‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 43 sur 71 · CANELLE · texte numérisé non relu

CANELLE

Grec ....... XIVY4HLOAOV.

CINNAMOMUM, sive GANELLA ZEILANICA ; Bauhin, IlivaË, s. à lib.,11, sect. 3. .

Latin........{ LAURUS CINNAMOMUM; foliis trinervüs, ovato-oblongis , nervis verss apicem evanescentibus ; Linné, clas. 9, ennéandrie monogynie. Jussieu, clas. 6, ord. 4, lauriers. Italien...... CGANELLA; CANNELLA; ALBERO DELLA CANNELLA. Espagnol.... GANELA; CANELO.

Français .... GANELLE; CANELLIER.

Ænglais..... CINNAMOM-TREE.

Allemand... zIMMETBAUM.

Hollandais... KANEELBOOM.

Polonais. ... cYNAMON.

Célèbre par la beauté de son climat, non moins que par sa vaste étendue, l’antique Taprobane porte aujourd’hui le nom d’ile de Ceylan : fertile en végétaux brillans, savoureux, aromatiques , elle fut longtemps l’unique patrie du canellier; et si l’on est parvenu à cultiver cet arbre précieux dans d’autres contrées de l'Asie, et mème dans le Nouveau-Monde, celui qui croît dans l’île de Ceylan revendique à tous égards la prééminence. Le champ de canelle, qui s’étend sur un espace d'environ quatorze lieues, depuis Negambo jusqu’à Gallières, est encore la source à laquelle vont puiser tous les peuples de l'univers (r). Les Hollandais voulant se rendre maîtres exclusifs de ce commerce important, ne se bornèrent pas à chasser les Portugais de Ceylan ; ils conquirent en outre sur eux le royaume de Cochin, sur la côte de Malabar , pour leur enlever le débit de la canelle sauvage, portugaise ou grise, qui croît dans ce pays. La première chose qu'ils firent après cette conquête, fut d’arracher la canelle sauvage. Ils détruisirent même à Ceylan tous les caneliers venant sans culture hors du champ qui leur est destiné; ils connaissaient par l’expérience de plus d’un

siècle la quantité de canelle nécessaire.

On a souvent et longuement disserté pour savoir si notre canelle est le kinnamom des Hébreux et l'e xiyragomoy des Grecs. Je crois pouvoir résoudre négativement la première question, et affirmativement la seconde, quoi qu’en disent l’érudit Jaucourt et les frères Campi (2). J’ajouterai que les Grecs, suppo-

(1) Poivre assure qu’on trouve à la Cochinchine une canelle supérieure à celle de Ceylan.

(2) Spicilegio botanico ; Dialogo nel qui si manifesta lo sconosciuto cinnamomo degli Antichi, etc.; in-4°, Lucca, 1654.

24°, Livraison. €.

(154) sant, comme Îles Arabes, que la canelle venait de la Chine , €t trouvant son odeur analogue à celle de leur apoyzov, lui donnérent le nom de xwvapouor, qui exprime cette double signification.

La racine du canellier se partage en plusieurs branches : elle est grosse, fibreuse, dure ; son écorce grisâtre en dehors, rougcâtre en dedans, recouvre un bois solide , dense et blanchâtre.

Le tronc, qui s’élève de quinze à vingt pieds, acquiert jusqu’à dix-huit pouces de diamètre : son écorce extérieure, épi-. dermoïde , est, comme celle des rameaux, d’abord verdätre, puis grisâtre ; la seconde écorce, placée sous cet-épiderme , offre une teinte presque semblable, qui devient, avec le temps; * fauve ou jaune-rougeâtre. ,

Les feuilles, longues de quatre à cinq pouces sur deux pouces environ de largeur, sont imparfaiterent opposées , c’est-à-dire que l’une est souvent insérée à un point un peu plus haut que l’autre qui lui correspond : elles sont pétiolées, ovales, terminées en pointe, entières, coriaces, glabres des deux côtés, vertes et luisantes en dessus , blanchâtres et ternes en dessous ; elles ont communément trois, et quelquefois cinq nervures longitudinales, qui partent en divergeant de la base de chaque feuille, et se prolongent jusqu’au sommet; entre ces nervures, on aperçoit des veines nombreuses et transverses. -

Les fleurs sont dioiques, petites, jaunâtres intérieurement, blanchâtres et un peu veloutées en dehors , disposées en panicules terminales : les fleurs mâles ont un calice corolliforme à six découpures ; neuf étamines situées sur plusieurs rangs concentriques , et creusées chacune de quatre ouvertures operculéés par où s'échappe le pollen (3). Les fleurs femelles ont pareillement un calice à six divisions et persistant; un ovaire supérieur , chargé d’un style simple à stigmate oblus.

Le fruit est un drupe ovale, long de cinq à six lignes, brunbleuâtre dans sa maturité, contenant une pulpe verte et onctueuse, qui enveloppe un noyau dans lequel on irouve une amande purpurine. |

Le canellier fleurit en février ou en mars, et conserve sa verdure toute l’année. L'âge, l’exposition, la culture de l'arbre, modifient singulièrement la qualité de l'écorce qu’on en retire ; celle que fournissent les grosses branches est moins estimée . que celle des rameaux plus délicats : aussi distingue-t-on la canelle en fine, moyenne et grossière. La récolte se fait deux fois par an : la grande récolte a lieu d'avril en août, pendant la

(3) Cest à M. Turpin qu’on doit la connaissance de cette singulière strncture des étamines des lauriers. DR

mousson plüvieuse, et la petite, de novembre en janvier, dans la mousson sèche. On coupe les branches de trois ans ; on emporte l’écorce extérieure, en la râclant avec une serpette dont la courbure , la pointe et le dos sont tranchans ; on fend avec la pointe la deuxième écorce d’un bout à l’autre de la branche, et avec le dos du même outil, on la détache peu à peu : on ramasse toutes ces écorces; les plus petites sont mises dans les ‘plus grandes; elles sont exposées au soleil, où elles se roulent d’elles-mêmes de plus en plus, à mesure qu’elles se dessèchent. Au bout de deux ou trois ans, l’arbre se trouve revêtu d’une écorce nouvelle, qu'on peut alors enlever.

Toutes les parties du canellier sont utiles. L’écorce odorante de la racine fournit une huile essentielle limpide, jaunâtre ; employée intérieurement et à l'extérieur par les Indiens z comme diaphorétique , durétique, stomachique, carminalive ; et du camphre très-blanc, très-pur, très-volatil, recueilli avec un soin extrême, et réservé pour les princes du pays: Les vieux troncs du canellier offrent des nœnds qui sentent le bois de rose, et dont l’ébemisterie peut tirer parti. Les feuilles ont une odeur et un goût agréables, on s’en sert dans les bains aromatiques ; soumises à l’alambic , elles donnent une huile dont odeur approche de celle du girofle, et qui passe pour correctif des violens purgatifs. Les fleurs du canellier exhalent un parfum si suave et tellement diffusible, qu’il embaume l’atmosphère à plusieurs milles de distance : elles sont la base d’une conserve, ct d’une eau réputée cordiale ‘et anthystérique. On retire des fruits, par la distillation, une huile volaüle très-odorante, et par la décoction, une espèce de suif regardé par les Indiens comme très-propre à guérir les contusions , les fractures, les luxations, et que l’on nous apporte en pains , sous le nom de cire de canelle, parce que le roi de Candy en fait fabriquer ses bougies, qui répandent une odeur agréable.

Ces usages variés des racines, du tronc, des feuilles , des fleurs et des fruits du canellier ne nous sont guère connus que par les rapports des voyageurs; mais nous employons souvent la canelle comme remède, et plus souvent encore à titre de condiment. Elle flatte à la fois le sens du goût et celui de l’odorat. Elle a une saveur d’abord sucrée, qui bientôt devient piquante et très-aromatique. Toutefois, ces qualités physiques qui caractérisent la bonne canelle, sont plus ou moins développées dans les nombreuses variétés désignées sous les dénominations de rasse-coronde , cahatte - coronde , cappiroecoronde , nai-coronde , etc. (4).

(4) Murrav, Apparatus medicaminum ; tom. 4: 1787, pag. 4or. Alibert, Wouveaux Élémens de #icrapeutique ; tome 1 : 1814, page 1or.

Cet aromate, dit le docteur Bodard (5), est peut-être celui .

de tous les exotiques qui soit le plus ami de l’homme : il rétablit merveilleusement les forces vitales, ranime le système nerveux, fortifie l’estomac, dissipe les flatuosités, excite l’action de l'appareil dermoïde, calme le vomissement, et apaise doucement les diarrhées par afonie. Quelques observateurs, ajoute M. Alibert, se sont cru fondés à penser que la canelle affectait d’une manière spéciale les propriétés vitales de l’utérus : de là vient que les accoucheurs ont parfois recours à l’eau de canelle pour réveiller l'irritabilité de cet organe frappé

d'inertie par les labeurs de l’enfantement, et faciliter par ce

moyen l'expulsion du placenta. Fourcroy observé que dans ce eas, ainsi que dans les maladies éruptives, on faisait autrefois. un grand abus de cette écorce. « Les gens du peuple, les habitans des campagnes, aussitôt que leurs enfans avaient les premiers signes de l’éruption variolique ou morbilleuse, les tenaient bien chaudement, les accablaient de couvertures, et leur donnaient de grands verres de vin où ils avaient fait infuser de la canelle. La vigueur du tempérament et la nature benigne de la maladie résistent quelquefois à ce traitement, inconsidéré. »

© On administre la canelle sous des formes et à des doses très variées , suivant les indications que l’on se propose de remplir. Elle est fréquemment destinée à masquer la saveur repoussante, ou à augmenter l’énergie de certains médicamens. Fourcroy recommande aux personnes qui éprouvent des dyspepsies, des diarrhées habituelles, de mâcher tous les matins de la canelle, et d’avaler la salive qui en est imprégnée. J’ar souvent joint un gros de cette écorce en poudre à une once de celle de quinquina. Des succes multipliés confirment l eflicacité de ce mélange, qui convient surtout aux fièvres périodiques entreténues par une diathèse scorbutique, scrophuleuse , ow par la funeste influence d’un climat froid et humide. J'ai pareillement eu à me louer de la canelle unie à la rhubarbe, au cachou , à la limaille d'acier, dans des leucorrhées opimiâtres. Chacun sait qu’elle entre dans une foule de préparations pharmaceutiques, parmi lesquelles 1l suffit de citer la thériaque , l'orviétan, le mithridate, le diascordium, le philonium rOmain, le diaphénic, le baume apoplectique , là confection al- kermes, l’électuaire hiéra-picra. Boerhaave a exalté outre mesure l'huile volatile de canelle, et Samuel Théophile Gmelin a prodigué des éloges non moins fastueux et non moins frivoles à son alcool et à son essence (6). Les thérapeutistes modernes

(5) Cours de botanique médicale comparée ; 1810, tome 2, page Du $ (6) De analepticis quibusdam nobilioribus, à cinnamomo , amiso steltat® et asd fœtidä; Tubinsæ, 1763. » -

Cr67)

emploient fréquemment l'eau distillée, la teinture spiritueuse

et Le sirop de canelle, qui sont en effet des toniques précieux.

HOzcHSTETTER (Jean philippe), De cinnamomo , Diss. inaug. præs. Joan. Theod. Schenck ; in-4°. Ienæ, 1670.

ririus ( George chrétien ), De cinnamomo, Diss. inaug. præs. Georg” Wolfz. Wedel; cum Invitatione publicé Joannis HadrianiSlevogt, De &UToY Elpiet medicä in genere; in-40. Lenæ ; 17 decemb. 1907.

coëzcer (christophe Louis), le cinnamomo , Diss. in-4°. Ultrajecti, 1709.

(La plante est représentée un peu plus petite que nature )

Page 1