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RONDEUR

Hommes de ce temps

une joie

une joie qui finit

après vous cette joie ne sera plus connue

des hommes notre joie.

Ce sont les derniers jours où la Terre est

grande.

Une puissance nous est encore refusée. Elle

accablera nos enfants.

Notre joie au milieu de la terre est unique. Instant étroit entre deux âges.

Hier, aujourd'hui et demain sont sans ressemblance.

Autrefois — hier, brève histoire — la terre

était vaste.

L'homme s'épouvantait.

L'espace familier était petit et menacé de mystère comme la chambre de l'enfant qui veille.

Il était des mers et des déserts où l'homme risquant ses pas chancelait sur le rebord.

O Méditerranée, vérité évidente au milieu des terres solides et bornées.

Au-delà : périples frôleurs d'abîmes.

Ailleurs la Chine, ailleurs d'autres robinsons, au-delà d'un ciel.

L'homme se tenait accroupi sur le rivage comme pendant la nuit le nomade met sa face dans le foyer et tourne le dos au cercle anxieux des ombres.

Mais angoisse délicieuse offerte à Ulysse dans l'île de Calypso, proche des colonnes d'Hercule, porte du royaume humain.

Un jour le navigateur latin se hasarda entre ciel et mer.

îl connut la limite.

Il sut que l'étendue livrée au pied et à la main est finie.

Partout on est au bord du ciel

mais la pente se déverse de toute part.

Dans la maison il y avait encore des couloirs sombres où enfant nous Rêvions d'avoir peur.

Explorateurs héros

qui exiliez vos patries.

Fauves, ils cherchaient l'étreinte.

Les forêts étaient de ces femelles mauvaises peut-être vierges qui tout d'un coup vous font couler dans une joie atroce.

Mais Marchand rencontra Kitchener comme sur le Boulevard

C'était fini.

Toute la face de la terre est nue Nous sommes encore liés.

Nos lèvres sont lentes à connaître la saveur de toute la face.

Une nouvelle nécessité nous est imposée. Une main hâtive brasse les hommes.

Ils tourbillonnent autour de leur sphère. La terre va-t-elle plus vite que tout glisse sur la surface en giration?

Ils finiront par déraper et faire panache

dans, le ciel.

Il y a une grande mêlée suave. Glissades. Les destinées se croisent ou se télescopent. Leur naissance, leurs amours, leur mort

sont à des stations fuyantes.

Un rail, un sillage trace le cercle. D'une traite la rotondité est circonscrite. Un implacable compas raye les plaines,

coupe les montagnes, érafle les mers.

Les traverses sont boulonnées au continent. La coulée du bitume mord les campagnes

comme une femme brûle sa beauté avec

des fards.

Les expéditions ont foncé au plus épais des

forêts.

Les mains ont fouillé les lianes de l'ombre. Pas à pas les savanes ont été enjambées. On est monté sur le Gaurisankar comme au

faîte d'un toit pour considérer la demeure

des hommes.

On a creusé des trous sous le sol. Partout

cela sonne creux sous les pas.

Les câbles sous-marins sont tendus du quai

de l'Orient au quai de l'Occident.

La mer est écumée par l'hélice comme un

pot.

Tout l'air est reniflé par l'aviateur.

L'homme se transporte en tous lieux dans

un appareil de songe.

Il procède à une visitation méticuleuse

comme une femme qui s'ennuie tâte son

corps.

Sur le pont de ses paquebots et de ses trains

il lit le film embobiné à la terre. Chant.

Que tout notre air soit criblé des radieuses

incantations Qu'aux récepteurs loquaces le mot de la

communion crépite comme les baisers

d'une rencontre.

Que la dernière nouvelle frappe au front

les foules nocturnes.

Une sentence brève parcourt les façades ondoyantes.

Les lettres attendaient dans l'ombre de toute éternité.

Un serpent de mercure coule par leurs veines invisibles et s'évade.

Que, dans le chaos noir où se connaissent les mers et les ciels, les projecteurs embouchent leurs blanches trompettes de silence.

Que les sirènes hurlent leur souffrante fureur.

Lâchez les troupes de femmes en proie au vent.

Demain parmi les foules diurnes s'effeuilleront les journaux où les langues bruissent.

C'en est fait

La Terre est prise

La Terre est ronde dans la main de l'homme La maturité a gagné toute la rondeur.

La vision circulaire entre dans l'œil comme

un fruit pelé dans la bouche.

Une présence d'esprit est dans tous les lieux Géométrie chatouilleuse Les lignes de la sphère sont sensibles

comme les fibres qui vont jusqu'au bord

du corps.

Les méridiens caparaçonnent mes épaules.

L'équateur est ma ceinture.

Je sens mon frère antipodique.

Je sens la plante de ses pieds.

Les enfants seront ondoyés par une froide révélation.

Si nos femmes enfantent — lâcheté, haine de la sculpture, la femme s'est révoltée comme le peuple — penchons-nous avec inquiétude sur ces hommes nés à un autre monde. Leur lèguerons-nous notre vieux cœur?

Leur terre sera petite.

Ils jetteront sur la montagne le regard de don Juan sur une millième femme.

Ils fuiront l'obsédante ubiquité de la mer.

L'étendue des plaines est fastidieuse.

Les campagnes cultivées annoncent la digestion des troupeaux humains.

Abstraites babels de partout.

La beauté cosmopolite des femmes se fond dans leur salive.

Visage trop connu d'une femme.

Mais mieux que les alcools

et les drogues

— bassesse de ceux qui aiment le sommeil —

la vitesse.

L'homme sur les quatre roues de son désir

Il lèche l'espace

Mais l'espace se replie sur lui-même, mais l'espace se rejoint comme la peau qui se rencontrant partout enferme notre âme dans un sac.

Il tourne autour de la terre et la tête lui tourne.

La ronde

Danse exlatique. La terre tournoyant gonfle comme la robe du derviche.

Le cercle de toutes parts

Le cercle emprisonné dans son sort.

Ta destinée est envoûtée par le trait fermé d'un dessin.

Tu es inscrit dans une figure close.

La ligne revient sur elle-même pour une éternité inexorable.

La plume soumise à la prédestination de la pensée retrace la figure inévitable.

Marque significative de toutes parts obsédante.

Il est assiégé par les points innombrables qu'engendre la ligne.

Sphère tissus de cercles

Cocon sécrétion de courbes selon une loi

Comme le ver à soie je porte en moi et je sécrète infiniment la fatalité de mon incarcération.

Robinson, pauvre Robinson

Des océans d'éther personne ne surgira pour te rapatrier.

Tu es au large de tout.

Tu es naufragé au plein des mers sans orient.

Faire le point ? Mais quoi au-delà de l'archipel solaire ?

Pourtant tu es hors du cercle.

Tu peux te détacher de la roue, supplicié.

Le fier Allemand lance un obus si haut qu'il manque de ne pas retomber et que la terre tourne en son absence.

Mais du centre s'étend vers toi un appel irrésistible.

Tes pieds ne sont pas lourds

Mais un point pèse en ton corps comme un poids

Tu as avalé le fil à plomb.

Tout au plus peux-tu faire la culbute mais à nouveau tu es happé aux talons.

Ta tête flotte comme une mine sous-marine prête à éclater vers le ciel.

L'homme est ramassé par les ondes circulaires comme dans un filet.

La volonté ne peut dépasser l'épidémie du poing.

A bord quinze centaines de millions de passagers.

Passants ils marchent la tête en bas

la tête dans le ciel

les pieds à terre.

Il y a des pas monotones au plafond.

Ils se tiennent debout sur les pieds de leurs antipodes.

Et jamais deux hommes antipodes ne peuvent se voir parce que leurs semelles sont soudées solidement.

Il faudrait qu'on brise leurs genoux ou qu'on coupe la boule en deux et qu'on serve les deux morceaux sur un plat.

Si nous n'étions qu'un seul désir le centre de la terre ne serait-il pas le poing d'une marchande qui retient les ballons d'enfants ?

Mais non. Si nous pouvions crever la surface de la sphère, nous piquerions sur le centre, les pieds en avant.

Les semelles traînent sur la surface et ne

peuvent s'en écarter.

Un gros aimant jeté dans l'espace englué

de limaille.

On peut bondir, monter à une échelle Voler, mais les avions sont sous l'écorce

atmosphérique comme des poissons sous

la glace.

Il faudrait sauter hors de l'attraction comme

on saute la clôture d'une propriété.

Est-ce qu'on dégringolerait dans un autre

astre? Sans doute.

C'est tout ce qu'il nous reste à explorer Les mondes.

La terre, nous la connaissons.

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