LICHEN D'ISLANDE
LICHEN ISLANDICUS; foliaceus adscendens laciniatus ; Latin... marginibus elevatis ciliatis. Linné, cryplogamie, algues. Jussieu, cl. 1 , ord. 2, famille des algues.
. Français... .. LICHEN D’ISLANDE.
Ltalien ...... LICHENE DE ISLANDA. Espagnol... LIGHÈN DEASLANDA:
Portugais... MUSCO DAISLANDA, Allemand... 1SLAENDISCHES moos.
= Anglais...... ICELAND-LICHEN ; LIVERWORT.
Hollandais... ystAxvscen mos Danois...... 1SLANDS moos.
Suédois ..... 1sLANDsmossA.
Partout où la végétation commence à s'établir, les lichens sont ordinairement les premières plantes qui s'y montrent; elles:sont aussi les dernières qui y restent, lorsque > par d’autres circonstances, celte végétation s’altère et disparaît : on en a rencontré jusque sur le sommet glacé du Mont-Blanc. Si nous ne considérons les lichens que comparativement aux autres plantes, nous n’y trouverons que des végétaux imparfaits , dignes à peine de fixer nos regards ; nous ne verrons, dans les üns , que des croûtes lépreuses ou tuberculées ; dans d'autres, que des expansions membraneuses , foliacées, déchiquetées où lobées ; d’autres se présentent sous la forme de longs filaméns “capillaires et pendans, ou’sous celle de petits arbustes ramifiés, dendroïdes, sans fleurs ni feuilles apparentes : leur fructification est encore Lrès-obscure ; on a cru la reconnaître dans les tubercules, les scutelles, ainsi que dans une poussière.fari-
» neuse répandue sur les diflérentes parties de la plante : mais si nous considérons ces végétaux dans leur ensemble; si nous les 'observons dans les lieux où la nature les a placés, couvrant les rochers , tapissant les vieux murs , appliqués contre l'écorce des arbres, ou suspendus à leurs branches, étalés sur la terré, se glissant entre les mousses et le gazon, quelle agréable variété ces plantes, peut-être trop dédaignées, nous offriront dans leurs formes, leurs couleurs, dans leur manière de végéter et de se multiplier, les unes étalant sur l’épiderme des jeunes arbres une membrane lisse, très-blanche > Parsemce de Bones noires, imitant, dans leurs diverses directions, les caractères de quelque laugue étrangère, ou une sorte de carte bééographique ; d’autres présentent des points saillaus, nois,
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: (204) luisans , sur un fond verdâtre et cendré; ailleurs elles forment sur les rochers des plaques de diverses couleurs, des croûtes parsemées de tubercules ou de petits godets , en forme d’entonnoirs simples ou prolifères, chargés sur leurs bords de tubercules fongueux , sessiles on pédicellés, de couleur brune, noirâtre, ou d’un beau rouge écarlate,
Linné avait réuni les lichens en un seul génre, mais le grand | nombre des espèces, et la variété de leurs formes, ont déterminé à les regarder comme une famille particulière, et à les ! distribuer en genres. Le lichen d'Islande, qui est aujourd’hui le physcia islandica, twès-abondant dans l'Islande et dans les régions septentrionales de l’Europe, croît par touffes sur Ja terre, dans les prairies montueuses, aux lieux stériles, arides et pierreux.
Ses expansions sont foliacées, longues de deux ou‘trois pouces, fermes, coriaces, divisées en ramifications linéaires , laciniées, ou presque pinnatifides, souvent bifurquées , boridées de cils presque épineux ; ces lanières tendent à se courber en gouttière, surtout vers le bas ; elles sont d’un brun verdätre ou olivâtre, plus pâles à leur partie inférieure , souvent tachetées de rouge à leur base; elles produisent des cupules assez rares, presque terminales, planes ou un peu concaves, sessiles, orbiculaires, d'un rouge’ brun, ou de la couleur des feuilles. (PS
Le lichen d'Islande est inodore; sa saveur est extrèmement amère, et tellement tenace, qu’elle ne peut lui être complétement enlevée, même par plusieurs ébullitions successives. L'eau s'empare toutefois de la plus grande partie de son amertume , soit par infusion, soit par décoction. Dans le premier cas, la liqueur est limpide, et rougit par le sulfate de fer; dans le second, on obtient un liquide épais et visqueux, qui se concrette par le refroidissement , et forme une sorte de gelée
rougeâtre, peu collante, amère, et très-soluble dans la bouche. D’après les recherches de Tromsdorff et d’Ebeling, cette plante renferme près de la moitié de son poids de mucilage, une petite quantité de résine, et un principe légèrement astringent. M. Berzelius y à constaté en outre la présence d’une matière de nature animale, coagulable et analogue à Ja gélatine.
C'est à ce mucilage, et à cette substance gélatineuse que le lichen ‘doit les propriètés nutritives dont il jouit essentiellement. Il exerce en outre, par sa qualité amère , une action tonique, lente, qui, de l'appareil digestif, se transmet à toute l’économie, et peut, à la tongue, modifier avantageusement les organes. Ainsi il augmente l’action de l'estomac, excite l'appétit , facilite Ja digestion, active les fonctions nutritives,
remédie à l’amaigrissement, et soutient les forces dans la: ane -pait des maladies de langueur et d’épuisement, Hiarne, Bartholin, Borrichius, Olafsen, lui attribuent en outre une vertu purgative; mais cette propriété, justement contestée au lichen par plusieurs observateurs, n'existe point dans la plante sèche, puisque les peuples des régions polaires qui s'en nourrissent, et les malades auxquels on l'administre parmi nous, n’en éprouvent aucun effet laxatif. À l'exemple de quelques auteurs, on pourrait donc tout au plus admettre cette propriété dans lé lichen récent, s’il n'était plus Has dent desuspendreson jugement Sur ce point, jusqu’à ce que denouvelles-observationsaient levé tous les doutes. Les maladies de la poitrine en général, et la phthi- Sie pulmonaireen particulier, sont les affections contre lesquelles le lichen d'Islande a été particulièrement recommandé. Herz, Linné, Scopoli, Tromsdorff, Hiarne, Bergius, Crichton, Stoll, et plus récemment M. Regnault, ont constaté ses bons effets dans cette redoutable maladie. 1l paraît toutefois que c’est contre les phthisies muqueuses et ulcéreuses que le lichen a été employé avec succès; car, daus la phthisie tuberculeuse, son inelficacité est tout aussi marquée que celle des pectoraux et des béchiques les plus vantés, S’il ne guérit pas cetteterrible lésion des poumons, il faut convenir toutefois, avec Murray, que souvent il adoucit la toux , apaisela fièvre hectique , amédiore l'expectoration, rend la respiration plus facile, diminuelles sueurs et autres évacuations colliquatives prolonge l'existence des malades ;'et rend leurs souffrances plus supportables. Scopoli recommande en outre le lichen ‘dans le rachi tis; Cramer l'associait avec avantage au mercure, dans la phthisie vénérienne; Hiarne s’est bien trouvé de.son usage contre l’hémoptysie et le scorbat, et Tromsdorff dans cette dernière affection et dans lagoutte. Schonbeyder l’a administré avec succès contre da toux rebelle qui survient chez les enfans à la suite de la rougeole; Quarin en a fait usage dans la suppuration des reins; quelques auteurs l’ont administré contre le cancer de l'utérus. Le lichen a été vanté en outre contre la diarrhée et Ja dysenterie chroniques; mais Crichton , qui a déterminé avec beaucoup plus d’exactitude qu'on ne l'avait fait avant lui les circonstances dans lesquelles il convient de l’administrer , a Mrès-bien vu qu’il serait nuisible lorsque ces affections intestinales sont accompagnées de douleurs d’entrailles, de chaleur, de fréquence ou de dureté dans le pouls, et autres signes d'excitation. Du reste, on conçoit parfaitement que cette plante tonique et analeptique a pu avoir, dans certains cas, contre les difiérentes maladies dans lesquelles elle à été administrée, “Comme dans la plupart des cachexies accompagnées de ma-
( 206 ) rasme, ete la chute des forces, le mème avantage quécontre certaines phthisies ; celui de diminuer l'intensité dévorante de la fièvre héctique, et de retarder.les progrès de la conso mption. Mais il faut, pour que cet effet ait lieu, que le malade ne soit en proie à aucune inflammation locale, ni à une excitation générale trop prononcée.
On peut administrer ce lichen en poudre, soit en suspension dans un liquide quelconque, soit sous forme de pilules ou d’électuaire, On l’emploie beaucoup plus souvent et avec plus ‘d'avantage en décoction dans l’eau, le lait ou un bouillon gras, à la dose de seize ou trente-deux grammes ( demie ou une once) pour un kilogramme ( deux livres) de liquide, et pour diminuer son amertume on l’édulcore ordinairement avec une certaine quantité de sirop de sucre ou de miel. On a fréquemment recours à la gelée de lichen, convenablement édulcorée et aromatisée. Ce végétal, réduit en poudre, et cuit avec le lait, forme une bouillie médicamenteuse , aussi utile et plus ‘agréable à certains malades que la gelée. On le fait entrer dans la composition du chocolat; M. Regnault se loue beaucoup des avantages qu'il eu a obtenus sous cette forme. A l'exemple dé ce médecin, on peut faire préparer, avec la poudre de li- -chen, des crêmes, des conserves, des pastilles, des biscuits, et autres médicamens alimentaires, qu'on peut varier à l'infini, suivant l’expression de M. Alibert, pour éviter aux malades
l'ennui de l’uniformité. UE
Les avantages économiques du lichen d'Islande ne le cèdent point à ses propriétés médicales. Les habitans de l'Islande en font la base de leur nourriture. Chaque ännée ils se réunissent en troupes pour aller cueillir cet utile végétal sur les ro= chers, où il croît en abondance. Ils l’emportent dans des sacs, ‘et, après l’avoir lavé, séché au four, et grossièrement pulvérisé , ils le conservent dans des barils. Cette substance alimentaire, à volume double, nourrit autant que le blé. ‘Pour l’usage, on la réduit en poudre, on la fait bouillir ‘avec l'eau, le lait ou le petit-lait, et on en prépare des bouillies très-nutritives. Mélée à une certaine quantité de farine, cette poudre est susceptible de faire du pain, qui, mal-
ré son amertume, constitue un bonaliment. Dans la Carniole, le lichen est employé pour engraisser les cochons ; à une certaine époque de l’année, on le fait brouter aux bœufs et aux chevaux épuisés, pour les refaire.
La médecine, l’économie domestique et les arts, emploient plusieurs autres espèces de lichen à divers usages. Ainsi la pulmonaire de chêne, L. pulmonarius, à été préconisée parmi nous contre la phthisie et les hémorragies. Les habitans de
(207) l'Islande remplacent souvent le Z. rslandicus par les Z, ni. valis et proboscidus. Les Russes septentrionaux emploient à leur nourriture, et à celle de leurs rênes, les L. esculentus et rangiférinus. Enfin diverses espèces indigènes du même genre sont en usage dans la parfumerie et dans la teinture.
(La plante est représentée de grandeur naturelle)