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Fondation d'une Mission, à l'intercession de Mgr de Mazenod

Au Grand Lac des Iles, Saskatchewan, un groupe d’Indiens nominalement protestants, de fait encore païens, étaient fortement opposés au missionnaire catholique. Le ministre leur avait promis une école.

Les catholiques, quoique supérieurs en nombre, n'ayant jamais eu de missionnaire résidant parmi eux, étaient ignorants, tièdes et timides.

Le missionnaire convoque une assemblée, attend toute la journée. Tard le soir, un petit groupe arrive. Le chef des opposants se lève et fait savoir qu'ils ont déjà fait une demande auprès du gouvernement pour avoir une école du Jour, rt que c’est le ministre protestant qui va la leur construire.

Le missionnaire répond ‘ « Comme protestants, vous avez droit à une école. Ce n’est pas le missionnaire catholique qui s’y oppose. Mais les catholiques, eux aussi, veulent une école, ils y ont droit, et comme nous consentons à ce que vous ayez votre école, nous vous demandons de consentir vous-mêmes à ce que nous ayons la nôtre. » Ce à quoi ils consentirent. Dès le lendemain, tous les Indiens, catholiques et protestants, choisissent l’endroit de la future école-chapelle. L'endroit est central et bien choisi.

Mgr CHARLEBOIS avait préalablement promis 1.000 dollars pour la construction.

De suite, le missionnaire achète le bois et donne le contrat. Les travaux commencent et vont bon train. Les fondations achevées, les murs sont debout. On va mettre le toit, quand arrive l’agent des Indiens du Lac d’Oignon, M. Turner, accompagné du docteur des Réserves, M. PM.

Ils viennent trouver le missionnaire, porteurs de deux télégrammes d'Ottawa :

L'un, ordonnant d'arrêter les travaux; l’autre, autorisant le « Bishop anglican » Lloyd à bâtir une école sur la Réserve.

L'agent se croit sûr de son coup. On lui a fait accroire que les protestants sont en majorité. Il fait le recensement et trouve, à sa grande surprise, que ce sont au contraire les catholiques qui l’emportent en nombre. Il revient trouver le missionnaire, avoue qu'il a été induit en erreur par son ministre, dit qu'il va rapporter la chose à Ottawa et que, très probablement, dans une ou deux semaines, on recevra la permission de continuer les travaux. Mais les semaines passent, et puis les mois. L’hiver arrive. Les vents soufflent, la bâtisse est grandement endommagée et à moitié renversée, Ottawa fait la sourde oreille à nos réclamations.

Enfin, on reçoit une lettre disant qu'avant de continuer les travaux, il faut obtenir des Indiens la « cession » du terrain.

Etant donné l'esprit des Indiens et l'opposition du groupe protestant païen, la situation étant, naturellement parlant, désespérée, plus que jamais je remis toute l’affaire entre les mains de notre vénéré Fondateur.

Le P. Irénée GAUTHIER venait d'arriver, envoyé par Mgr CHARLEBOIS pour prendre charge de la Mission du Lac des Iles et pour y demeurer.

Avec M. A. Martineau, fermier instructeur de Le Goff, ils se rendirent donc au Grand Lac des Iles pour obtenir des Indiens la cession du terrain en question.

Dès leur arrivée, le chef des soi-disant protestants déclare hautement que tout essai d’obtenir du terrain était inutile, que déjà ils avaient envoyé une pétition signée des principaux Indiens pour demander que ce soit le ministre protestant qui leur bâtisse cette école.

Cependant, M. Martineau qui parle très bien le cri demande qu’on veuille bien l'écouter... et, chose humainement incroyable, tous consentirent à céder le terrain. Tous touchèrent le « crayon » pour signifier qu'ils donnaient leurs noms.

Personnellement, je ne puis m'expliquer ce revire-

ment subit dans les dispositions des Indiens que par intervention divine. D'autant plus que plus tard ils ont voulu se reprendre. Mais c'était trop tard. Déjà, le terrain était arpenté, enregistré et cédé.

Une autre chose. Comment se fait-il que le « Bishop anglican » qui avait la permission de bâtir ne l'ait pas fait ?

Un autre fait merveilleux a suivi cette fondation. L’Indien qui avait été le pire opposant, dut amener sa fille malade à l'hôpital protestant du Lac Froid. L'enfant pouvait avoir de neuf à dix ans. Son état empirant toujours, ils la sortirent de l'hôpital pour la ramener chez eux. Tout à coup, l’enfant interpelle son père, lui demande de faire venir le prêtre catholique pour la baptiser. Car, disait-elle, je vais vous quitter et je veux aller voir le bon Dieu au ciel...

C’est le P. Danis qui était à la Mission. C’est lui qui baptisa l’enfant, lui donnant le nom d’Elisabeth. Quand l’enfant fut baptisée, elle s’adressa à ses parents, à son père et à sa mère, et leur fit promettre qu’eux aussi se feraient baptiser.

Dès qu’elle eut obtenu cette promesse, elle se couvrit la tête avec sa couverte et rendit son âme à Dieu.

De fait, cet Indien se convertit, lui, sa femme et ses enfants. Plus de deux ans après, j'ai appris du P. GAUTHIER qu'ils persévéraient dans la pratique de la religion.

J'avais également promis que Ia Mission serait nommée Mission Saint-Eugène, en l’honneur de notre Fondateur.

Peut-être serait-il temps encore de réparer cet oubli,

Saint-Paul, 6 août 1938.

Léon BALTER, O. M. I.

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