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BENOITE
Les fleurs sont jaunes, pédonculées, terminales, et ordinairement droites. Chacune d’elles présente un calice monophylle, à demi divisé en dix segmens pointus, dont cinq alternes plus petits que les autres; cinq pétales entiers, arrondis, ouverts en rose, soixante à soixante-dix étamines, dont les filamens, attachés au calice, soutiennent des anthères globuleuses ; des ovaires supérieurs nombreux, agglomérés , ayant chacun un style long, velu, terminé par un stigmate simple. — Le fruit est une tête formée par la réunion d’une grande quantité de petits péricarpes uniloculaires, monospermes, dont chacun est armé d’une barbe rouge, recourbée en crochet près de son extrémité : cette barbe n’est autre chose que le style persistant’.
Si l’on cueille au printemps, sur un terrain sec, la racine de benoîte, elle répand une odeur de girofle?, qui diminue et se perd même par la dessiccation. La saveur est analogue, mêlée toutefois d’une amertume particulière, qui laisse un arrière-goût austère et apre#.
Analysée par le pharmacien danois Muehlenstedt , et plus récemment par M. Bouillon-Lagrange et M. Chomet-Mars , elle a fourni beaucoup de mucilage et de principe astringent, du tannin, une résine aromatique, et du muriate de chaux.
Mon intention n’est pas de ranger parmi les substances inertes une racine dont les qualités physiques et chimiques décèlent presque infailliblement les propriétés médicamenteuses ; je ne prétends point
* À l'exception d’un petit nombre de graines qui se trouvent armées, les unes de caroncules, les autres d’arilles, toutes sont nues et sans exception attachées par leur ombilic dans la cavité d’un péricarpe. Les péricarpes, comme je lai fait connaître dans mon Mémoire sur le micropyle, se distinguent facilement de la graine , en ce que les premiers sont toujours une continuité du pédoncule, et constamment terminés par la présence du style ou de la cicatrice , s’il se détache après sa fécondation. (T.)
? On apercoit clairement ici l’origine de caryophyllata : caryophyllus, girofle.
$ L’étymologie de geum est moins évidente : Théis dérive ce terme générique de yevew, donner du goût; d’autres, tels que Ventenat et Delaunay, n’y voient que le mot -:4, terre, bien que la plupart des plantes soient toul aussi terrestres que la benotte. Cette dernière dénomination, synonyme de kerbe bénie ou bérite, herba benedicta , rappelle et les puissantes vertus qui lui ont été attribuées, et le saint auquel on l’a parfois consacrée,
# Gilibert, Démonstrations élémentaires de botanique, 1796, tome 11, page 328.
BENOITE
exclure la benoïîte des officines pharmaceutiques ; mais je désire lui assigner sa véritable place. Je ne veux pas qu'elle figure à côté des remèdes héroïques, et qu’on la proclame, avec Buchan et Weber, supérieure au quinquina. Des praticiens habiles ont administré avec un soin scrupuleux le spécifique si fastueusement vanté; leur espoir a été déçu. Les malades traités par Lund ont éprouvé des nausées, des vomissemens, et n’ont point été délivrés de la fièvre, que l’écorce du Pérou a promptement dissipée. Les résultats obtenus par Haller, Brandel , Christopherson, Barfoth , Acrel, Dalberg , n’ont été guère plus favorables. Mon ami Broussais , qui joint à tant d’autres mérites celui de la plus judicieuse observation, n’a retiré de la beuoîte que des avantages très-faibles : je l'ai moi-même fréquemment donnée sans succès; je me bornerai à citer un exemple entre mille. M. Saxe, pharmacien de la grande armée, atteint d’une fièvre double-tierce, me consulta, et me prévint qu'il avait du dégoût pour le quinquina. Je saisis cette occasion d'employer le geum, qui fut parfaitement choisi , finement pulvérisé, et scrupuleusement administré, à la dose de trois gros, puis d’une demi-once dans l'intervalle des accès : loin d’être suspendus, ou seulement mitigés, les paroxysmes se renouvelèrent avec plus de violence et de rapidité. Trompé dans son attente, M. Saxe se soumit, malgré sa répugnance, à l'usage du quinquina, et la fièvre se dissipa presque aussitôt. De ces tentatives infructueuses, je me garderai bien de conclure que Jamats la benoîte n’agit comme fébrifuge : je la crois, au contraire, très-propre à calmer ou à guérir certaines fièvres intermittentes et rémittentes, qui, produites ou entretenues par la flaccidité des fibres, par diverses cachexies , réclament les toniques et les astringens modérés. Elle se montrera pareïllement efficace vers la fin des dysenteries, dans Îles diarrhées et dans la plupart des autres flux asthéniques. En général, la racine de benoîte se rapproche singulièrement de celle d’angélique par son action thérapeutique. On la prescrit à la même dose, et sous les mêmes formes , tantôt infusée dans l'eau , tantôt macérée ou digérée dans le vin ou dans l’alcool. On peut la substituer ou la joindre au houblon, dans la fabrication de la bière , qu'elle rend plus agréable et empêche d’aigrir. Elle est un bon fourrage pour les chevaux, les bœufs, les cochons, les chèvres, et surtout pour les moutons, qui en sont très-friands. Les jeunes feuilles se mangent en
BENOÏÎTE.
salade. Les abeilles vont puiser le suc de ses fleurs. La racine est propre à tanner les cuirs; elle communique aux lames une belle couleur musc-doré très-solide, et la plante entière leur donne une jolie teinte noïsette.
Le professeur Brugmans , de Leyde, a trouvé aux mois de juin et de juillet, sur les racines de benoîte, l’insecte qui fournit la cochenille de Pologne , coccus polonicus , L:
La benoîte aquatique, geum rivale, ne mérite pas le nom de caryophyllata , puisque sa racine est modore. Elle à cependant reçu les mêmes éloges, et le voyageur Kalm dit que les Anglo-Américains lui assignent la prééminence sur le quinquina'. Je n'ai pas besoin d’ajouter que cette réputation usurpée ne sera que passaoère. Les médecins suédois, qui, sur le brillant rapport de leur compatriote, s'étaient empressés de substituer le /£brifuge indigène à l’exotique, ont été frustrés dans leurs espérances, et la benoîïte rivulaire ne figure dans aucune de leurs pharmacologies modernes.
BUCHAAVE (Rodolphe), Observationés circa radicis gei drbani, sive caryophyllatæ, vires in febribus, præcipuè intermittentibus ; in-8°, fig. Hafniæ, 1781. — Trad. en allemand, avec des notes, par Jean Clément Tode ; in-8°, fig. Copenhague, 1782. — Editio altera , nopis tentaminibus aucta; cum titulo : Observationes circà radicis gei urbani seu caryophyllatæ vires, in præcipuis corporis humani affectionibus, instituteæ ; in-8°, fig. Hafniæ , 17984. — Id. Marburgt, 1786.
aniou (rrédéric), De radice caryophyllatæ vulgaris officinarum, sive geo urbano Linnæi, Diss.;1n-4°. Gottingæ, 1783,
weser (ceorge-senri), De ronnullorum febrifugorum virtute, et speciatim gei urbani radicis efficaciä, Diss. inaug. resp. Koch ; in-4°. Kiloniæ, 1784.
vassy (1.-r. de), De viribus ges urbani seu caryophyllatæ , Diss.; in-4°. Lugduni Batavorum,
* Resa ul Norra America, tome 11.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. ( La plante est de grandeur naturelle.) — x. Racine. — 2. Feuille radicale. — 3. Calice, étamines et pistils. — 4. Fruit isolé.
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