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JE TROUVAI LE ROI AUPRES DU LIT OU GISAIT LA JEUNE FEMME

SECRETS D'ÉTAT

Je lui dis alors que le roi préférait ne recevoir aucune visite, qu'il viendrait lui-même à l'ambassade dans le courant de l'après-midi. Mais il priait l'ambassadeur de ne dire un mot à qui que ce fût de sa présence à Londres, sauf au ministre anglais, si c'était nécessaire.

J'ajoutai que sous aucun prétexte il ne fallait en référer à Schoenburg. A la vérité, Sa Majesté, tout à sa douleur, ne m'avait fait aucune de ces obser\'ations, mais c'est moi qui avais pris cela sous ma responsabilité. Je me formais peu à peu ; je prenais de l'initiative : j'acquérais des qualités d'homme d'Etat.

Quand je rentrai à l'hôtel, je trouvai le roi à la place où je l'avais quitté, auprès du lit où gisait la jeune femme. Cette nuit même, au moment où il me reconduisait après notre conversation, nous avions entendu un coup de feu. Aussitôt qu'elle avait su qu'elle ne vi\Tait plus

avec le roi, Marie avait couru à la mort comme un prisonnier court à une porte ouverte. Elle n'avait laissé sur sa table aucun mot d'écrit. Elle savait très bien que l'on comprendrait.

Ce n'était pas une méchante femme, mais elle voulait être heureuse à tout prix, et ce besoin avide, comme animal, d'être satisfaite, l'avait rendue coupable de toutes les cruautés. Ainsi elle montra qu'elle n'avait pas la force de renoncer au bonheur

Ce qui sauva le roi, c'est qu'il était le roi. Mais si sa vie n'avait pas été occupée par d'autres choses que par l'amour, je crois qu'il se serait tué, lui aussi, plutôt que d'aller retrouver, auprès de de Mme de Einstein, un autre remords.

Mais il n'était pas un amant autant que Marie était une amante. Quand l'amour prend ces pauvres êtres désœuvrés, il les prend tout entiers.

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