‹ Foi et patrie: Discours pronouncés pendant le siege de ParisChapitre 44 sur 56 · PRÉFACE. LV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. LV

Et pourtant il faut l'Évangile à notre patrie, et elle ne sera relevée que par TÉ vangile I A qui reviendra l'honneur de le lui présenter dans sa pureté, dans sa grandeur, dans sa beauté, dans son efficacité souveraine? Aux plus fermes, aux plus dévoués, aux plus fidèles d'entre les croyants. Ah! puisque toutes les Églises ont plus ou moins déserté leur mission en présentant aux peuples un évangile faussé par les traditions des hommes ou obscurci par leurs infidélités, qu'il y ait désormais entre tout ce qui reste de cœurs chrétiens dans ces diverses Églises une alliance magnifique pour conjurer' le mal, et pour présenter comme à nouveau l'Évangile à la France I Nous savons qu'il est dans l'édifice Romain des âmes qu'il n'abrite plus qu'à demi, et qui sont travaillées par le noble besoin d'une réforme; malgré des barrières et des dissidences, nous leur tendons toutes nos mains, nous leur ofirons tous nos cœurs. Nous voudrions former avec ces

LVl PRÉFACE.

chrétiens une sainte fédération qui n'aurait d'autre but que la conversion des âmes, et par cette conversion le relèvement de la patrie.

€ Que faire d'un peuple, maître de lui-mêm«, a dit M. de Tocqueville, s'il n'est soumis à Dieu f y^ Mais si, par l'Évangile, il apprend à se soumettre à Dieu, si la foi au Père céleste, à la loi morale et à la vie future rentre dans les âmes, que ne peut-on pas espérer d'un peuple libre î Tel est le consolant avenir que la foi chrétienne contemple et qu'elle travaille à préparer. L'œuvre est immense, laborieuse etlente, mais si tous les chrétiens sont fidèles^ ell^ doit s'accomplir. Par l'Évangile, et sous la bénédiction de Dieu, la France peut renaître, et elle renaîtra 1

Ainsi sera confondue la dernière injustice de l'Allemagne à notre égatfd, celle qui consiste à nous vouer, comme toutes les races latines, à la décadence. Nous protestons contre cette application injurieuse d'une théorie, d'ailleurs

t>RÉFACË. LVIl

fausse en elle-même, car elle n'est que le fatalisme historique. Les peuples, quelle que soit rinfluence de la race et du climat, quel que soit rhéritage des générations antérieures, sont pour une large part les artisans de leur chute ou de leur élévation et demeurent les maîtres de leurs destinées. Le passé pèse sur le présent, mais il n'enchaîne pas à jamais l'avenir. Des nations qui semblent vieillies peuvent donner, quand un souffle nouveau passe sur elle, des signes de jeunesse et de virilité : qui oserait dire que l'Évangile pénétrant aujourd'hui librement en Espagne et en Italie ne sera pas pour ces peuples un levain régénérateur ? Et quand ce môme Evangile régnera sur la France, sur la France qui n'est pas seulement de race latine mais aussi de race Celtique et Germaine, que ne produira pas la féconde alliance du génie français et du véritable esprit chrétien ? C'est alors que la France offrira au monde un grand spectacle : au-de-

Page 1