CLASSE
On désigne sous les noms de narcotiques et de stupéfiants un certain nombre d’agents médicamenteux , dont l’action spéciale se porte sur le système nerveux dont elle tend à affaiblir et quelquefois même à pervertir les fonctions essentielles. De là les effets de ces médicaments sur la sensibilité, l’intelligence et la locomotilité , ou plutôt sur les organes qui président à ces fonctions.
Opium. Suc concrété du Papaver somniferum L. (Papavéracées);As. Min.
L’un des plus puissants et des plus utiles agents de la thérapeutique. A faible dose , il est sédatif et calmant ; à dose plus forte, il est d’abord excitant, mais jette bientôt dans l’affaissement et le narcotisme. C’est alors un poison très violent.
D. et P. — Extrait gommeux , 1 à 5 Centig. et 1 Décig. (1/5 de gr. j àij). — Extrait privé de narcotine (même dose). — Laudanum de Sydenham (vin d’opium composé). — Gutt. xàxx (20 gouttes contienneut5Centig.(gr.j) d’opium.) —Laudanum ou gouttes de Rousseau. Gutt. ij à x (8 gouttes contiennent 1 grain d’opium). — Vinaigre d’opium. Gutt. xij à xxiv. — Sirop d’opium, 8 à 16 Gram. ( 5 i j à iv). (32 Gram, contiennent 1 grain d’opium).— Gouttes noires. Gutt.ij à vj.
L’opium entre encore dans une foule d’autres préparations dont il est la partie active, tels sont : les pilules de cynoglosse, la thériaque, le diascordium , la teinture ammoniacale d’opium.
L’opium contient un grand nombre de principes actifs qui ont été isolés par les analyses successives de plusieurs chimistes. Les plus importants, sous le point de vue médical, sont la morphine et la codéine. Quant à la narcotiie elle est peu ou point employée.
Morphine. L’une des matières actives de l’opium , entrevue par MM. Derosne et Sertuerner, étudiée depuis avec soin par MM. Robiquet, Pelletier, Caventou, etc. On met en usage plusieurs procédés pour obtenir celte substance. Tous se rapportent à précipiter par un alcali la décoction d’opium, faite avec de l’eau acidulée. Le précipité obtenu est lavé, traité par l’alcool, qui en sépare la morphine, mais non à l’état de pureté. Pour l’obtenir pure, on la dissout de nouveau dans l’alcool. La morphine est blanche, inodore, très amère, cristallisant en prismes rectangulaires à quatre pans.
Les sels de morphine les plus usités sont l 'acétate et le sulfate. Le premier de ces sels, qui est fréquemment employé, demande à être préparé avec soin; et cependant, quelque précaution que l’on prenne, il y a toujours formation d’une petite quantité de sous-acétate qui n’est pas entièrement soluble dans l’eau. M. Chevallier pense qu’il serait préférable d’employer l’acétate cristallisé , qu’il est parvenu à obtenir en dissolvant l’opium à chaud dans l’alcool, saturant la dissolution par de l’acide acétique en excès, faisant évaporer rapidement dans une capsule de porcelaine, et remuant continuellement la liqueur avec un pilon d’agathe, jusqu’à ce que l’acétate soit converti en une poudre blanche. Il faut avoir soin de ménager l’évaporation , sans quoi une partie de l’acide acétique se volatiliserait, et l’on obtiendrait de l’acétate mêlé de sousacétate.
Quant au sulfate , il est bien moins fréquemment employé.
L’acétate de morphine jouit des propriétés de Popium, sans en avoir les inconvénients. Sa dose est de 1 à 5 Centig. jusqu’à 1 Décigr.'(l/à de gr. à gr. jà ij). —Sirop d’acétate de morphine, 4-8 à 32 Gram, dans une potion. (5j à Jj),
On prépare encore un citrate de morphine, mais il est peu usité. Ses doses sont les mêmes.
Narcotine.
Cette substance a d’abord été connue sous le nom de sel cristallisable de Derosne, nom du chimiste à qui l’on en doit la découverte. Pour l’obtenir, on traite l’opium par le
double de son poids d’éther, à cinq reprises différentes. On évapore a siccité, et on reprend le résida par l’eau bouillante, qui n’attaque pas la résine. On filtre et on précipite par l’ammoniaque. On redissout le précipité dans l’acide hydrochlorique, et l’on précipite de nouveau par l’ammoniaque. La uarcoline ainsi obtenue, redissoute dans l’éther, cristallise èn aigu. Iles déliées ou en prismesirhomboïdaux, Fdle est peu soluble dans l’alcool froid , plus soluble dans l’alcool chaud, se dissolvant facilement dans l’éther sulfurique, à l’aide de la chaleur. Elle s’unit aux acides et forme des sels.
Les expériences de M. Magendie ont semblé prouver que celle substance est la partie âcre et stupéfiante de l’opium. D’un autre côté , M. le professeur Orfila n’a point reconnu que la narcotine fût plus stupéfiante que la morphine. D’autres observateurs l’ont administrée à une dose assez élevée sans observer aucun effet.
On n’en fait pointusage.
Codéine.
Outre ces deux substances , des travaux récents ont prouvé qu’on pouvait encore en extraire trois autres de l’opium. M. Couerbc a décrit la méconine, M. Pelletier la n arcéine, mais celle qui mérite surtout de fixer l’attention des médecins, est la codéine de M. Robiquet. On l’obtient en préparant l’hydrochloratc de morphine d’après le procédé de Grégory.
On décompose une solution concentrée d’opium par l’hydrochlorate de chaux; il reste dans les liqueurs de l’hydrochlorale de morphine ; mais en décomposant cet hydrochlorate par l’ammoniaque, la morphine est précipitée. En évaporant les eaux mères on obtient la codéine qui se purifie par plusieurs cristallisations.
La codéine parait avoir une action très prononcée sur la moelle, épinière. Les praticiens d’Edimbourg préfèrent l’hydrochlorate de morphine de Grégory qui contient celte substance unie à l’hydrochlorate ordinaire.
Elle est assez peu usitée. Sa dose est la même que celle de la morphine et de ses combinaisons.
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Tètes de pavot. Capsules desséchées du papaver somni fer um , album L. (Papavéracées) Fr.
Très usitées à l’extérieur. Le sirop diacocle, fait avec l’extrait de pavots, est la préparation dont on fait surtout usage à l’intérieur.
D. et P. — En décoction. N° i à i.j (on rejette les graines). — Exrait, 1 à 4 Gram. (gr. xx à 5j). — Sirop diacode, 8 à 16 Gram. (3 ij à sft-)
Coquelicot. Pétales du Papaver rhœas L. (Papavéracées.) Fr.
Emollient, pectoral et légèrement narcotique. 3
D. et D. — Infusion, pinc. ij à iv. — Sirop, 16 à 32 Gram. (d à B j.)
Laitue cultivée. Feuilles du Lactuca sativa L. (Cliicoracees.)Fr.
Calmante et légèrement narcotique.
D. et P. — Eau distillée, 32 à 128 Gram. ( § i à iv) dans une potion. — Thridace (suc épaissi de la tige fleurie), là 5 Décigr. jusqu’à 1 Gram., progressivement, (gr.ijà xetxvüj.)— Sirop de thridace, 16 à 32 Gram. (§foà §j.)
Belladone. Feuilles et racines de YAlropa belladonaL. (Solanées.) Fr,
Narcotique à petites doses, âcre, stupéfiant et toxique à doses plus élevées.
On l’emploie contre la coqueluche, et autres toux convulsives, le ticdoulourenx.etc.Son xcîraii appliqué sur l’œil, dilate et fixe la pupille, delà son application avant l’opération de la cataracte. Selon les médecins de l’école d’Halmcmann, la belladone est un préservatif assuré contre la scarlatine.
D.etP. — Poudre, 5 Centigr. à 6 Décigr. en pilules (gr. j à xij.) — Extrait, 2 Cenlig. à 2 Décigr. (1/2 gr. à gr. iv.) -Sirop, 16 à 32 Gram. ( 5 à §j). — Teinture alcoolique, gult. ij à xij. Teinture éthéréc, mêmedose.
Jiisquiame noire. Feuilles et graines de VIlyosciamus niger L. (Solanées.) Fr.
Mêmes propriétés, usitées dans les mêmes cas.
J), et P. — Poudre, 5 Centigr. à 1 Gram. (gr. i à xviij).—
Teinture alcoolique ou étiiérée, gutt. ij à vj.— Extrait des graines, 2 Centigr. à 1 Décig.(l/2 gr. à gr. ij).
La jusqu! ame blanche possède à peu près les mêmes propriétés. Elle est un peu moins âcre et moins active.
Stramofne, ou Pomme épineuse. Feuilles du Dalura stramonium L. (Sotanées) F.
Mêmes propriétés que la belladone.
D. et P.— Poudre, 5 Centigr. à 1 Gram. (gr.j àxviij), progressivement. Extrait, 2 Centigr. à 1 Décigr.(1/2 gr. à gr. ij. — Teinture alcool., gutt v à x, dans une potion. — Sirop 8 à 16 Gram. ( § 15) dans une potion.
Tabac. Feuilles du Nicotiana tabacum L.(Solanées.) Fr. Poison narcotico-âcre des plus violents; irritant et toxique à doses un peu élevées. C’est un médicament dangereux, qui devrait et pourrait , sans inconvénient, être banni de la thérapeutique.
Aconit napel. Yoy. page 162 parmi les diurétiques.
Ciguë grande. Feuilles du Conium maculalum L. (Ombellifères) Fr .
D. et P. — Poudre , 1 à 6 Décigr. (gr. ij à xij.) Extrait avec ou sans fécule, 1 Décigr. à 1 Gram. (gr. ij à xx) progressivement.—Teinture, gutt xij à xxiv. A l’extérieur, emplâtre de cigué.
Digitale pourprée. Voy. page 162 parmi les diurétiques.
Laurier-cerise. Feuilles du Cerasuslauro-cerasusL.
(Rosacées,) Asie min.
Agit à cause de l’acide hydrocya nique qu’il renferme. Y. plus bas.
D. et P. — Eau distillée, médicament ^inconstant dans son mode d’action, gutt. x à xl. — Huile essentielle, 1 Centig. à 5 (1/5 de.gr. à gr.j) étendus dans de l’huile d’amandes douces.
Amandes amères. Graines de l’ Amygdalus saliva , amara L. (Rosacées). Fr.
Peu employées en France les amandes amères contiennent de l’acide Iiydrocyaniquc et une huile très odorante
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et très âcre. On les a administrées contre les fièvres intermittentes.
D. et P. — Eau distillée , gutt. x à xl. Huile essentielles, gutt. 1/4 à j.
Âclde hydrocyanlque ou Prussique.
Cet acide, lorsqu’il est pur, est le poison le plus violent que nous fournisse la chimie. 11 fut découvert par Sclieele en 1780; mais c’est à M. Gay-Lussac que l’on doit la connaissance exacte de ses propriétés. A la température ordinaire , il est liquide, incolore, d’une saveur d’abord fraîche, puis d’une excessive âcreté ; son odeur est très forte et très irritante; étendue, elle ressemble à celle des amandes amères. 11 est extrêmement volatil et peu soluble dans l’eau. Il existe dans un grand nombre de végétaux, particulièrement dans la famille des Rosacées.
L’excessive énergie de cet acide s’oppose à ce qu’on l’emploie à l’état de pureté. M. Magendie, à qui l’on doit les observations les plus curieuses sur les propriétés médicales de l’acide prussique , recommande de l’étendre de six fois son volume d’eau distillée , ou quatre-vingt-cinq fois son poids. C’est à ce mélange qu’il donne le nom d'acide prussique médicinal. La dose de cette préparation est de dix à vingt gouttes que l’on peut graduellement augmenter en ayant soin d’en surveiller l’action sur les individus qui en font usage. On a remarqué que les animaux qui périssent empoisonnés par cet acide, ont tous les muscles dans un état de flaccidité extraordinaire : il paraît donc agir en détruisant l’irritabilité musculaire.
M. Magendie recommande l’usage de l’acide prussique médical dans tous les cas où l’irritabilité des organes pulmonaires est vicieusement augmentée, dans les toux nerveuses et chroniques, dans l’asthme, la coqueluche, et comme palliatif de la phthisie. Quelques médecins l’ont administré en lotions contre les maladies de la peau.
On emploie aussi dans des circonstances analogues les cyanures de potassium et de zinc. Ce dernier parait jouir d’une propriété anlhelmintique assez marquée.
Cyanure de potassium. Il est fixe et inaltérable , ce
qui le fait préférer à l’acide, dont il a toutes les propriétés. D. et P. — 1 à 5 Centig. (1/5 à gr. j) progressivement. Cyanure de zinc.
Il est sédatif et vermifuge. Peu usité.