LAVANDE
PSEUDONARDUS ; Pline.
LAVANDULA ANGUSTIFOLTA ; Bauhin, [HY&Ë, lib. 6, sect. 3. Tournefort, clas. 4, sect. 3, gen. 11.
LAVANDULA SPICA Jobs lanceolatis integerrimis, spicis nudis. Liané, didynamie gymnospermie. Jussieu, cl. 8, ord. 6, famille des labiées.
Français ..... LAVANDE.
lalien....... LAVENDOLA; spico.
RE spagnol. *-. “ESPLIEGO:
P 0 rlugais.. +, ALFAZERNA; LAVANDA.
Allemand .... vzAvENDEL.
Anglais... :... GOMMON LAYENDER.
Hollandais... LAVENDEL.
Danots....... LAYENDEL.
Suédois. ..... LAVENDEL.
MPolonais. .:.. LAWANDA.
Russe........ LAWENDAL.
n Les rochers de la Provence et des autres contrées méridio- “males de l'Europe, nourrissent, au milieu de leur aridité, cet élégant arbuste, qui parfume, par son aromäte, ces lieux stétiles , les anime par ses beaux épis d’un bleu tendre. Son cactère essentiel consiste dans un calice grêle, ovale-cylindrique, le bord supérieur entier , l’inférieur à trois lobes courts ; une corolle à deux lèvres; la supérieure plane, large , redresée, échancrée au sommet, l’inférieure à trois lobes; le tube alongé ; quatre étamines didynames, renfermées dans le tube ne la corolle ; quatre semences nues, au fond du çalice , ombi- Jiquées à leur base.
… Ce petit arbuste, pourvu d’une souche ligneuse, se divise rameaux grêles, droits, nombreux, longs d’environ deux
* Les fleurs sont bleues, quelquefois blanches , disposées par Merticilles irréguliers, interrompus, formant un épi terminal , Alongé, simple ou un peu rameux , muni de bractées linéaires,
a (:) De lavare, parce que les anciens se servaient du parfum de cette plante Lorsqu'ils prenaient des bains,
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(198 ) presque sétacées : les calices sont blanchâtres , fortement striés, point cotonneux.
La plante que je viens de décrire, est le véritable spic, où par corruption aspic des Provençaux, duquel ils retirent l'huile volatile du même nom, La lavande, cultivée dans nos jardins, présentée comme une variété de la précédente dans |’ Encyclopédie méthodique, a été considérée comme une espèce différente par M. Decandolle. I la nomme lavandula vera (Flor. franc: Sup. pag. 508). Elle se distingue de la précédente par ses feuilles linéaires, plus étroites, un peu verdâtres, par ses épis toujours simples, par deux bractées opposées, ovales à leur base, glabres, mucronées, plus courtes que les calices, placées au-dessous de chaque vertiaille, enfin par les calices pubescens, finement striés. Elle croît également dans nos départemens. méridionaux. | (P:)°#
La planteentière, mais surtout ses fleurs et ses feuilles, exha= lent une odeur forte, fragrante et très-suave. Leur saveur est aromatique, chaude et amère. Par l’analyse chimique, Cartheuser en a retiré un vingt-deuxième d'huile volatile très= odorante , environ un cinquième d'extrait aqueux amer, etun quart d'extrait spiritueux , d’une saveur très-balsamique. D'apres les recherches de M. Proust, on peutraisonnablement penser que cette plante contient du camphre comme la plupart des labiées.. {4
1 De:même que les autres substances aromatiques, la lavande exerce sur l’économie animale une excitation prompte ec plus ou.moins vive, qui a rendu son eau distillée célèbre parmi les bonnes femmes, contre la syncope, l’asphyxie, et au début de l’'apoplexie. Mâchée, elle excite la salivation ; introduite dans les fosses nasales, elle provoque l’éternuement; en contact avec l'appareil digestif, eile augmente l'appétit, excite l’action de l'estomac, et peut être employée avec avantage dans les in= digestions, et contre les flatuosités intestinales qui tiennent à un état de torpeur de l'estomac et de l'intestin. Dans certains cas, elle sollicite l’action de la peau, des reins, de l'utérus; et favorise ainsi la sécrétion de la sueur, de l'urine, et l’écoule= ment des menstrues. Enfin, appliquée extérieurement, elle agit comme résolutive. Toutefois elle passe pour stimuler plus spécialement l'utérus ; le système nerveux en général, et le cerveau en particulier ; et de là les vertus céphalique, nervine et utérine dont elle a été décorée. Telle est la source en outré
des éloges qui lui ont été prodigués contre les vertiges, l’apo=,
plexie, le balbutiement, l’aphonie, la léthargie, le tremble= ment, la paralysie, l’amaurose, les spasmes, l'épilepsie, elcs Elle n’a pas été moins préconisée contre l’hystérie, l’aménor-
xhée et les accouchemens difficiles. Mais à quoi bon répéter sans cesse, avec la foule des auteurs de matière médicale, l’interminable liste des propriétés vraies ou fausses attribuées sans discernement à cette plante, comme à la plupart des végétaux ? N'est-il pas à la fois plus rationnel, plus profitable aux hom- Mmes, ct plus utile aux progrès de l’art, de réduire ces prétenmudues vertus à leur juste valeur, en assignant les limites dans lesquelles elles doivent être renfermées. Si l’on étudie l’action de la lavande dans cet esprit, on reconnaîtra facilement que les propriétés médicales qui lui sont attribuées ne sont que re- “latives; qu'elle ne peut être avantageuse dans les maladies contre lesquelles elle a été le plus préconisée, que dans les cas où elles sont dues à un état d’atonie primitive, ce qui est en général fort rare, et qu’elle serait beaucoup plus nuisible qu’umule dans toutes les affections qui sont accompagnées de plé- …thore, de fièvre, de chaleuret d'irritation. C’est ce qu'ont reconnu les praticiens les plus célèbres, et entre autres Dodonée, mqui s'exprime ainsi au sujet des préparations de cette plante. mu« Ces remèdes chauds portent à la tête, augmentent considérablement le mal; et mettent le malade dans un danger évident. Nous avons cru devoir donner cet avis, parce que “beaucoup de médecins ignorans et téméraires , d’apothicaires “audacieux, et de femmes sans expérience, font prendre ces sortes de compositions, non-seulement aux apoplectiques, mais à ceux qui sont atteints d’épilepsie avec fièvre. » Il’est donc fort rare que la lavande soitréellementutiledansles maladies nerveuses ; mais en poudre, on peut en faire usage chez les personnes piles et languissantes, dont la digestion languit par défaut d'action de l'estomac. En infusion , elle peut être employée avec avantage dans les catarrhes chroniques , dans les rhuma- ‘hsmes anciens; en teinture alcoolique, on peut l’administrer Soit intérieurement, soit à l'extérieur dans la paralysie de la langue et des membres ; mais,en général, on doit s’en abstenir, comme de tous les stimulans, dans les cas où ces maladies sont accompagnées de chaleur, de sécheresse , et autres signes
d’une vive réaction vitale.
Les fleurs et les feuilles de lavande pulvérisées peuvent être madministrées en substance » de treize décigrammes à quatre rs (un scrupule à un gros); et en infusion, de trenteeux à soixante-quatre grammes (une à deux onces) pour un “kilogranme (deux livres d’eau). L'eau distiHée aqueuse, et la teinture alcoolique qu'on en prépare, se donnent depuis “hente-deux grammes (une once) jusqu’à cent vingt-huit grammes (quatre onces). La dose de la conserve de lavande est orbdinairement de seize grammes (demi-once), et celle de l'huile
volatile de deux à six gouttes, On fait avec la plante sèche des sachets qu’on applique empiriquement sur la tête contre l’apoplexie, et plus rationnellement sur les parties contuses, et sur les tumeurs atoniques pour en favoriser la résolution; la teinture alcoolique est souvent employée en gargarisme contre le bégaiement et la paralysie de la langue. L'huile volatile, ainsi que la teinture, sont également en usage dans des linimens excitans, La poudre céphalique de Charas, celle du même auteur pour les embaumemens, la poudre sternutatoire de la pharmacopée de Londres, la décoction céphalique, les gouttes Céphaliques anglaises, le sirop antiépileptique, et le sirop de Stæchas, sont autant dé compositiôns pharmaceutiques surannées, dont la lavande fait partie. 5
- Ifeau distillée, que les parfumeurs en préparent} est d’un grand usage dans la toilette. Lorsqu'on n’en met q#'une trèspetite quantité dans l'eau, qu'elle aromatisé agréablement, elle constitue un cosmétique en généra] fort innocent, et on pourrait en recommander l'usage, si l’eau pure, le cosmétique par excellence , ne lui était préférable pour entretenir la fraicheur du teint, la souplesse de latpeau , et l'éclat des couleurs. L'huile essentielle de lavande passe pour mettre les insectes en fuite, pour chasser les‘pous de la tête , ceux durpubis ; ainsi-qie les mittes et les teignes qui dévorent nos étoffés, nos livres etc. Cette huile est employée dans les arts, sous le nom d’huile d’aspic, pour la composition de plusieurs vernis. Elle est fabriquée en grand dans les départemens méridionaux de la France; mais elle est souvent sophistiquée dans le commerce, soit. avec de l'esprit de vin, soit avec de l'huile de térébenthine. On yÿ reconnait la présence de l'alcool en y mêlant de Veau, parce qu’alors l'alcool se dissout dans l’eau, et l’huile volatile seule surnage. Si, en brûlant cette huile dans une cuiller de métal, il se forme une fumce “bee noire , et d'une odeur désagréable, c’est une preuve de la présence de l'huile de térébenthine.
(La plante est représentée de grandeur naturelle