Large selle
derrière son conducteur, et on leur apportait du vin. Les proches parents trinquaient avec eux jusqu'au moment où les chevaux partaïient à fond de train pour revenir plusieurs fois vers les invités qui s'alignaient deux par deux, bras dessus, bras dessous, et enfin se décidaient à suivre les mariés en dansantet en chantant au son des violons.
Aujourd’hui que le réseau vicinal étend ses bras nombreux dans toutes les directions du département, tout le monde a des véhicules, et les noces, dans ce même canton de Pipriac, ont changé d'aspect et subi des modifications qu'il importe d'indiquer.
C’est ordinairement le propriétaire de la ferme qui conduit la fille de son métayer à l'église le jour du mariage. Quand il entre dans la maison, la mère de la future se met à pleurer (c'est de rigueur) et dit: «Ce ne serat oujours pas #ma qui la mettrai à la porte. » Voyant cela, notre maître, comme on
l'appelle encore, prend la fillette par les épaules et la fait sortir.
En signe de deuil la mère reste à la maison, conservant ses vêtements de tous les jours et prépare, en compagnie de vieilles femmes du village, le repas destiné aux gens de la noce.
Le maître fait monter la mariée dans sa voiture, part avec elle, et s'apercevant bientôt que personne ne les suit, revient sur ses pas (c'est l'usage), chercher les invités qui attendent patiemment qu’on vienne les prier de suivre la mariée.
Lorsque l'église est au milieu d’une place, les voitures en font plusieurs fois le tour au galop avant de s'arrêter devant le parvis.
Ex
À l'automne de 1806, avait lieu une grande noce à la ferme de Bocadève, dans la commune de Saint-Just.
La table du festin était en plein air, au coin d’un champ, à cause du nombre considérable d'invités.
Jusqu’à ce que tout le monde fût assis, les
violonneux jouèrent en faisant le tour de la table.
Au milieu du repas, on vit arriver üne bande de garçons ayant tous, sous le bras ou à la main, une bouteille de vin. ornée de rubans tricolores. C’étaient les jeunes gens de la même classe que le marié, encore célibataires, qui venaient offrir un verre de vin aux nouveaux époux et à leurs parents. Ils restèrent à là noce pour prendre part aux danses.
Des mendiants venus de très loin étaient assis sur les talus du champ où on leur portait à boire ét à manger.
Dans le canton de Bain, voisin de celui de Pipriac, voici la description d’une noce à l'heure actuelle.
On appelle agouvreux, l'installation du ménage et le ménage lui-même. On dit monter l'agouvreux, pour monter les meubles.
Ce sont les tailleuses, qui ont fait le trousseau, qui président à cet arrangement.
Avant d'entrer dans la maison destinée aux
jeunes époux, elles s’arrêtent à la porte et chantent :
— Monsieur le marié, Si nous avons tardé, N'en soyez pas fâché.
Nous amenons du bien, Mais il vous appartient.
Nous am'nons lit garni, Armoire et table aussi, Tous les coffres remplis.
Monsieur le marié, Vous n'voyez pas encore Le plus beau des trésors.
Vous la verrez venir Mardi l'après-midi, Avèque son mari.
Les tailleuses entrent dans la maison et continuent :
— Monsieur le marié, Vof fiancée vous demande De placer son ménage
À son arrangement.
Le futur marié répond :
— Puisque ma mie l’a dit, J'irai à sa demande :
Je lui serai fidèle,
Fidèle je lui serai,
Et je lui donnerai
Les marqu’s de ma fidélité.
En quittant le village pour se rendre à l'église, les amies de la mariée chantent :
— Or, adieu le château,
La maison d'chez mon père:
C'était un si beau lieu
Qui n'était fait qu'pour plaire Aux yeux des amoureux.
Les jeunes gens, amis du marié, répondent par ironie :
— Madam' la mariée, Vous croyez au plaisir ?
Des peines et des soucis,
L'embarras du ménage, Voilà le plaisir, belle, Que vous aurez chez lui.
Après le mariage à l’église, la noce se rend dans une auberge du bourg pour manger une beurrée et boire un coup.
Ensuite les mariés font quelques visites pendant que les gens de la noce vont acheter les cadeaux qu'ils comptent offrir au jeune ménage.
Plus il y a de monde à une noce, plus ilya de profit pour les mariés : [l est d'usage que les invités achètent la batterie de cuisine, la vaisselle et d’autres menus objets. On a soin de ne pas oublier le vase de nuit qui doit jouer, le lendemain matin, un certain rôle dans la cérémonie.
Lorsque les mariés reviennent au village, après la messe, les personnes restées à la maison pour préparer le repas vont au-devant d’eux et leur offrent une beurrée en chantant :
— Mon père il m'a mis à sers, Nouvelle mariée voici,
De par sous la levrande!.
Où sont les gens du marié ?
On les demande,
Ah! les voici, ah ! les voilà, Qu'ils s'y présentent.
Les parents et amis du marié répondent :
— Ayous ? cent écus à leur donner ?
Ils sont prêts à les prendre.
Les amis du marié ont confectionné à l'avance une quenoutllée monstrueuse garnie de fleurs et de rubans qu'ils portent au-devant de la mariée, quand elle revient de l'église, et qu’ils attachent ensuite au pied du lit pour lui faire comprendre qu’une fois en ménage, elle devra filer le lin et le chanvre pour les besoins de la marisonnée.
Avant de se mettre à table, on conduit la mariée voir son ménage et on chante :