ÉGLISE DES CARMES
Piazza del Carminé (Rive gauche de l'Arno).
Cette église, construite à la fin du xiii*^ siècle, fut presque entièrement détruite le 28 janvier 1771, par un incendie qui anéantit tous les objets d'art dont elle était remplie. On ne sauva qu'à grand'peine la chapelle Brancacci, considérée dès cette époque comme la réunion la plus importante des peintures murales qui marquent les débuts de la Renaissance classique à Florence. Cette chapelle se trouve dans le transept de droite :
Chapelle Brancacci ^
Autel
Les peintures de la chapelle Brancacci, fondée par Felice Brancacci, furent commencées après 1422 par Masolino da Panicale, qui bientôt après, appelé en Hongrie, laissa le soin
1. MiLANESi, Commentario alla vita di Masaccio, dans Vasari (II, 305 et suivants). — P. Santi Mattei, Guida del Carminé. Florence, 1869. — Sir. H.
de les continuer à son élève Masaccio. Celui-ci mourut en 1428, et la décoration resta interrompue jusqu'en 1484^ époque à laquelle elle fut achevée par Filippino Lippi.
La question des diverses attributions est traitée avec la plus grande netteté par M. MiLANEsi dans la dernière édition de Vasari. On trouvera dans ce savant commentaire le résumé de toutes les opinions antérieures.
La chapelle des Brancacci est comme une école où tous les maîtres du xv^ siècle sont venus chercher des leçons. Elle doit être regardée et vénérée, suivant l'expression de M. Ingres, comme la maison paternelle des belles écoles et le berceau de la belle peinture. Les fresques qu'elle contient montrent une plénitude de liberté, une élégance de caractère que l'art ne soupçonnait pas jusqu'alors ; elles se caractérisent par une exécution robuste, un coloris qui, dans sa gamme un peu brunie, est plein d'une vigueur sévère; une ardente recherche de la vérité y est partout visible dans l'attitude des personnages, dans l'expression qui est toujours juste, aussi bien que dans les détails du paysage. « Dans l'œuvre de Masolino, on trouve des procédés différents de ceux employés jusqu'à ce jour : cet artiste ajouta de la majesté aux figures, assouplit les draperies en leur donnant de belles lignes; et comme il commença à bien entendre les ombres et les lumières, parce qu'il travaillait en relief, il fit très bien des raccourcis très difficiles. » (Vas., I, 265.) Quant à Masaccio, il se distingue de ses prédécesseurs par sa scrupuleuse bonne foi dans l'imitation et le choix éclairé des vérités à définir : « Pour lui, le réel n'est qu'un élément du vrai, une matière, un argile à modeler, que l'art a la mission de dégager et de définir; il s'occupe bien moins de copier que de discerner, de faire le portrait littéral des nommes ou des choses que de reconnaître et d'exprimer la vie secrète qui leur est propre, » (V-e Delaborde, Gazette des Beaux- Arts, 2^ série, vol. XIV,p. 309 et suivantes.) « Filippino Lippi reste certes loin de son prédécesseur; mais ce grand modèle a prêté à ses œuvres une simplicité et un calme très rares chez Filippino et à ses portraits un caractère remarquable d'individualité. (B., 560.)
Sur le pilier de droite :