RENÉ DE LORRAINE ET LES ARMES D'ANJOU
« Gomme donc un jour le Roi s'ouvrit plus particulièrement, il... témoigna qu'il avait quelque pensée de faire René son héritier. Sur cela un d'eux, pour faire naître quelque aventure qui pût arrêter ce dessein, lui dit : au moins, Sire, pensez-vous sans doute à faire revivre la maison d'Anjou en la personne du duc de Lorraine, et de nous conserver la mémoire d'un nom qui est pour nous le plus cher de tous les noms ?
Ce discours plut extrêmement au Roi, il témoigne d'avoir agréable la proposition. Il la fait faire à René, il lui fait dire que s'il prétendait à sa succession, il fallait quitter le nom et les armes de Lorraine pour prendre le nom et les armes pleines d Anjou. Il semblait que René n'avait rien à dire sur cette proposition qui lui faisait honneur. Et toutefois il en prit quelque ombrage. Il craignit quelle ne couvrit quelque piège qu'il ne pourrait pénétrer alors. Car il voyait que l'Anjou
était un apanage, et qu'ainsi il n'y pouvait jamais prétendre aucun droit. Pour prévenir donc ce qui pouvait lui nuire et qu'il ne voyait pas, il offre de porter les armes d! Anjou ^ parties avec celles de Lorraine... Le roi prend cette réponse pour un effet de la vanité de René, il s'imagine qu'elle l'aveuglait jusqu'à ce point de lai faire estimer la maison de Lorraine plus que la maison de France. Dans cette opinion, il prononce ces paroles qui furent un arrêt irrévocable pour René, que la Lorraine, dit-il, demeure dans ses bornes, et que la France ne perde pas ses droits. Depuis ce temps, le Roi ne pensa plus à René.
...Le prince, René de Lorraine, « prend dessein de venir lui-même en Provence... » Il trouva « Charles si bien établi qu'on faisait sa cour au Roi de le considérer comme lui-même... René fait succéder une manière fière à la douceur qu'il avait affectée. Il se plaint au Roi, il menace Charles. Il dit qu'on ne pût lui ôter cette succession sans faire violence à la nature. Qu'on ne pût la prétendre sans passer pour un usurpateur. Que pour lui, avant de souffrir cet affront, il exposera cent fois ses biens, sa vie, et tout ce qu'il a d'amis et d'alliés.
Pendant qu'il s'emporte à ces défenses, on l'a-
vertit que le roi Louis avait fait occuper les passages par où il pouvait se retirer...
...Dans cet embarras et dans la nécessité de p rendre parti, il s'avise de tromper tous les yeux qui veillaient incessamment sur sa conduite. 11 monte en mer, il prend la route de Venise, et de là parles Suisses, il se retire dans son pais. »
{Histoire de Provence ^ parjGrAUFRiDi.)