ENCORE L*URUBU ET LE CRAPAUD
Un autre jour, le Vautour noir fut invité avec le Crapaud à une fête au ciel. Pour se moquer, le Vautour alla trouver le Crapaud et lui dit : — « Hé bieni compère Crapaud, je sais que vous allez au ciel ; si nous y montions de compagnie? » — « Je suis prêt à vous suivre, mon ami; mais allez chercher votre viole. » — « Et vous, dit le Vautour, prenez votre tambour de basque... »
Au jour dit, le noir Vautour se présenta chez le Crapaud, qui le reçut très bien et le fit rentrer pour voir sa commère et ses filleuls. Tandis que le Vautour causait avec la femme et les enfants, le Crapaud lui cria du seuil de la porte :
— Vous savez, je marche très doucement. Permettezmoi de partir avant vous. Et il se faufila dans la guitare et s'y blottit très tranquillement. Bientôt après, fUrubu prit congé de la dame et des enfants, passa sa guitare, et se mit en route pour le ciel. En y arrivant, il fut questionné. On lui demanda des nouvelles du Crapaud.
— Quelle plaisanterie! répondit-il, est-ce que vous croyez que ce jeune homme peut se permettre d'aussi longues promenades? Il peut à peine se traîner sur la terre, comment voulez-vous qu'il s'aventure à travers les airs?
A ces mots il déposa sa guitare et s'en alla manger.
Lorsque tout le monde fut à table à boire et à manger, le Crapaud sauta hors de la guitare sans être vu, et 9'écria :
— Me voici 1
Étonnement de l'assemblée. On se mit à danser et à s'amuser.
Le bal fini, tout le monde se retira. Le Crapaud voyant
le Vautour distrait, se glissa de nouveau dans la guitare. L'Urubu se mit en route. A un certain endroit, le Crapaud remua. Le Vautour, sans bruit, retourna sa guitare et la vida. Le Crapaud tomba des nuei.
— Retirez-vous, pierres et rochers, criait-il en approchant de terre, ou je vous écrase!
— Pas de danger, répliquait TUrubu gouailleur, vous savez trop bien voler.
Ce qui n'empêcha pas le Crapaud de s'aplatir et de s'endommager considérablement. Voilà pourquoi il a le dos tout bossue et la peau couverte de plaies ^
' J'ai recueilli la première de ces leçons dans PAmazoDie. La seconde est donné par M. S. Boméro.