SCÈNE XII
Les Mêmes UN ÉVÊQUE, UN GENTILHOMME UN MARCHAND
L'évêque s'incline devant le roi.
Les deux autres envoyés des États de Provence saluent le roi en pliayit le genou devant lui qui reste assis. Avec eux ett entré un scribe qui porte un registre. Il le dépose sur la table et se tient pi et à faire son office.
LE ROI
Messieurs, je porte mal de trop longues fatigues.
Souriant.
On meurt.
A Charles, avec solennité,
Charles d'Anjou, vicomte deMartigues, Baron de Berre, moi, le roi, — par ce motif Que je vous ai chéri comme un fils adoptif, —
Fils de mon frère, époux de ma petite-fille,
Digne d'être le chef de ma haute famille
Et de bien gouverner le pays qui m'est cher,
Du Rhône au Var et de la Durance à la mer,
Pays d'élection où l'olivier fleuronne,
Je vous choisis pour héritier de ma couronne...
A la condition qu'après vous, toutefois.
Et nous en échangeons publiquement nos fois.
Qu'un jour, — condition expresse autant que sage, —
Au roi dont ce pays fut jadis apanage.
Tel qu'il vous est remis, il soit remis entier.
Le roi de France sera donc votre héritier.
Les rois passent, mon fils; la couronne demeure:
Et vous ferez ce don, quand sonnera votre heure, -
— C'est mon ordre — non pas au prince accidentel,
Mais à la France même, au domaine immortel.
Confirmons ce projet, mon (Ils, de part et d'autre.
Vous avez mon serment : je recevrai le vôtre ;
Et j'ai voulu cela devant de hauts témoins,
Qui vont enregistrer nos deux serments conjoints,
Et, quand ce sera fait, vous présenter, d'avance.
L'hommage obéissant des Etats de Provence.
CHARLES
Sire, en prince loyal autant qu'en fils soumis, Je jure de remplir l'engagement promis.
Jusqu'au fond, j'ai compris votre auguste pensée : La Provence m est confiée, et non laissée.
LE ROI, sur un ton moins solennel.
Charles, tout n'est pas dit : tu reçois de ma main
Mes titres et mes biens inscrits sur parchemin ;
Mais mon plus haut désir — et qui t'oblige — est chose
Qu'on n'enregistre pas comme toute autre clause.
Le trésor de mon cœur, que je te lègue encor.
Plus précieux cent fois que nos couronnes d'or.
Et que mon sceau royal, où luit, entre deux flammes,
La croix du Christ, — c'est le doux mot, salut des âmes,
Le mot amour dont il faut pénétrer l'esprit.
Car il n'est pas, tant qu'il demeure un verbe écrit.
Le salut, c'est l'amour; c'est la vertu première.
Mon enfant, sache aimer mon peuple à ma manière;
Tu ne. seras heureux qu'en le voulant heureux.
Les Provençaux, sachant quel amour j'ai pour eux,
M'ont aidé de bon cœur et dans toute entreprise.
Dans toutes, quelquefois à ma grande surprise.
Car j'eus parfois des torts, — mais ils m'ont pardonné
Parce qu'ils ont connu le cœur du roi René.
Si, des chefs précédents, plus d'un leur fut à charge,
Tandis que leur grand cœur s'ouvrit pour moi tout large.
C'est que (tant ils sont fiers!) ils veulent voir, crois-moi,
La tendresse assouplir la majesté du roi.
La Provence se sait la reine des provinces; Bonneà de bonsseigneurs,mauvaiseaux mauvais princes. C'est la pire aux méchants, c'est la meilleure aux bons... Et vois dans ce discours le plus cher de mes dons. Aime en Dieu mes sujets; sois-leur doux, sans faiblesse; La grandeur les attire et la hauteur les blesse.
CHARLES
Quelque chose de saint respire en vos discours,
Et Dieu même en mon cœur les grave pour toujours.
LE ROI, gaiement tout-à-coup et sur le ton de la plus grande familiarité, à Forbin.
Et j'ajoute, — dût en souffrir ta modestie, Forbin, — qu'ici présent comme juge et partie. Tu fus l'inspirateur et le meilleur conseil De ton vieux roi. Sois pour Charle un guide pareil. Ton esprit droit et sûr, quand j'ai fui tes lumières, Me ramena toujours à tes raisons premières ; Et c'est à toi surtout, c'est à toi seulement, Que Charles et Louis devront mon testament. Où paraît la clarté de ton esprit lucide. ...Je décide très bien, lorsque Forbin décide.
// prend sur la table un rouleau de parchemin.
Voici mon testament tel que tu l'as dicté,
Trois fois écrit. Qu'on l'enregistre.
H remet le testament à l'évêque.
l'évêque, prenant le testament.
Majesté, Les plus hautes vertus parlent par votre bouche ; Les États le savaient.
LE ROI
Le compliment me touche.
Posant sa main sur le parchemin que tient l'évêque.
Provençaux, cet écrit garantit tous vos droits.
L'évêque et les deux autres envoyés s'avancent vers Charles.
l'évêque
Nous saluons celui qui sera Charles III, Comme juste héritier d'un roi qui fut un sage.
CHARLES
Et je renvoie au roi René tout votre hommage.