même grossi.

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BETEL.

BETRE Sive TEMBUL ‘ ; Bauhin, MiveË, lib. 2, sect. 3.

PIPER BETEL; foliis ovatis, oblongiusculis, acuminatis, septinerviis , petiolis bidentatis ; Linné , clas. 2, diandrie trigynie ; — Jussieu, clas. 15, ord. 3, orties.

Français. ......... BETEL.

Les Indes Orientales sont la patrie du betel, qui croît de préférence sur les bords de la mer.

Les tiges, pliantes, lisses et striées, s'appuient et se fixent sur les corps voisins. — Les feuilles, alternes, assez grandes, subcordiformes, acuminées, glabres, marquées de sept nervures d’inégale longueur, sont soutenues par des pétioles canaliculés à leur base, et munis supérieurement de deux dents. — Les fleurs sont disposées en un épi cylindrique, étroit, serré, pendant vers la terre à l’extrémité d’un long pédoncule opposé aux feuilles : autour de l’axe de cet épi sont rangées alternativement de petites écailles ; dans l’aisselle de chacune est placée une fleur composée de deux squamules calicinales, contenant deux étamines courtes, et un ovaire sphérique surmonté de trois styles en alêne, légèrement plumeux. — Le fruit consiste en petites baies globuleuses , verdâtres , monospermes, fixées el comme agglomérées le long de l’épi, spadice ou chaton, qui ressemble à la queue d’un lézard ?.

Si le betel préfère généralement les plages maritimes, on le voit prospérer , à l’aide de la culture, dans l’intérieur des terres. Sarmen:-

* Les noins de betel, betle, betre, adoptés par les Européens, sont empruntés et presque littéralement copiés de l’idiome malais, comme ceux de tembul ou tamboul le sont de l’arabe.

2 Toutes les parties de la fructification du betel sont tellement exiguës, qu'il faut une forte lentille pour les bien observer; encore cela ne peut-il se faire que sur le vivant.

Le dessin qui représente ce végétal exotique est de grandeur naturelle. (T.)

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BETEL.

teux comme la vigne, 1l exige à peu près les mêmes soins, grimpe également le long des échalas où des arbres. On le marie parfois à l’aree, avec lequel il forme de jolis berceaux, d’agréables tonnelles. Cette union, d’ailleurs, associe, en quelque sorte d’avance, deux plantes qui, dans l’usage ordinaire de la vie, ne sont presque jamais employées lune sans l’autre. En effet, les Indiens mâchent continuellement une préparation qu’ils désignent sous le nom de betel, bien que les feuilles brülantes de ce poivre en forment à peine le quart; la chaux vive y entre dans la même proportion, tandis que la noix d’arec constitue la moitié de ce masticatoire, qui est devenu, pour les habitans des contrées équatoriales, un objet de première nécessité. On mâche du betel pendant les visites; on en tient à la main ; on s’en offre en se saluant et à toute heure; lorsqu'on se quitte pour quelque temps, on se fait présent de betel, renfermé dans une bourse de soie. On n’ose parler aux grands sans avoir du betel dans la bouche. Les femmes, et surtout les femmes galantes, sont passionnées pour cette drogue, qui, suivant elles, dispose merveilleusement aux plaisirs de l'amour *.

« Ce masticatoire donne à la salive et aux autres liquides animaux une couleur rouge de brique qui se transmet aux excrémens: il stimule fortement les glandes salivaires et les organes digestifs, diminue la transpiration cutanée, et prévient ainsi les affections atoniques qui résultent, dans les pays chauds, de cette évacuation trop abondante. Le betel est si irritant, qu'il corrode par degré la substance dentaire , au point que les personnes qui en mächent habituellement sont privées, dès l’âge de vingt-cinq à trente ans, de toute la partie des dents qui est hors des gencives; mais cet inconvénient n'empêche pas que son usage nesoit universellement répandu dans toutes les îles de la mer des Indes. 1] semble que les habitans de ces ardens climats sont invités par la nature à faire usage des aromates et des épices qui croissent abondamment sous leurs pas : de là, sans doute, l’usage de ces cariks d’une excessive âcreté, que l’on sert sur la table du prince et sur celle de l’esclave ?. »

1 Ray, Historia plantarum, 1716.

Macquart, dans l'Encyclopédie méthodique : Médecine, tome 111, page 704. ? Hallé et Nysten, dans le Dictionnaire des Sciences médicales, tome r11, page 92.

BETEL.

Les docteurs Hallé et Nysten pensent , avec Peron , que les Européens, à leur arrivée dans les pays chauds, n’ont pas de moyen plus puissant pour conserver leur santé, que de se soumettre à l'emploi du betel, ou d’un autre stimulant analogue. Après avoir tracé avec autant de fidélité que d'énergie le tableau des accidens auxquels expose le passage subit d’une température modérée à une chaleur dévorante, MM. Hallé et Nysten condamnent notre obstination à repousser les habitudes des peuples étrangers, lors même qu’elles nous deviennent le plus nécessaires.

J’attache le plus grand prix au témoignage de ces médecins illustres, sans néanmoins adopter leur prédilection pour le betel. Cette substance, extrêmement âcre, porte sur l'appareil digestif une irritation vive et perpétuelle, une phlegmasie permanente qui se propage jusqu'aux extrémités du tube alimentaire. Ce canal, irrité sans cesse, épuise en quelque sorte sa tonicité; son mouvement péristaltique, d’abord accéléré outre mesure, se ralentit et s’altère; une faiblesse indirecte se déclare, des vices organiques se manifestent; souvent une phthisie gastrique porte le dernier coup à la machine, dont le principal ressort a été miné par l’abus des stimulans. Je viens , sans m'en apercevoir, d’ébaucher l’histoire de Peron lui-même, mort dans un état de consomption épouvantable, au printemps de son âge, peu de temps après son retour des terres australes; tandis que lillustre Adanson dut à la tisane émolliente de baobab, ainsi qu’à l’abstinence du vin, la santé dont il jouit pendant son séjour au Sénégal, et qu'il conserva inaltérable jusqu'a près de quatre-vingts ans.

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BETOINE,

2 po BETOINE. GRECE CO CCE LEO TPOV ; xeTTpUV ; JuyorpoDov; ÉsTovixn. BETONICA PURPUREA; Baubin, Msy2Ë, lib. 6, sect. 5; — Tournefori,

clas. 4 , labices.

I NAN ASS BETONICA OFFICINALIS, Spicd interrupta, corollarum labii lacinid intermediä emarginatä ; Linné, clas. 14, didynarmie gymnospermie ; — Jussieu, clas. 8, ord. 6, labiées.

Italien eee Ne at BETTONICA.

Espagnol,......... BETONICA.

Francais Je ne BÉTOINE.

ANA ERP BETONY.

Allemand......... BETONIK; BETON(E; ZEHRKRAUT, Hagen.

Hollandais ........ BETONY.

Polonais... ...... pBuxwixa, Erndtel.

ON trouve communément cette plante vivace dans les endroits ombragés , les taillis , les prairies. Les Grecs, ayant observé qu’elle croissait de préférence dans les lieux les moins échauffés par les rayons solaires, la désignaient quelquefois sous le nom de uyo- TPOPOY *.

La racine, grosse à peine comme le doigt, est coudée, fibreuse, chevelue, brunâtre. — Les tiges, qui s'élèvent jusqu'à un pied et demi de hauteur, sont simples, droites, quadrangulaires , légèrement velues. — Les feuilles sont opposées, en cœur oblong, ridées, crénelées, portées sur des pétioles qui, très-longs dans les feuilles inférieures, diminuent, et finissent en quelque sorte par disparaître à mesure qu’elles approchent du sommet de la tige. — Les fleurs purpurines sont disposées en épis terminaux ; chacune d'elles présente un calice monophylle, tubulé, dont le bord est divisé en cinq dents aiguës ; une corolle monopétale , dont le tube est cylindrique, courbé, le limbe partagé en deux lèvres : la supérieure plane, entière, droite, obtuse; l’inférieure plus large, divisée en trois lobes, dont l'intermédiaire est légèrement échancré; quatre éta-

1 Woyos, froid; rocyn, nourriture.

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BÉTOINE.

mines didynames ; un ovaire supérieur quadripartite , au centre duquel naît un style filiforme , terminé par un stigmate bifide. — Le fruit consiste en quatre graines nues, ovoïdes, brunes, situées au fond du calice persistant , qui leur sert d’enveloppe.

Les qualités physiques de la bétoine sont généralement assez faibles, et différentes selon la partie de la plante qu'on examine. Les racines ont une saveur amarescente, nauséeuse; les feuilles joignent à cette amertume peu prononcée un goût âpre et comme salé. Les fleurs exhalent une odeur à peine sensible; plusieurs pharmacologistes assurent pourtant que ceux qui récoltent la bétoine éprouvent des étourdissemens , des vertiges, une sorte d'ivresse.

Peu de plantes ont joui d’une réputation plus brillante et moins méritée : Dioscorides et Galien exaltent ses vertus puissantes et variées ; elle est offerte par Antonius Musa, ou plutôt par Lucius Apulée ', comme un remède infaillible contre quarante-six maladies , dont plusieurs sont extrêmement graves, et d’autres absolument incurables, telles que la paralysie, la rage, la phthisie purulente. Cette énuméralion aussi ridicule que fastueuse est précédée d’un début apologétique véritablement curieux : animas hominum et corpora custodit, et nocturnas ambulationes à maleficits et periculis , et loca sancta et busta etiam à visibus metuendis tuetur et defendit , et omni rei sancta est. Des médecins judicieux , ne retrouvant aucune analogie thérapeutique entre notre inerte bétoine et la merveilleuse bétoine des anciens, ont pensé que nous avions faussement appliqué la dénomination antique ?. J'aime mieux croire qu'ici, comme dans beaucoup d’autres cas, nos bons aïeux ont donné une carrière trop libre à leur imagination poétique; car la description tracée par Dioscorides et par Apulée, bien que courte et incomplète, peut trèsbien se rapporter à notre bétoine. J’ajouterai que l'enthousiasme des Grecs s’est transmis en quelque sorte aux Espagnols et aux Indiens. Ces derniers ont regardé long-temps la bétoine comme une panacée, comme un trésor, et cette opinion favorable, ou plutôt exagérée, conserve encore chez eux de nombreux partisans $. Les médecins an-

* J.-C.-G. Ackermann , Parabilium medicamentorum scriptores antiqui ; 1988, page 126.

; Murray, Apparatus medicaminum ; 1794, tome 11, page 191.

* Pour signaler une personne ou une chose douée de qualités rares, on dit

BÉTOIN E.

glais, allemands et français, n’ont point été séduits par ce concert de louanges. Cuilen la juge indigne de figurer parmi les substances médicamenteuses{; Hildenbrand ne lui accorde pas même les honneurs de la citation dans sa Pharmacologie ; Spielmann ne la cite que pour en déconseiller l’usage. Murray , un peu plus indulgent, n'ose révoquer en doute les observations de Scopoli, qui tendent à établir l'emploi avantageux de la bétoine dans les affections muqueuses, dans les catarrhes atoniques. Tels sont aussi les cas dans lesquels le docteur Gilibert a éprouvé Putilité de cette plante; mais en revanche il n’ajoute guère de confiance à la propriété émétique et purgative de la racine, et sur ce point il est d’accord avec M. Bodard. Celui-ci ne considère la bétoine que comme un sternutatoire susceptible de remplacer le tabac, dont toutefois elle est loin d’égaler l’activité.

Le fameux emplâtre de bétoine, vanté jadis pour la guérison des plaies de tête ?, et même pour consolider les fractures du crâne, est avec raison banni de nos dispensaires. L'eau distillée, le vin 5, le sirop et la conserve, sont pareillement tombés en désuétude sans que la thérapeutique y ait rien perdu. Les tanneurs ont aussi renoncé à l’usage de la bétoine, qui n’est point assez astringente : elle s’est montrée plus utile à l’art tinctorial ; elle communique une couleur brune, belle et solide aux laines préalablement imprégnées d’une faible solution de bismuth.

proverbialement: La pit virtu che bettonica. Un second proverbe également usité et non moins expressif est celui-ci :

V’ende la tonica, ÆE compra la bettonica.

‘ A treatise of the mat. med. ; 1789, tome 11, pag. 98.

? « Pline rapporte que le nom de betonica ou vetonica vient des Vetons, peuples qui habitent au pied des Pyrénées, et qui, les premiers, la mirent en usage. C’est une erreur, dit M. Théis; bentonic est le vrai nom de la bétoine, en langue celtique ; il vient de ben, tête, et ton, bon : chacun connait les qualités céphaliques de cette plante. »

L'étymologie donnée avec tant d'assurance par M. Théis, me semble aussi peu admissible que celle proposée par Pline, adoptée par Bauhin, Tournefort, Ventenat.

* Betonicam ex duro prodest assumere Baccho.

SERENUS SAMMONICGUS,

BÉTOINE.

La bétoine blanche est une simple variété de celle dont je viens d'exposer l’histoire. Quelques espèces sont cultivées dans les jardins d'agrément : telles sont la bétoine velue, Porientale et la grandiflore.

BLeEcx (sean), De betonicä, Diss. inaug. præs. Joan. Phil. Eysel; in-4°. Erfordiæ, 1716.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est de grandeur naturelle.) — 1. Fleur entière, — 2. Calice coupé verticalement par la moitié, dans lequel on voit quatre ovaires entourés d’un bourrelet, et du centre desquels s'élève un style divisé au sommet en deux lames d’inégale longueur. — 3. Corolle vue de face.

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