TABLEAU XIII
Enveloppes accessoires des fleurs.
C’est un assemblage de feuilles rudimentaires, placées dans le voisinage des fleurs, susceptibles de se colorer, par épuisement, en d’autres couleurs que la verte, naturelle aux végétaux; alternes ou opposées, libres ou soudées, presque toujours réduites aux bases pétiolaires, qui se dilatent plus ou moins en lames, ou ne montrent simplement que la partie nervée ou tissu vasculaire des feuilles, mis à nu (voyez fig. 6).
Ces feuilles rudimentaires bordent, comme les autres feuilles de la plante, la partie extérieure d’un nœud-vital; elles conservent, comme elles, la même situation, et donnent
(loi)
naissance, à leur aisselle lorsque le nœud-vital n’est pas stérile, à un rameau-fleur simple, ou à un rameau-fleur composé, c’est-a-dire multiflore.
L’excessif rapprochement de ces organes vers la partie terminale des végétaux, y occasione quelquefois l’opposition, malgré que les feuilles de la partie moyenne soient situées alternativement : c’est aussi a ce rapprochement, et plus encore aux avortemens de quelques-unes des parties de ces organes et aux soudures qu’ils subissent entre eux, que sont dus ce» divers aspects très-variés, qui ont donné lieu aux trop nombreuses dénominations, et, ee qui est bien pis, a l’abus que l’on en a fait, en les confondant avec d’autres parties qui n’ont aucune analogie avec elles. C’est ainsi qu’avec l’involucre tétraphylle des euphorbes on a fait pendant long-temps une corolle. Les feuilles rudimentaires qui accompagnent la fleur nue des graminées sont encore, pour le plus grand nombre des botanistes, des calices et des corolles , ou quelque chose d’équivalent. Dans de très-grands et très-importans ouvrages d’histoire naturelle, a peine sortis de la presse, on voit, avec étonnement, que les organes qui nous occupent y sont considérés comme des calices, dans la réunion cupulaire qu’ils forment au-dessous des fleurs hermaphrodites et à ovaires adhérens du châtaignier et du chêne; mais on est bien plus étonné, encore, d’y lire que ce même calice devient, après la floraison, un fruit ou péricarpe: comme si le caractère essentiel de ce dernier n’était pas d’être terminé par le stigmate. C’est encore faute d’observation que l’on a, quelquefois, confoudu les involucres des dipsacus et des scabicuses avec les calices propres-
Les principales dénominations qu’ont fait naître les diverses combinaisons produites par les feuilles florales sont, les bractées et bractéoles, la spathe, Vinvolucre et Yinvolucelle , la cupule , le péricline, la glume, le calicule , ete.
i . chêne au kermès ( quercus coccijera , Lin. ).. Cupule 'a bord entier, triflores?
Obs. Réunion de feuilles florales, soudées entre elles par leur base, formant une espèce de coupe qui contient les fleurs et qui persiste autour du fruit ou du péricarpe. Rien n’est plus aisé que de sentir la grande analogie qui existe entre cette enveloppe florale et le péricline imbriqué de la plupart des synanthérêes ; car, pour peu que l’on soude, par
la pensée, la partie inférieure des folioles écailleuses qui composent l’involucre ou calice commun de l’artichaut (fig. 7), on aura exactement-la cupule du chêne, ou, si l’on veut encore faire un autre rapprochement, on trouvera l’analogue de cette cupule dans les feuilles florales, verticillées et soudées qu’offrent les épis mâles des casuarina et des epliedra, où ces espèces de godets multiflores, qu’elles forment, représentent une suite de petites cupules placées à la suite les unes des autres et comme enfilées par l’axe commun.
Tout porte à croire que l’involucre cupulifère du chêne doit contenir, comme celui du châtaignier, trois fleurs distinctes; mais je n’ai jamais pu les y découvrir, et encore moins retrouver les rudimens de celles qui avortent dans l’intérieur des cupules développées, comme l’a vu et figuré M. Mirbel dans son excellent ouvrage intitulé : Elément de physiologie végétale et de botanique , planch. 55 , fig. I, B en «.
2. noisetier avelinier (corylus avellana, Lin.). Cupule foliacée, h bord découpé, paraissant composée de deux ou de trois feuilles soudées dans leurs parties inférieures : a, péricarpe.
3 . châtaignier commun (fagus castanea, Lin.; castanea vesca, Willd.). Cupule complette â Lord quadriphylle, triflore.
Obs. Cette enveloppe florale consiste, pendant la floraison, en un grand nombre de petites feuilles rudimentaires, molles, soudées entre elles, et entourant presque entièrement les trois fleurs hermaphrodites qu’elle contient 1 (voyez Tabl. xvn, fig. i 3 ).
Après la floraison, ces petites feuilles, de molles qu’elles étaient, deviennent spinescentes, et la cupule, qu’elles constituent par leur réunion, continue de croître et d’entourer entièrement les trois péricarpes en a , lorsque quelques-uns d’eux n’avortent pas.
Cette cupule, hérissée trop souvent, confondue avec les
> Dans l’intérieur de la partie supérieure et libre du calice des fleurs (dites femelles) du châtaignier, on trouve douze étamines compleltes,
P lacées sur deux rangées, alternant entre elles et les six lobes du calice.
a petitesse de ces étamines, comparées à celles des fleurs mâles, peut laisser croire qu’elles sont stériles, en supposant, toutefois, qu’il y en ait de fertiles dans le sens que l’on y attache.
péricarpes, s’ouvre en quatre espèces de valves pour donner passage aux fruits lorsqu’ils sont mûrs.
4 - dattier cultivé (phœnixdact.jlifera , Lin.). Spathe axillaire, monopbylle, bicarénée, dépourvue de nervure médiane, adossée à l’axe, multiflore.
Obs. On a déjà vu que, dans l’un de mes mémoires, j’avais établi, comme caractères constans et bons dans la distinction des êtres, que les folioles écailleuses les plus extérieures des bourgeons présentaient trois dispositions particulières, mais que, dans l’étude philosophique, il fallait les réduire à un seul, celui à écailles latérales, en abandonnant ici des caractères qui ne reposent que sur de simples soudures, et qui en même temps contrarient l’une des plus grandes lois de la végétation '. Dans ce même mémoire, j’ai étendu cette double observation à certaines feuilles florales placées à l’autre extrémité du végétal, telles, par exemple, que les spathes monophylles des palmiers, les spathelles des graminées, des glaïeuls, et surtout des tillandsia. Ces organes toujours bicarénés, toujours dépourvus de nervure médiane, et toujours adossés a l’axe, sont, comme les écailles des bourgeons, qui s’adossent soit à l’axe, soit au pétiole, composés de deux écailles latérales unicarénées, soudées par leur bord intérieur, et en conséquence elles alternent avec les feuilles ou les bractées dans l’aisselle desquelles elles se trouvent placées.
Lorsque cette soudure manque dans les spathes des palmiers, elles présentent deux grandes bractées latérales, unicarénées, munies d’une nervure médiane, et sont dites pour lors spathes bivalves et même multivalves.
5 . pothos fétide (pothos fœtida , Mich\; dracontium fœtidurn, Lin.). Spathe terminale,* monopbylle, multiflore , colorée.
6 . grejnadilIiE fétide (passiflorafœtida. Lin.), marigouta des créoles, Antilles. Ïwvoebcre tripbylle, feuilles opposées à celles du péricarpe, réduites au tissu vasculaire des autres feuilles de la plante.
Obs. Ces feuilles ont quelquesrapports avec celles, laciniées, des trapa, des utriculaires et de quelques renoncules qui se développent dans l’eau.
■ I/inseition des organes appendiculaires dans le sens longitudinal des tiges.
7. artichaut cultivé (cinara seolymus , T.in.). Pértcline polyphylle, imbriqué, écailleux, multiflore; calice commun : involucre.
Obs. Le péricline se compose d’une grande quantité de petites feuilles rudimentaires, excessivement rapprochées, le plus ordinairement alternes en spirale et imbriquées. Ces feudles, réduites aux bases pétiolaires des autres feuilles de la plante, bordent, comme celles-ci, des nœuds-vitaux; mais ces nœuds-vitaux, très-pressés en cette partie terminale du végétal, sont presque toujours stériles. Il 11’en est pas ainsi des feuilles plus intérieures désignées par les noms de. paillettes, de fimbrilles ou de soies; car, quoiqu’elles ne soient que la suite insensible des plus extérieures, elles contiennent, dans leur aisselle, des fleurs solitaires nées sur des nœuds-vitaux auxquels on a donné le nom d 'alvéoles. Ces nœuds-vitaux, dont l’espace qui les sépare est presque nul sur les tiges terminales et déprimées de ces végétaux, sont souvent dépourvus de feuilles (paillettes) à leur extérieur.
8. sauge sciai ée ( s al via sclarea, Lin.). Bractée foliacée, colorée.
Obs. Il faut remarquer que toutes les bractées ont des nervures longitudinales et parallèles, ce qui annonce toujours une feuille réduite a la base d’un pétiole plus ou moins dilaté. La nervure médiane et même les latérales se prolongent quelquefois d’une manière prodigieuse dans les bractées qui, ccompagiient les fleurs nues des graminées (voyez fig. 12 en b).
9. carotte cultivée ( daucus enrôla, Lin.). Involucre général ou collerette multiflore, folioles multifides.
Obs. L’involucre figuré dans ce tableau est celui que l’on nomme involucre général, parce que l’aisselle de ses bractées , au lieu de donner naissance à des fleurs solitaires, développe au contraire de nouveaux axes multiflores. Ces nouveaux axes, ou second degré de végétation dans les inflorescences, constituent chacun une ombellule composée de fleurs partielles et accompagnées d’une bractée plus petite, dont la réunion forme l’involucelle ou involucre particulier.
Le caractère de l’ombelle, comme celui de l’involucre, qui lui est subordonné, ne peuvent se soutenir, quand on les considère sérieusement, puisque les parties qui les composent 11e sont jamais parfaitement insérées à la même hauteur,
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comme on pourrait le croire, mais alternativement et en spirale autour d’un axe commun, semblable à celui qui porte les fleurettes des synanthérées. L’involucre et le péricline ont donc les plus grands rapports, et ne sont, comme on le voit, l’un et l’autre que l’assemblage d’un certain nombre de bractées partielles, excessivement rapprochées vers le même point.
10. astrance h grandes feuille s (astrantia major , Lin.). Involucre particulier, multiflore, folioles simples.
Ois. Cet exemple n’est, en quelque sorte, qu’un démembrement du précédent : ses fleurs, immédiatement assises à l’aisselle des bractées, représentent, en effet, l’involucelle des involucres composés.