Livraison
EUPHRAISE.
triction sur la langue ; effet dû à un principe astringent, dont lesul-
fate de fer manifeste la présence dans la décoction aqueuse de cette plante, en la colorant en noir. Du reste, le peu de développement des qualités physiques de l'euphraise semblerait annoncer de bien faibles propriétés médicinales dans cette rhinanthoïde. La tache jaune qu’on observe sur ses fleurs est remarquable : on lui a trouvé « la forme d’un œil, dit M. Chaumeton; et à une époque où l’absurde système des signatures était en vigueur, on en a conclu que l’euphraise devait être un remède infaillible contre les maladies des yeux. Des observateurs inexacts, quelques hommes célèbres entraïnés par le préjugé dominant, se sont constitués les apologistes de cette plante , et je pourrais citer divers praticiens qui, de nos jours , regardent encore l’euphraise comme un précieux anti-ophthalmique. » Comme tel , Fabrice de Hilden et Lanzoni lui ont attribué des merveilles chez des vieillards septuagénaires qui avaient perdu la vue par de longues études et des veilles prolongées. Fuchs et Arnaud de Villeneuve lui ont prodigué de fastueux éloges pour la guérison de la cataracte, du larmoiement, de l’inflammation et autres maladies” des yeux. Camerarius, C. Hoffmann, Lobel et beaucoup d’autres ont proclamé ses vertus contre l’obscurité de la vue et autres vices de la vision qui tiennent à un défaut de sensibilité de la rétine". Toutefois le dernier de ces auteurs avoue qu'un de ses amis atteint d’épiphora vit son état s’aggraver après trois mois consécutifs de l’usage de cette plante. La cécité et les diverses maladies de l'appareil oculaire ne sont pas les seules contre lesquelles on ait préconisé la toute-puissance de l’euphraise. Au rapport de Schroeder, cette plante aurait la faculté de rétablir la mémoire affaiblie; J. Raï lui attribue la propriété de guérir les vertiges ; divers auteurs se louent de ses.bons cffets contre les maux de tête; C. Hoffmann la croit même utile contre la jaunisse. Mais, pour quiconque à fait une étude particulière de ces affections et des causes aussi nombreuses que variées qui peuvent leur donner naissance, qu’elle confiance méritent de semblables assertions? 11 faut donc convenir, avec Spielmann et Peyrilhe, que cette plante, incapable de produire les effets qu’on lui attribue gt
* L’euphraise doit à ses vertus supposées le joli nom qu’elle porte : euopaotæ » joie, gaiîté. |
EUPHRAISE.
gratuitement, ne sert qu'à surcharger la matière médicale, ou attendre , avec le sage Murray, que de nouvelles expériences viennent confirmer ou détruire les faits équivoques qui ont été publiés sur sa manière d'agir.
On administre cette plante en poudre , à la dose de quatre à douze grammes (un à trois gros), soit seule, soit associée à différentes substances aromatiques. Le vin d’euphraise que l’on prépare soit par infusion dans le vin, soit par macération dans le moût de raisins, se donne depuis trente grammes (une once ) jusqu’à cent trente grammes (environ quatre onces) par jour. Son eau distillée, conservée encore dans quelques pharmacies comme un précieux anti-ophthalmique, est à peu près inerte. Son suc, long-temps employé dans les collyres, n’est plus en usage.
On à introduit autrefois l’euphraise dans la pâte, et on la faisait ainsi cuire dans le pain pour communiquer à cette base de la nourriture des peuples européens, les vertus imaginaires dont on s’est plu à la décorer.
FRANK (sean), Spicilegium de euphrasiä herb&, medicind polychresté, veroque oculorum solamine , plurimis veterum medicorum monumentis locupletatum ; in-8°, Francofurti et Lip-
siæ, 1717.
EXPLICATION DE LA PLANCHE, (Za plante est de grandeur naturelle.) — x. Fleur
entière grossie. — 2. Corolle ouverte, afin de faire voir les quatre étamines. — ,3. Calice ouvert, à la base duquel on voit l'ovaire surmonté de son style, — 4. Fruit entier inclus dans le calice persistant. — 5, Le mème ouvert naturellement , dépouillé de son calice. — 6. Graine
striée, isolée.
20p0 440} ps ci ml
O2 4 ain à io
LA
CES na
Turprn P. Tamber t Je euto : FENOUIÏ):.
a le
CLXIIE.
FENOUIL
(SENTE APRES EPETERES RES ap a Tpov.
FOENICULUM DULCE ; Bauhin, IlsvæË , lib. 4 sect. 4; — Tournefort , I CCR clas. 7, ombellifères.
ANETHUM FOENICULUM, fructibus ovatis; Linné, clas. 5, pentandrie
digynie ; — Jussieu, clas. 12, ord. 2, ombellifères.
RE 1. 1e FINOCCHIO.
Espagnol. . ...... HINOJO.
Français... ...... FENOUIL; ANETH DOUX.
Clerc fl... :. . FENNEL.
mad... .... FENCHEL.
Snéddiss. 0 ESC ! FÆNKAEL,
L'opEuRr agréable et particulière qu'exhale le fenouil suffirait presque seule pour le faire reconnaître parmi les autres plantes ombellifères dont il fait partie. Il s’en distingue par ses ombelles dépourvues d'involucre, par son calice entier; les pétales entiers, presque égaux, courbés en dedans; les semences presque ovales, comprimées, striées. — Sa racine est épaisse, fusiforme, blanchätre : elle produit une tige droite, striée, rameuse, cylindrique, haute de quatre à six pieds, d’un vert glauqne.— Ses feuilles sont amples, glabres , deux et trois fois ailées ; leurs découpures nombreuses et presque capillaires ; les pétioles amplexicaules, membraneux à leurs bords. — Les fleurs sont jaunes, petites, disposées en ombelles terminales , fort amples, étalées; les rayons nombreux, très-allongés , soutenant des ombellules courtes et ouvertes. — La corolle est jaune, composée de cinq pétales réguliers; cinq étamines; deux styles courts.
Le fruit consiste en deux semences un peu comprimées, petites, ovales , appliquées l’une sur l’autre, nues , marquées de trois nervures
* Le fenouil doit-il sa dénomination {fœniculum , diminutif de fœnum) à son odeur aromatique , comparée à celle qu’exhale le foin, comme le présume avec beaucoup de vraisemblance le docte Théis; ou bien à ce que, desséché , il res-
semble à du foin, comme le prétend Ménage, Littleton, Blankaart ? A3° Livraison. 3,
FENOUIL
en dehors. — Cette plante croît dans les terrains pierreux, les décombres , en France, en Italie, etc. | L'odeur forte, aromatique et très-suave qu’exhale le fenouil, est
beaucoup plus développée dans les feuilles et dans les semences que.
dans les autres parties; elle s’y prononce mème plus fortement par la dessiccation. Sa saveur chaude, douce, aromatique, très-agréable, est surtout développée dans les semences, dont les propriétés médicinales sont aussi plus énergiques. Au rapport de Matthiole, quand on coupe les tiges de cette plante, il en découle dans les pays chauds un suc gommo-résineux que les habitans de l'Espagne Occidentale recueillent lorsqu'il a été concrété par l’action de l'air, sous le nom de gomme de fenouil. L'analyse chimique a constaté dans cette ombellifère, ainsi que dans la plupart des espèces de la même famille, la présence d’une huile volatile aromatique et très-suave, d’une petite quantité d'huile grasse qui se fige par l’action du froid, d’un extrait résineux aromatique, un peu amer, et d’un extrait aqueux à peu près inerte. |
Le fenouil était déjà en usage parmu les anciens ; Hippocrate paraît lavoir employé pour activer la sécrétion du lait. Les Anglais en ont long-temps fait usage dans les coliques des enfans , quoique Cullen ne lui accorde que bien peu de confiance sous ce rapport. On lui a généralement reconnu les propriétés de provoquer la sécrétion des urines , d’exciter l'écoulement des règles, d'arrêter le hoquet, le vomissement, et même de guérir les fièvres intermittentes. Comme topique, on a souvent appliqué la décoction ou des cataplasmes de cette plante sur des tumeurs indolentes et des engorgemens atoniques pour en favoriser la résolution. On a surtout préconisé son usage intérieur pour activer les fonctions digestives, et pour expulser les vents qui s’accumulent fréquemment dans le canal intestinal. Toutefois quand on réfléchit sur la manière d’agir de cette plante aromatique, il est facile de reconnaître que les vertus carminative, stomachique, diurétique, galactopoiétique, emménagogue , antispasmodique, résolutive, fébrifuge, etc., dont elle a été décorée, loin d’être des propriétés absolues, ne sont que des effets secondaires , nécessairement subordonnés à l’état actuel des organes , et qui découlent immédiatement de l'excitation directe que cette plante détermine sur léconomieanimale , excitation dont on peut se faire une idée exacte,
FENOUIL
ainsi que le remarque M. Chaumeton , par l'impression que le fenouil détermine sur l'organe du goût et sur celui de l’odorat. Suivant la remarque de ce savant , le fenouil est sans contredit très-propre à combattre la dyspepsie, la chlorose, la leucorrhée , et en général les affections cachectiques. Mais lorsque le trouble des fonctions digestives, l'accumulation des gaz dans les intestins, sont le résultat d’une irritation locale ou d’un état de phlogose de l’appareil digestif, ainsi que cela arrive le plus souvent, comme Va très-bien vu un de nos meilleurs observateurs, M. Broussais, il est évident que le fenouil, loin de modérer ces accidens, ne ferait que les aggraver, et que les substances adoucissantes et relâchantes sont .alors les seuls stomachiques et les seuls carminatifs. Il en est de même à l’égard des reins, des mamelles, de l’utérus et du reste de l’organisation. Lorsque le mode d’action de ces organes est en decà de l’état normal et au dessous du rhythme habituel de leurs mouvemens, nul doute que limpression stimulante de cette plante aromatique ne soit propre à ex- citer la sécrétion des urines, celle du lait, ou l'écoulement des règles. Mais si l’altération de ces fonctions tenait à un état général d'irritation , à une phlogose locale, à la concentration vicieuse ou à l’éxubérance des forces vitales, on conçoit que les véritables diurétiques, galactopoiétiques et emménagogues, doivent être pris dans la classe des adoucissans , des émolliens et des délayans. Appliquez ces considérations à tous les cas dans lesquels on a le plus recommandé l’emploi du fenouil, et toujours vous trouverez que cette ombellifère n'a d'autres vertus que celles qui résultent de son action excitante; qu'utile sous ce rapport dans toutes les circonstances où il faut augmenter l’activité des organes , elle est nuisible toutes les fois que les propriétés vitales de ces mêmes organes sont trop exaltées, et qu’alors elle est incapable de produire les effets qu’on lui attribue.
Intérieurement on administre les semences de fenouil, en substance, à la dose de quatre grammes (un gros), ou en infusion aqueuse, depuis trente jusqu’à cent trente grammes (environ une à quatre onces) pour un kilogramme (deux livres d’eau ). Macérées dans le vin dans fes mêmes proportions, elles forment un vin aromatique qui se donne de trente à cent trente grammes (environ une à quatre onces) en vingt-quatre heures. Leur huile essentielle est fréquemment employée d'une à quatre gouttes. L'eau distillée de fenouil
Ph
FENOUIL
entre dans la compositon de plusieurs collyres résolutifs. On pré-
pare des fomentations et des cataplasmes avec ses sommités, ses feuilles et ses graines. Ces dernières font partie des quatre semences chaudes majeures , et la racine est une des cinq racines apéritives majeures. Enfin le fenouil entre dans la composition de la thériaque d’Andromaque, du Mithridate , du philonium romanum , du diaphænic, des pilules dorées , de la confection Hamech.
Sous la puissante influence du soleil vivifiant du Midi, le fenouil devient beaucoup plus aromatique, et acquiert une saveur beaucoup plus suave que dans les contrées moins favorisées de la nature. C’est ce qui arrive en Italie , où les racines tendres, les jeunes tiges et les drageons de cette ombellifère, fournissent un aliment savoureux que l’on sert soit crü en salade, soit cuit et préparé à la manière du céleri. En Allemagne, on aromatise le pain et plusieurs espèces de mets avec ses semences ; chez nous, les confiseurs en préparent des liqueurs très-agréables et des dragées d'excellent goût.
scmencx (sean-rhéodore), MapæSpooryiæ, sive de fœniculo, Diss. inaug. resp. Frid. Kaltschmied ; in-4°. Ienæ , 1665.
BOECLER (sean), De fœniculo ejusque usu, Diss. inaug. resp. Ehrmann; in-4°. Argentorati, 1732.
EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est de grandeur naturelle.) — 1, Fleur entière grossie. —- 2, Fruit de grosseur naturelle. — 3. Le même tel qu'il s'ouvre dans la maturité, grossi.
bash ax
dr ef LR
Turpin P.