CAMPHRÉE
chercherait-on dans cette dernière la saveur piquante qui distingue la camphrée des environs de Montpellier. Altérée, dénaturée par nos soins, nos engrais, elle devient une herbe insipide et inodore qui ne justifie plus son titre’, et ne possède point les vertus que les thérapeutistes ont reconnues dans la sauvage. Celle-ci, trop exaltée peut-être par le docteur Burlet?, a pourtant déployé une efficacité incontestable dans diverses maladies. On l’emploie avec succès dans l’asthme pituiteux et dans la plupart des autres affections du poumon, lorsqu'il s’agit de favoriser l’excrétion muqueuse de cet organe. M. Bodard assure# que la camphrée n’est pas moins utile dans la coqueluche, dans les métastases goutteuses sur l’organe pulmonaire, dans les obstructions récentes des viscères abdominaux et dans la menstruation supprimée ou insuffisante. Elle facilite, augmente le cours des urines, dit Gilibert ; infusée dans le vin, elle détermine les sueurs; elle est d’un secours précieux dans les hydropisies, spécialement dans l’anasarque; elle modère les diarrhées et les dysenteries entretenues par l’atonie des intestins ; elle est un bon auxiliaire dans le rhumatisme chronique, les dartres, et généralement dans les altérations qui dépendent de la diathèse asthénique 4. On verse une livre d’eau bouillante sur un à deux gros de feuilles et de sommités de camphrée, ou bien on les fait digérer dans une égale quantité de vin blanc.
* La dénomination générique camphorosma, formée en apparence d’un mot latin, camphora, et d’un mot grec, ooun, semble d’abord irrégulière, incohérente, hybride. Mais si l’on réfléchit que le camphre est exprimé dans les écrits des divers médecins grecs , notamment d’Aetius, sous le nom de xawovpa, et dans ceux des Grecs modernes sous celui de xauocpa, immortel Linné ne sera plus aceusé d’avoir violé les lois qu’il a lui-même établies.
? Mémoires de l’Académie des Sciences de Paris ; 1703, Histoire, page 98.
3 Cours de botanique médicale comparée; 1810, tome 11, page 214.
4 Démonstrations élémentaires de botanique ; 1796, tome 117, page 117.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est de grandeur naturelle.) — x. Feuille grossie. — 2. Fleur entière grossie, — 3. Pistil, — 4. Fruit capsulaire dans une portion du calice. — 5, Graine mise à nu.
7 urpir 7h
CANELITI
XCIT.
CANNELLE
Grecs: ESRI 2 HIVY AO [AO
CINNAMOMUM , SiVe CANELLA ZEILANICA ; Bauhin , IivæË, D. rr, sect. 3.
PE EN OR CE LAURUS CINNAMOMUM , foliis trinerviis, ovato-oblongis , nervis versus apicem evanescentibus ; Linné, class. 9, ennéandrie monogynie ; — Jussieu, clas. 6, ord. 4, lauriers.
VÉCAIALE NERO DT CANELLA ; CANNELLA ; ALBERO DELLA CANNELLA.
ESRI Ne CANELA ; CANELO.
Francais... ...... CANNELLE; CANNELLIER.
Anolaiss del + CINNAMOM-TREE.
Allemand. . ...... ZIMMETBAUM.
Hotlenaars M. 0. KANEELBOOM.
Polonais: (43 #18 CYNAMON.
CÉLèBRE par la beauté de son climat , non moins que par sa vaste étendue , l’antique Taprobane porte aujourd’hui de nom d'île de Ceylan : fertile en végétaux brillans, savoureux, aromatiques, elle fut long-temps l'unique patrie du cannellier ; et si l’on est parvenu à cultiver cet arbre précieux dans d’autres contrées de l’Asie, et même dans le Nouveau-Monde, celui qui croît dans l’île de Ceylan revendique à tous égards la prééminence. Le champ de cannelie, qui s’étend sur un espace d'environ quatorze lieues , depuis Negombo, jusqu'à Gallières , est encore la source à laquelle vont puiser tous les peuples de l'univers: Les Hollandais, voulant se rendre maîtres exclusifs de ce commerce important, ne se bornèrent pas à chasser les Portugais de Ceylan; ils conquirent en outre sur eux le royaume de Cochin, sur la côte de Malabar, pour leur enlever le débit de la cannelle sauvage , portugaise ou grise, qui croît dans ce pays. La première chose qu'ils firent après cette conquête, fut d’arracher la cannelle sauvage. Ils détruisirent même à Ceylan tous les cannelliers venant sans culture hors du champ qui leur est destiné; ils connaissaient par l'expérience de plus d’un siècle la quantité de cannelle nécessaire. À |
On a souvent et longuement disserté pour savoir si notre cannelle est le Æinnamom des Hébreux et le x»yzuœuoy des Grecs. Je crois
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pouvoir résoudre négativement la première question, et affirmativement la seconde, quoi qu’en disent l’érudit Jaucourt et les frères Campi !. J’ajouterai que les Grecs , supposant, comme les Arabes , que la cannelle venait de la Chine, et trouvant son odeur analogue à celle de leur œucuoy, lui donnèrent le nom de xauœmuoy, qui exprime cette double signification.
La racine du cannellier se partage en plusieurs branches : elle est grosse, fibreuse, dure; son écorce grisâtre en dehors , rougeûtre en dedans, recouvre un bois solide, dense et blanchâtre. — Le tronc, ‘qui s'élève de quinze à vingt pieds, acquiert jusqu'à dix-huit pouces de diamètre : son écorce extérieure, épidermoïde, est , comme celle des rameaux, d’abord verdâtre, puis grisätre ; la seconde écorce, placée sous cet épiderme, offre une teinte presque semblable, qui devient, avec le temps, fauve ou jaune-rougeñtre. — Les feuilles, longues-de quatre à cinq pouces sur deux pouces environ de largeur sont imparfaitement opposées, c’est-à-dire que l’une est souvent insérée à un point un peu plus haut que l’autre qui lui correspond : elles sont pétiolées, ovales, terminées en pointe , entières , coriaces, glabres des deux côtés , vertes et luisantes en dessus, blanchâtres et ternes en dessous; elles ont communément trois, et quelquefois cinq nervures longitudinales , qui partent en divergeant de la base de chaque feuille, et se prolongent jusqu’au sommet; entre ces nervures, on aperçoit des veines nombreuses et transverses. — Les fleurs sont dioïques, petites, jaunätres intérieurement, blanchâtres et un peu veloutées en dehors , disposées en panicules terminales : les fleurs mâles ont un calice corolliforme à six découpures ; neuf étamines situées sur plusieurs rangs concentriques , et creusées chacune de quatre ouvertures operculées par où s'échappe le pollen 2. Les fleurs femelles ont pareillement un calice à six divisions et persistant; un ovaire supérieur, chargé d’un style simple à stigmate obtus. — Le fruit est un drupe ovale, long de cinq à six lignes, brun-bleuâtre dans sa maturité, contenant une pulpe verle et onctueuse, qui enveloppe un noyau dans lequel on trouve une amande purpurime.
: Spicilegio botanico ; Dialogo nel quale si manifesta lo sconosciuto cinn«momo degli antichi, ete.; in-4°. Lucca, 1654.
2 C’est à M. Turpin qu'on doit la connaissance de cette singulière structure des étamines des lauriers.
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Le cannellier fleurit en février ou en mars, et conserve sa verdure toute l’année. L'âge, l'exposition, la culture de l'arbre, modifient singulièrement la qualité de l'écorce qu’on en retire; celle que fournissent les grosses branches est moins estimée que celle des rameaux plus délicats : aussi distingue-t-on la cannelle en fine , moyenne et grossière. La récolte se fait deux fois par an : la grande récolte a lieu d'avril en août, pendant la mousson pluvieuse , et la petite, de novembre en janvier, dans la mousson sèche. On coupe les branches de trois ans; on emporte l'écorce extérieure, en la raclant avec une serpette dont la courbure, la pointe et le dos sont tranchans; on fend avec la pointe la deuxième écorce d’un bout à lPautre de la branche , et, avec le dos du même outil, on la détache peu à peu: on ramasse toutes ces écorces ; les plus petites sont mises dans les plus grandes; elles sont exposées au soleil, où elles se roulent d’ellesmêmes de plus en plus, à mesure qu’elles se dessèchent. Au bout de deux ou trois ans, l’arbre se trouve revêtu d’une écorce nouvelle, qu’on peut alors enlever.
Toutes les parties du cannellier sont utiles. L’écorce odorante de la racine fournit une huile essentielle limpide, jaunâtre, employée intérieurement et à l'extérieur par les Indiens, comme diaphorétique, diurétique, stomachique, carminative; et du camphre très-blanc, très-pur, très-volatil, recueilli avec un soin extrême, et réservé pour les princes du pays. Les vieux troncs du cannellier offrent des nœuds qui sentent le bois de rose , et dont l’ébénisterie peut tirer parti. Les feuilles ont une odeur et un goût agréables : on s’en sert dans les bains aromatiques; soumises à l’alambic, elles donnent une huile dont l'odeur approche de celle du girofle, et qui passe pour correctif des purgatifs violens. Les fleurs de cannellier exhalent un parfum si suave et tellement diffusible, qu'il embaume l’atmosphère à plusieurs milles de distance : elles sont la base d’une conserve, et d’une eau réputée cordiale et antihystérique. On retire des fruits par la distillation, une huile volatile très-odorante, et, par la décoction, une espèce de suif regardé par les Indiens comme très-propre à guérir les contusions, les fractures, les luxations, et que l’on nous apporte en pains sous le nom de cire de cannelle, parce que le roi de Candy en fait fabriquer ses bougies, qui répandent une odeur agréable.
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Ces usages variés des racines, du tronc, des feuilles, des fleurs et des fruits du cannellier ne nous sont guère connus que par les rapports des voyageurs : mais nous employons souvent la cannelle comme remède, et plus souvent encore à titre de condiment. Elle flatte à la fois le sens du goût et celui de l’odorat. Elle a une saveur d’abord sucrée, qui bientôt devient piquante et très-aromatique. Toutefois, ces qualités physiques, qui caractérisent la bonne cannelle, sont plus ou moins développées dans les nombreuses variétés désignées sous les dénominations de rasse-coronde, cahatte-coronde, cappiroe-coronde , nat-coronde , etc.*.
Cet aromate, dit le docteur Bodard, est peut-être celui de tous les exotiques qui soit le plus ami de l’homme : il rétablit merveilleusement les forces vitales, ranime le système nerveux, fortifie l’estomac, dissipe les flatuosités, excite l’action de l'appareil dermoïde, calme le vomissement , et apaise doucement les diarrhées par atonie. Quelques observateurs, ajoute M. Alibert, se sont crus fondés à penser que la cannelle affectait d’une manière spéciale les propriétés vitales de l’utérus : de là vient que les accoucheurs ont parfois recours à l’eau de cannelle pour réveiller lirritabilité de cet organe frappé d'inertie par les labeurs de l’enfantement , et faciliter par ce moyen l'expulsion du placenta. Fourcroy observe que dans ce cas , ainsi que dans les maladies éruptives , on faisait autrefois un grand abus de cette écorce. « Les gens du peuple, les habitans des campagnes, aussitôt que leurs enfans avaient les premiers signes de léruption variolique ou morbilleuse, les tenaient bien chaudement, les. accablaient de couvertures, et leur donnaient de grands verres de vin où ils avaient fait infuser de la cannelle. La vigueur du tempérament et la nature bénigne de la maladie résistent quelquefois à ce traitement inconsidéré. »
On administre la cannelle sous des formes et à des doses très-variées, suivant les indications que l’on se propose de remplir. Elle est fréquemment destinée à masquer la saveur repoussante, ou à augmenter. l'énergie de certains médicamens. Fourcroy recommande aux personnes qui éprouvent des dÿspepsies, des diarrhées habi-
Murray, Apparatus medicaminum ; 1787, tome 1v, page 421. Alibert, Nouveaux Élémens de thérapeutique ; 1814, tome 1, page 107.
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tuelles, de mâcher tous les matins de la cannelle, et d’avaler la salive qui en est imprégnée. Jai souvent joint un gros de cette écorce en poudre à une once de celle de quinquina. Des succès multiphiés confirment lefficacité de ce mélange, qui convient surtout aux fièvres périodiques entretenues par une diathèse scorbutique, scrofuleuse, ou par la funeste influence d’un climat froid et humide. J'ai pareïillement eu à me louer de la cannelle unie à la rhubarbe, au cachou, à la limaille d'acier, dans des leucorrhées opiniâtres. Chacun sait qu’elle entre dans une foule de préparations pharmaceutiques, parmi lesquelles :l suffit de citer la thériaque, l’orviétan , le mitbridate, le diascordium , le philonium romain, le diaphénic, le baume apoplectique, la confection alkermès , l’électuaire hiéra-picra. Boerhaave a exalté outre mesure l'huile volatile de cannelle, et Samuel Théophile Gmelin a prodigué des éloges non moins fastueux et non moins frivoles à son alcool et à son essence. Les thérapeutistes modernes emploient fréquemment l’eau distillée, la teinture spiritueuse et le sirop de cannelle, qui sont en effet des toniques précieux.
HOECHSTETTER (sean-Philippe), De Cinnamomo, Diss. inaug. præs. Joan. Theod. Schenck ; in-4°. Zenæ, 1670. ù
rirrus (ceorges-chrétien), De Cinnamomo, Diss. inaug. præs. Georg. Wolfg. Wedel; cum Invitatione publicä Joannis Hadriani Slevogt, De auroxsipix medicd in genere ; in-4°. Zenæ, x7 decemb. 1707.
GoELLER (christophe-rouis), De Cinnamomo , Diss.; in-4°. Ultrajecti, 1709.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est un peu plus petite que nature.) — r. Fleur mâle. — 2. Étamine grossie, afin de faire voir les quatre ouvertures operculées par où s'échappe le pollen. — 3. Fleur femelle, — 4. Pistil. — 5. Fruit de grosseur naturelle,
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