‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 144 sur 201 · LUE · texte numérisé non relu

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qu'à l'ombre et dans l'humidité, elles se flétrissent et se dessèchent dans les temps trop secs, où lorsque le soleil les atteint de ses rayons : elles paraissent alors frappées de mort à l’époque où les autres plantes se montrent dans toute leur vigueur et leur beauté; mais, au retour des pluies, ou dans les temps humides et froids, ces gazons flétris se raniment ; il pousse, de leurs souches anciennes, des rameaux chargés de feuilles et de fructification. Quel peut donc être le dessein de la nature dans cette sorte de résurrection qu’elle accorde aux mousses lorsque les autres végétaux sont presque tous dans un état de mort? |

Cette apparente contradiction avec ses propres loisn’existe pas sans cause; et si les mousses ont le privilége de reprendre leur action vitale lorsqu'elle cesse pour les autres, c’est moins pour elles que pour les services qu’elles sont destinées à rendre à la végétation : elles couvrent les sols nonveaux où commence à s'établir un peu de terre végétale. Si celle-ci restait à nu, elle serait bientôt dispersée, altérée ou décomposée par les vents, la pluie et le soleil à l’époque où la végétation reste suspendue : les mousses qui recouvrent le terrain s'opposent à cette altération, le conservent presque intact, et en augmentent la masse par leurs débris. Les semences déposées dans ce sol, ordinairement à la fin de l'été ou en automne, garderaient difficilement leur vertu germinative jusqu'au retour du printemps; ou bien la plante nouvellement éclose, encore tendre et faible, aurait peine à résister aux intempéries de la saison, si, comme je l'ai déjà dit, cachée en partie dans lépaisseur des mousses, participant à l’humidité qu’elles retiennent, elle ne trouvait, dans leur sein , un abri et une fraicheur qui assurent le succès de son développement. Ajoutons que les mousses rendent à peu près les mêmes services aux plantes adultes et vivaces : dans le Nord, elles les défendent du froid ; c’est le vêtement d'hiver d’un grand nombre d’arbres : aussi les mousses ne sont-elles nulle part plus abondantes que dans les pays froids.

Mais enfin paraissent, dans ce même sol, ces végétaux ligneux , destinés à vivre des siècles. Tout a été préparé pour eux : aussi ne tardent-ils pas à rendre avec usure aux autres plantes les services qu’ils en ont recus : celles-ci les ont protégés dans leur développement, ils les protégeront à leur

tour pendant toute la durée de leur existence. Que de plantes qui ne pourraient croître ailleurs, se réfugient dans les clairieres des forêts, et vont composer ou embellir ces pelouses délicieuses, qui conservent, à la faveur de l'humidité et de l'ombre, leur fraicheur printannière! Quels lieux plus riches en végétaux , que l’intérieur des bois et les terrains qui les avoisinent l ,

Maïs les arbres ont encore à remplir, à l'égard des autres plantes, des fonctions bien plus générales, plus habituelles, pass étendues : leur cime, perdue dans les nues, agitée par

es vents, attire et fixe ces nuages, qui se répandent au loin en pluies fécondes sur les autres végétaux. Partout où les arbres manquent, partout où l'ignorance et la cupidité les ont fait tomber sous la hache, la terre, en peu d'années, est frappée de stérilité; les plantes y languissent, le soleil les desseche ;'et les.pluies, bien moins fréquentes, sont insuffisantes, surtout pour les végétaux herbacés ; mais comme il faut aux arbres une longue suite d’années pour parvenir à leur état de perfection, s'ils périssaient dès qu'ils l’ont atteint, leur existence serait trop courte pour les services habituels qu’ils ont à rendre. Ainsi tous les êtres de la nature sont, à Fésard les uns des autres, dans une dépendance ha-

bituelle : considérés sous ces grandes vues, nous y découvrons la route à suivre dans l’étude des productions naturelles ; tandis qu’en tenant chaque objet trop isolé, nous ne voyons plus le charme de l’ensemble, et les plus beaux phénomênes, toujours dépendans du rapport des êtres entreeux À perdent leur plus grand intérêt, nous échappent, ou ne nous frappent que faiblement. !

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