‹ Folk-lore de l'Ille-et-Vilaine: De la vie à la mort (volume 2)Chapitre 34 sur 36 · LA LESSIVE · texte numérisé non relu

LA LESSIVE

Les domestiques des deux sexes de la commune du Pertre et des communes environnantes, lorsqu'ils se gagent chez un cultivateur, apportent chez ce dernier, leur armoire au linge.

C'est là Torgueil des filles de la campagne.

On dit qu'elles ne peuvent se marier que lorsqu'elles possèdent six douzaines de chemises et deux douzaines de draps.

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II leur faut, en effet, une certaine quantité de linge, attendu que dans les fermes on ne fait une lessive complète qu^après les grands travaux de la récolte. £n temps ordinaire, les ménagères se contentent de passer le linge sale à l'eau froide.

Un domestique porte, une chemise huit jours et change les draps de son lit tous les deux mois.

La lessive générale de la fin de Tété est une sorte de fcte à la ferme. En raison de la quantité considérable de linge, il faut un grand nombre de femmes pour le laver ; aussi^ plusieurs familles se réunissent-elles pour faire le travail en commun.

On mange chez celle pour laquelle on travaille, et quand le linge est sec et rentré, il y a un repas plus copieux que les autres, à la fin duquel on chante la chanson de a La Les-sive. ))

— Voici la lessive faite, ) , , Où la laverons-nous ? ) C'est un plaisir, ma brunette, C'est un plaisir que l'amour I

'^^' \ bts.

— Là-bas, dans ces vallées Que l'amour est aimée I Le ruisseau coule partout, C'est un plaisir, ma brunette.

C'est un plaisir que l'amour !

— La lessive est lavée, / , .

' bis.

limée ! )

his.

Que l'amour est aimée Où la sècherons-nous ?

C'est un plaisir, ma brunette.

C'est un plaisir que Tamour !

— Là-bas, sur ces montagnes, Le soleil raye partout.

C'est un plaisir, ma brunette, C'est un plaisir que l'amour !

— La lessive est sechee, ) , .

Que 1 amour est aimée I ; Où la ramasserons-nous?

C'est un plaisir, ma brunette, C'est un plaisir que l'amour !

— Dans les buffets, dans les cofifres, ) .

Dans les armoires estout, >

C'est un plaisir, ma brunette, C'est un plaisir que Tamour !

(Chanté par Fine Daniel, de Bruz.)

Un jour, dans une ferme, je dis à une bonne femme :

— Vous avez là, sur le feu, une soupe qui sent très bon.

— Ah! Monsieur, me répondit-elle, c'est cependant de la soupe des trois vertus.

— Comment ? de la soupe des trois vertus?

— Mais oui, on l'appelle ainsi, parce qu'elle est si maigre et si claire, qu'elle trempe le pain, passe la soif et lave Técuelle.

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Autrefois, le jour de la Saint-Crespin, les ouvriers cordonniers organisaient une fête.

Ils allaient d'abord à la messe, puis ensuite à un banquet par souscription.

Les ouvriers des autres corporations chantaient pour se moquer d'eux :

C*est à la Saint-Crespin,

Mon cousin,

Que les cordonniers se frisent,

Pour aller voir catin,

Q\x'a./aît dans sa chemise.

Ce couplet a bien souvent provoqué des disputes et des rixes.

Les paysans, par les plus grandes chaleurs de l'été^ font merienne (lisez méridienne), en plein soleil couchés sur le ventre.

(( Ça fait fondre la moelle des os, disent-ils, et c'est nécessaire pour la santé du corps. ))

Quant à l'automne, les pauvres enfants de l'Auvergne viennent dans notre pays pour ramoner nos cheminées, les gens de la campagne exigent d'eux qu'ils apparaissent sur le toit de la maison, au haut du tuyau delà cheminée, pour chanter un couplet de chanson.

Ils ont ainsi la certitude que le petit garçon a complètement fait sa besogne.

Ne comprenant pas bien son charabia, ils traduisent ainsi ses paroles :

C*est Madam' la cuisinière, Qu*a peté dans sa chaudière.

Et qui a cassé ses plats.

Lon Ion la.

Ramonez-la, La cheminée du haut en bas !

J'ai de bonnes aiguilles.

C'est pour les belles filles, Les laides n'en auront pas.

Lon Ion la.

Ramonez-la, La cheminée du haut en bas !

En passant par la cuisine, Quelquefois j'embrasse Perrine, Quelquefois je ne Tembrasse pas.

Lon lon la.

Ramonez-la, La cheminée du haut en bas I

Tout le long du bois, J'emhrassis Jeannette, Tout le long du bois, J'Vemhr assis trois fois.

Lon Ion la,

Ramonez-la, La cheminée du haut en bas !

Le bedeau de diverses petites communes du département a ordinairement pour tout traitement ce que les habitants lui donnent pour le carillon des baptêmes. Aussi se rend-il après les fêtes de la Toussaint ou en janvier dans chaque maison faire une quête.

Le bedeau de Bruz, lui, s^en va avec un sac sur le dos et on lui remet du froment, du blé noir, de Torge, etc.

Dans une autre commune, le deuxième vicaire n'étant pas payé par l'État, ce sont les trésoriers de la fabrique qui vont, deux ensemble, à Tépoque de Noël, faire une quête à domicile chez tous les habitants.

Presque tout le monde donne, et même ofiFre à boire aux quêteurs qui, le soir, rentrent souvent chez eux dans un état complet d^ébrîété.

Si nous quittons un instant les villages et les bourgades, nous verrons que la manière de vivre des citadins a bien changé depuis un demi-siècle.

Nos aïeux avaient, en effet, une existence toute différente de la nôtre.

Ils n^allaient point à Paramé ou à DtOArd.

Ils ne connaissaient pas le jeu des petits chetvaux et ignoraient ce que c^était qu^un casino.

Tout bon petit bourgeois de la cité rennaise avait dans la campagne une ferme plus ou moins importante en raison du plus ou moins de fortune de son propriétaire, et, attenant à cette ferme, un petit manoir avec jardin, orangerie, vivier, etc.

J'aime à errer dans les chemins creux pour découvrir encore, cachés par des haies de buis, et des ifs bizarrement taillés, ces vieux nids d'autrefois que Ton appelait alors des rete^ nues.

Comme la famille y passait toute la belle saison, c'est-à-dire depuis Pâques jusqu'à la Toussaint, et quelquefois même jusqu'à Noël, cette résidence d'été avait tout le confortable désirable. Elle était protégée par des douves larges et profondes, remplies d'eau, dont la terre avait servi à exhausser le jardin qui était lui-même entouré d'une énorme haie de buis ou d'épines ne permettant pas au passant d'en apercevoir l'intérieur.

Ce jardin, toujours très vaste, était l'objet de soins incessants. 11 ne ressemblait en rien, lui non plus, aux jardins de notre époque.

Les pelouses y étaient inconnues, mais en revanche les carrés, les losanges, les ovales s'étendaient à perte de vue, et chacun de ces dessins , aux formes variées , était entouré d'une bordure de petits buis qu'on taillait fréquemment.

Un cadran solaire avait sa place marquée au milieu de la grande allée centrale.

En plein midi, était une orangerie dans laquelle, à l'automne, on rentrait les orangers en caisses et diverses plantes craignant le froid.

En face, un pavillon servait d'abri les jours de pluie ou de vent.

Tout au bout du jardin, de grands arbres, chênes, ormeaux et tilleuls projetaient leur ombre sur une charmille dans laquelle le soleil ne pénétrait qu'en hiver et où Ton allait chercher la fraîcheur en été.

La journée presque tout entière se passait au jardin.

Les jeunes filles s'occupaient de travaux de couture ou de broderie ; les mères de famille tricotaient des bas ou des gilets de laine. Beaucoup d'entre elles filaient au rouet.

Le dimanche, après vêpres, on lisait le Musée des Familles, -- le seul journal illustré de l'époque, — ou bien les lettres de M"" de Sévigné. Le surmenage intellectuel était inconnu et l'on ne craignait pas les méningites.

Le père, lui, avait sa bibliothèque dans un petit cabinet de travail, dont seul il avait la clef. La composition de cette bibliothèque dépendait de l'esprit du maître de la maison.

Les uns, — ceux que nous appelons aujourd'hui les gens bien pensants, — n'avaient

que les œuvres de M. de Buffon ; les Etudes

de la Nature, par Bernardin de Saint-Pierre ; les Œuvres de Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Fléchier. Et encore souvent, Télémaque était banni comme mauvais livre. On blâmait Fénelon de Tavoir écrit : le fils d'Ulysse aimait trop à flirter avec Calypso.

Chez d'autres, au contraire, — mais ceuxlà c'étaient les révoltés, les parpaillots, — on apercevait V Encyclopédie de Diderot, les ouvrages de M. de Voltaire et de Jean-Jacques Rousseau. Les femmes se signaient en passant devant la bibliothèque et craignaient de voir le feu du ciel tomber sur la maison.

Il y avait un livre qui, lui, traînait partout : on le rencontrait tout aussi bien à la cuisine qu'au salon, dans les chambres comme dans le jardin. C'était la Maison rustique^ qui contenait des recettes pour la cuisine et pour la façon de faire la pâtisserie et les confitures, des remèdes pour toutes les maladies, et enfin des articles de pêche, de chasse, de jardinage, de botanique, en un mot tout ce qui peut intéresser la campagne.

Ces gros volumes, — rares aujourd'hui, — qui servaient aussi à exhausser les petits en-

. fants lorsqu'on les mettait à table, étaient consultés toute la journée par tous les membres de la famille.

Il y avait, dans chacun de ces petits manoirs, une pharmacie qui permettait non seulement de se soigner, mais encore de secourir les indigents du voisinage qui tombaient malades. Les dames n'hésitaient jamais à les visiter, à les soigner et à leur porter ce qui manquait chez eux.

A l'automne, la cueillette des fruits était l'une des grandes préoccupations du ménage.

Chaque propriétaire ne plantait dans son jardin que des arbres irréprochables, et leurs fruits, d'une saveur exquise, étaient tous cueillis à la main et transportés délicatement dans le fruitier.

La confection des confitures était chose grave. C'était pour l'hiver le principal dessert et on le voulait succulent.

Lorsqu'on recevait des amis, la table était abondamment servie, les tanches du vivier, les canards et les poulets de la basse-cour étaient sacrifiés ; mais après cela la nourriture

habituelle des hôtes du manoir était des plus simples et des plus frugales.

Lorsqu'une jeune fille était demandée en mariage^ la noce n'avait lieu que six mois après les fiançailles.

11 fallait au moins cela pour permettre aux menuisiers, — qui venaient s'installer au domicile des parents, — de fabriquer sur mesure les meubles des jeunes époux.

On descendait des greniers des planches de chêne qui étaient à sécher depuis quinze ou vingt ans. Ce bois, d'une épaisseur extrême, était, en raison de sa vieillesse, dur comme de l'ébène. Des artistes le fouillaient, le travaillaient et fabriquaient ces splendides armoires, ces grands buffets et ces superbes bahuts qui font aujourd'hui l'admiration des amateurs.

Le plus grand luxe du ménage était le linge.

Il fallait que les armoires en fussent remplies. Aussi tous les tisserands du voisinage travaillaient nuit et jour, tandis que les couturières taillaient et cousaient les chemises, les draps et les serviettes.

La fiancée, pour faire patienter son futur, ne jouait pas du piano et ne lui récitait pas de

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monologues ; mais elle chantait Fleur du Tage en s'accompagnant de Tépinette.

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