CHAPITRE PREMIER
La Naissance, le Baptème, les Relevailles, les Nourrices
ORSQU'UNE femme ressent les douleurs
de l’enfantement, on va aussitôt chercher, avant de prévenir le médecin, une vieille matrone qui a l'habitude de soigner les femmes en couches. Il y en a généralement une dans chaque village. C'est à elle que le médecin remet l'enfant. Elle lui fait sa première toilette et l'enveloppe dans ses langes,
C’est aussi cette femme qui est chargée de soigner la malade et de porter l'enfant à l’église pour le baptême. Elle est alors suivie du compère et de la commère qui se donnent le bras comme pour une noce.
Le père et quelques proches parents suivent par derrière.
La cérémonie religieuse achevée, tout le monde se rend dans les divers cabarets du bourg, et dans ceux situés le long de la route. Is y restent fort longtemps et ne rentrent souvent que très tard au milieu de la nuit, même par les plus grands froids de l'hiver.
Hommes et femmes sont presque toujours en état d'ivresse et alors les accidents ne sont pas rares.
Un jour, la porteuse d’un enfant nouveauné posa ce dernier sur la table d’un cabaret pour boire plus à son aise. Près de l'enfant était un pain de six livres enveloppé dans une serviette.
Après de nombreuses tournées de café et de petits verres, lorsque la matrone se leva pour partir, elle crut prendre l'enfant et s'em-
para du pain.
De retour au village, là mère inquiète leur cria, lorsqu'ils entrèrent dans la maison:
— Donnez-moi donc bien vite ma petite fille que je la réchauffe, elle doit être morte de froid.
— Non, non, dit la vieille, elle est bien tranquille et dort profondément. Et elle passa le pain de six livres à la malade.
— Que me donnez-vous-là ? dit la mère en pleurant ; mais ce n’est pas ma fille.
L'ivrognesse s’aperçut seulement de sa distraction et l’on courut chercher la petite que l'on trouva sur la table où elle avait été lais-
sée.
L'enfant est quelquefois porté à l’église sur un oreiller recouvert d’un châle appelé fartan qui ne sert qu’à cet usage. Quand la matrone est ivre le poupon glisse par terre.
On raconte, dans le canton de Bain, qu’un soir d'hiver, une femme qui portait un bébé sur un oreiller, le perdit en passant un échalier. Elle ne s'en aperçut qu'une fois rendue au village. Lorsqu'elle revint le chercher, le
pauvre petit avait été congestionné par le froid et 11 fut impossible de le rappeler à la vie.
Une autre fois, une matrone ivre rapportait un nouveau-né, après le baptême, du bourg de Pléchâtel au village du Val-du-Himboul.
Elle avait à traverser un ruisseau sur une planche assez étroite. Elle fit un faux pas et l'enfant glissa de son oreiller dans l’eau. On put le retirer du ruisseau, mais il mourut dans la nuit.
Un nommé Jean Rihet, de la commune de Pléchâtel, encore vivant aujourd’hui, glissa de dessus l’oreiller, le jour de son baptême et ne fut retrouvé, près du village de Saint- Saunis, que quelques heures après.
A Vitré, auseitôt qu'un enfant est né, on prévient le bedeau de cette naissance et on lui donne la pièce. Immédiatement, et cela bien avant le carillon du baptême, — il sonnela cloche de l'église, o coups pour les garçons, 11 coups pour les filles. Pourquoi ce privilège dont jouissent les filles? Mystère!
Dans une petite ville comme Vitré, tout le monde se connaît ; on sait quelles sont les femmes enceintes et celles qui doivent bientôt accoucher. Ce sont les grands événements!
Et sans sortir de chez soi, la cloche vous apprend que Madame une telle vient d’être mère et de plus vous savez si c’est d’un garcon ou d'une fille.
% % % Dans les communes du canton sud-ouest
de Rennes on ne sonne jamais les cloches pour le baptême d’un enfant naturel.
Les frais du baptême sont à peu près nuls pour les parents: Le parrain, la marraine et les invités achètent et offrent à la mère du pain blanc, de la farine, du vin, du café, du sucre, du chocolat, de l'eau-de-vie et des épingles.
À l'église, le prêtre et les choristes sont également payés par moitié entre le parrain
et la marraine.
Ils paient de la même façon le sonneur de cloches; et plus ils sont généreux, plus le carillon se prolonge.
Dans le bourg, quand on entend sonner longtemps un baptême, on ne manque pas de dire: « [l y a gras aujourd’hui pour le sonnou ! »
À la porte de l'église, des enfants attendent avec impatience la sortie du baptême, parce qu'on leur jette des dragées. S'il s'agit du baptême d'un enfant riche, des sous accompagnent les bonbons.
Le parrain et la marraine ont un grand cornet rempli de dragées, un peu plus fines que celles jetées aux enfants, et ils en offrent, dans le bourg et le long de leur chemin, aux amis
et connaissances.
On donne à manger aux enfants dès le lendemain de leur naissance. C’est généralement une bouillie épaisse qui les rend fort malades. Il n’y a à résister à ce régime que ceux É sont vraiment vigoureux.
Les mères mangent et boivent avec les parents et amis, aussitôt après leur accouchement.
Je me souviens qu'un été, ma mère avait parmi ses journalières, pour faner son foin, une femme enceinte. La malheureuse se sentit souffrante et le dit à son mari qui travaillait avec elle. « Couche-toi sur un mulon ‘ de foin, lui répondit-il, ça va te reposer. »
Elle s'y coucha en effet, mais un quart d'heure après elle mettait un enfant au monde.
— Je ne sè pas capable de continuer mon travail, dit-elle et je vas rentrer à la maison.
Elle s’en alla à une assez grande distance, emportant son enfant dans son tablier. Deux jours après, elle recommençait à faner le foin.
C'est la marraine qui offre à son filleul sa première robe; mais il ne doit l’étrenner qu'un