LE ROI, LE SÉNÉCHAL
LE ROI
Eh, quoi ! votre courrier n'est donc pas sur la route? J'entends de bien grands bruits pour un petitdépart? ... Ou serait-ce un retour de Forbin, par hasard?
On entend un bref appel de trompette.
LE SÉNÉCHAL, ttvec wi peu d'embarras.
Non, sire.
LE ROI
Qu'est-ce alors? et qu'allez-vous m'apprendre? LE SÉNÉCHAL, d'un ton mal assuré.
A Lyon, où le roi Louis vient de se rendre,
Il souhaite vous voir, sire... et vous fait prier De l'y rejoindre.
LE ROI, qui a froncé le sourcil.
...Et mon intime conseiller N'est plus là, — juste à l'heure où Louis...
Après réflexion.
Bah ! qu'importe !...
...Mieux^ même! je serai plus libre, de la sorte, Car Forbin, pour Louis, est par trop partial...
Au sénéchal : ^
Et comment m'est porté le message royal?
LE SÉNÉCHAL
Par cinquante Écossais, qu'un chevalier commande,
Lequel vous transmettra la royale demande :
— « Vos routes, m'a-t-il dit, ne sont pas sans danger. »
LE ROI, avec une-sourde irritation et ironique.
Et ce bon roi Louis songe à nous protéger?
Son irritation va croissant, à mesure quHl parle.
\insi donc, rêvant d'être, un jour, mon légataire, Won neveu m'expédie un appel... militaire !
II pense intimider le vieil oncle... Neveu,
Ce n'est pas sur ]ce ton que l'on m'adresse un vœu !
D'un accent furieux :
M'envoyer ses valets d'Ecosse!... Par Saint-George! Dans mon propre palais c'est me prendre à la gorg e! Croit-il que ses soudards m'inspirent quelque effroi? Plus vieux soldat que lui, comme lui je suis roi ! ...La menace est visible... et l'insolence extrême! Pourquoi m'appelle-t-il? que ne vient-il lui-même? ...Eh bien, soit!... Escorté de cent bons cavaliers. J'irai répondre à ses procédés singuliers, J'irai!... Prépare un bon discours, une harangue En pur français... Tu sais manier cette langue? Sois éloquent, sois souple, audacieux, — et clair ! Pousse la pointe, et — sans trop atteindre la chair, — Déchire, au moins un peu, —la peau de l'hypocrite!... Louis veut ma visite?... il aura ma visite! Enumère avec soin tous les griefs que j'ai, Et venge — avec des mots! —ton vieux prince outragé. Aiguise chaque mot... car, vois-tu, l'art de dire Est un art souverain, que j'aime, — et que j'admire ; Et le trône des rois, la majesté des Cours, Ont quelquefois tremblé devant un bon discours !
// sort violemment, suivi du sénéchal.