‹ FlorenceChapitre 12 sur 102 · PIERRE II JEAN JULIEN II · texte numérisé non relu

PIERRE II JEAN JULIEN II

ELEVANT ses affaires par l'agriculture, Laurent de Médicis n’avait plus laissé de soucis d’avenir à son fils Pierre qui allait lui succéder dans toutes ses charges malgré son jeune âge. Aussi le viton s’adonner surtout au plaisir et se désintéresser des choses de l’État. Cependant il était assez autoritaire pour prétendre imposer ses idées, et il tenta de gouverner indépendamment de la seigneurie. La mort de Laurent avait réveillé l’ambition de Ludovic Sforza, le gouverneur de Milan, et le roi de France Charles VIII était intervenu dans les affaires de l’Italie; déjà il était entré en Lombardie avec quinze mille soldats, il s’avançait vers le territoire toscan : on résolut d'envoyer Pierre de Médicis en ambassade auprès du souverain. Celui-ci le reçut avec courtoisie, mais lui demanda des gages, et Pierre eut la faiblesse de lui céder les forteresses de Sarzana, Sarzanello, Pietra Santa, enfin Livourne et Pise.

A son retour à Florence, il fut accueilli avec colère par la seigneurie; le peuple s’arrêta, menaçant, sous les balcons du palais Médicis. Francesco Valori, républicain rigide, rassembla la populace et détermina un soulèvement : Pierre dut fuir; il se retira à Bologne auprès de Bentivoglio qui l’accueillit avec pitié; de là, il passa à Venise, où il ne trouva que froideur et indifférence et vécut dans un isolement relatif.

C'est dans cette occasion que le palais des Médicis fut saccagé pour la première fois; les

superbes collections réunies par Cosine et augmentées par Pierre et Laurent furent dispersées, brisées ou dérobées pour la plupart. Le 17 novembre 1494, le roi, ayant continué sa marche, entra dans Florence et vint loger au palais même des Médicis. On rendit Pierre responsable de cette invasion étrangère. Charles VIII imposa à la cité un tribut de cent raille éciis d’or et donna vingt-quatre heures pour réunir la somme. C’est dans ces circonstances mémorables que Pierre Capponi montra toute sa grandeur d’àme, et que Savonarole fit preuve d’une haute éloquence et d’un patriotisme ardent en allant au devant du Roi, le suppliant d’épargner Florence et le menaçant de l’éternel châtiment.

Pierre ne devait jamais rentrer dans sa patrie; exilé en 1494, le décret de bannissement ne fut rapporté qu’en août 1512. Ces dix-huit années représentent des années bien sombres dans l’histoire de Florence; c’était un conseil de 1,500 citoyens qui gouvernait alors sous la protection nominative du roi de France, et le pouvoir exécutif était dans la main d’un gonfalonier. Tout le territoire toscan était à feu et â sang; la République auraitpu se désintéresser de la lutte entre la France et le roi d’Aragon qui occupait Naples, et de Naples se répandait dans toute la Péninsule; mais elle avait hâte de reprendre Pise, et elle se mêla au conflit. En 1602, on imagina, pour obvier aux inconvénients des fréquens changements, de pouvoir déterminer, par une élection qui devait avoir lieu tous les deux mois, le choix d’un gonfalonier à vie: Pierre Soderini, homme de haute probité, mais d’un talent médiocre et d’un caractère faible, fut élu. Soderini n’avait pas d’héritiers et ne pouvait porter ombrage à la République ; c’était à lui que les Médicis allaient devoir leur retour dans leur patrie.

Pierre cependant eut la honte, au milieu de ce grand conflit, de prendre du service dans l’armée du roi Louis XII. Il était à bord d’un bâtiment chargé d'artillerie, sur le fleuve Garigliano, et se rendait à Gaëte avec un certain nombre de gentilshommes de la suite du souverain, quand le bâtiment coula à fond et le submergea avec ses compagnons. Médicis n’avait encore que trente-quatre ans, et il vivait en exil depuis neuf années. Cette existence misérable et cette fin plus misérable encore font un contraste singulier avec l’existence de son glorieux père.

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