‹ Folk-lore brésilienChapitre 33 sur 77 · LE JABOTT ET LE CAÏMAN · texte numérisé non relu

LE JABOTT ET LE CAÏMAN

Le Jaboty avait un sifflet dont il jouait en provoquant l'admiration de tous les animaux. Le Caïman ^ en crevait d'envie.

Une fois, il alla attendre le Jaboty à l'endroit où celuici avait l'habitude de boire de l'eau; il se coucha hors de la fontaine. Quand le Jaboty arriva, il salua le Caïman : « Oh là, ami Caïman, comment ça va ? » — « Je suis en train de me chauffer au soleil, ami Jaboty. » Le Jaboty but son eau et se mita jouer de son sifflet. Le Caïman lui dit : — « Ami Jaboty, prêtez-moi votre sifflet, que je l'essaie un peu. » Le Jaboty le lui passa. Le Caïman sauta dans l'eau et se sauva avec le sifflet. Le Jaboty s'en alla furieux.

Au bout de quelques jours, le Jaboty alla à une ruche, avala un grand nombre d'abeilles, et alla se placera l'endroit où le Caïman avait l'habitude de se chauffer au soleil ; il se cacha parmi les feuilles qui jonchaient Je &ol, eii laissant sa queue sortir. Il eut soin de couvrir de miel son derrière, et, de temps en temps, il lâchait une abeille : « youm... » Le Caïman, voyant les abeilles sortir de cet endroit, supposa que c'était une ruche, et y mit le doigt. Le Jaboty l'étreignit, en disant : — « Je ne vous lâcherai que quand vous m'aurez dit ce que vous avez fait

i Les sauriens, appelés caïmans ou alligalors, auxquels les Brésiliens donnent le nom de JacarèSy sont de différentes espèces : le caïman conmun {AUigalor cynocephalus), VAlligalor Palpebrosus^ et le caïman à lunettes (AUigalor gclerops).

de mon sifflet. » Et il Tétreignait toujours avec plus de force. Le Caïman ouvrit la bouche et se mit à hurler :

Oh ! Gonsalve,

Mon fils aîné,

Le sifflet du Jàboty ?

Tango-lê^rê,..

Le sifflet du Jaboty ?

Tango-lé-rê,

Le jeune Caïman, de loin, n'entendait pas très bien, et répondait: « De quoi, mon père?... Votre chemise?» Le Caïman, vexé, criait encore plus fort :

Non, Gonsalve,

Mon fils aîné,

Le sifflet du Jaboty I

TangO'lê-rê,,,

Le sifflet du Jaboty !

TangO'lê-rê,

Et Gonsalve : « De quoi, mon père ?... Votre pantalon ? »

Le Caïman répétait de nouveau sacantilène, et ce n'est qu'après une longue attente, alors que son doigt était sur le point de se détacher, que Gonsalve comprit et arriva avec le sifflet, que le Caïman rendit au Jaboty.

Ce n'est qu'après avoir recouvré son sifflet, que le Jaboty lâcha le doigt du Caïman.

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