KOUS APPROCHIONS DE SCHŒNBURG
SECRETS D'ÉTAT
été appelé à ce poste pour une raison secrète. N'y avait-il pas quelque mystère dans ma naissance, une a\"enture romanesque ? Mais, aussi loin que je pouvais remonter dans ma famille, on n'avait jamais connu, chez ces paisibles marchands de ÎMâcon, de landgraves, de ducs ou d'archiducs en voj'age.
Le comte de Tolberg m'expliqua pourquoi ces gens du Bergensland a\-aient fait choix d'un étranger pour tenir l'emploi qui m'était destiné: c'est parce qu'ils savent bien qu'un homme qui n'était pas de chez eux ne pourrait jamais par\-enir, quelle que fût son influence, aux plus hautes fonctions officielles.
— D'ailleurs, ajouta-t-il, il y a peu de personnes là-bas, en dehors du roi, du premier ministre, de l'ambassadeur et de moi, qui sachent très bien le français. Moi, je n'ai pas comme vous l'avantage d'être barré d'avance pour les situations élevées. Si grand que devienne votre pou-
voir, — et il deviendra grand, j 'en suis sûr, — • vous ne serez jamais qu'un fonctionnaire sans titre.
Cependant, nous arrivions à une gare qui se trouvait à une demi-heure de Schoenburg, et nous aperçûmes sur le quai une grande jeune femme brune. Tolberg tressaillit en l'apercevant. Elle le regardait avec un visage faible, comme exsangue... Ses lèvres tremblaient ; c'était une expression si violente qu'on ne savait si elle était de joie ou de douleur.
Il sauta sur le quai, alla lui prendre la main, et l'attira doucement jusqu'au wagon, enfantinement, comme un petit garçon va chercher une petite fille. Ils se regardèrent en silence. Au bout d'un instant, Tolberg me désigna de la main : « Un très bon ami. » On ne prononça aucun nom ; je m'inclinai et je m'éloignai dans le couloir, mais en évitant de mettre, à les laisser seuls ensemble, une précipitation trop indiscrète.