III. SECOURS A DONNER AUX ASPHYXIÉS ET AUX NOYÉS
On a désigné sous le nom d 'asphyxie un ensemble de phénomènes caractérisé essentiellement par la perte complète de connaissance , et la suspension de la respiration et de la circulation. Des causes très variées peuvent produire l’asphyxie, mais toutes néanmoins ont un même mode d’action, elles gênent ou empêchent les phénomènes respiratoires. Ainsi 1° la réunion d’un très grand nombre d’individus dans un espace très resserré et dont l’air ne peut pas se renouveler; 2° la respiration de gaz délétères et impropres à la respiration , comme l’oxide de carbone, l’acide carbonique; 3° les gaz qui s’échappent de certaines fosses d’aisances, dans lesquelles s’est développé le plomb ou la mile-, 4° la strangulation momentanée; 5° la submersion dans l’eau, déterminent des asphyxies que l'on peut souvent faire cesser par l’emploi de moyens prompts et bien dirigés. Nous allons les rappeler ici brièvement, renvoyant pour de plus grands détails au Manuel qui a été publié par M. le professeur Orfila.
1° Asphyxie par défaut d’une quantité suffisante d’air respirabie.
Lorsqu’un trop grand nombre d’individus se trouvent réunis dans un espace limité et dont l’air ne peut pas facilement se renouveler, il arrive souvent qu’au bout d’un certain temps, l’air se vicie, perdant de son oxigène, qui par suite de la respiration est remplacé par de l’acide carbonique. On éprouve alors une gêne graduelle de la respiration, des douleur de lete, des pendiculatiqns, une cer«
laine tendance au sommeil, et bientôt une syncope complète et tous les symptômes d’une véritable asphyxie. C’est ce qui arrive assez fréquemment dans les salles de spectacle ou les autres lieux de réunion , alors qu’un grand nombre de personnes se trouvent entassées , sans que l’air respirable soit convenablement renouvelé. Ce premier degré de l’asphyxie est sans contredit le moins grave de tous et le traitement en est tellement simple que nous ne nous étendrons pas longuement sur ce sujet. Il suffit en effet d’exposer l’individu tombé en syncope à un air libre et frais, à desserrer toutes les parties de ses vêtements qui pourraient gêner les mouvements de la respiration , à asperger quelques gouttes d’eau fraîche au visage, à frotter le front et les tempes d’eau vinaigrée , d’eau de Cologne ou de toute autre eau aromatique , et de faire inspirer soit de l’eau de Cologne, soit du vinaigre radical. Ces moyens simples suffisent ordinairement pour faire cesser tous les accidents.
2e Asphyxie par la vapeur du charbon , par celle des fours à chaux, des cuves du vin en fermentation, etc.
Nous réunissons en un même article l’asphyxie produite par ces différentes causes, parce qu’en effet elles sont toutes résultat de l’action délétère du gaz oxide de carbone ou de l’acide carbonique, qui, comme on sait, sont très impropres à la respiration. Quand on brûle du charbon il se développe de l’oxide de carbone et de l’acide carbonique. L’action du feu sur la pierre à chaux (carbonate de chaux), la fermentai ion des liqueurs alcooliques et sucrées donnent constamment lieu au dégagement ou à la formation de l’acide carbonique. C’est la présence de cet acide gazeux ou de l’oxide de carbone mélangé dans l’air atmosphérique qui détermine les symptômes de l’asphyxie et qui peut
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même occasionner la mort si l’individu a été assez longtemps soumis à cette action délétère.
Voici les moyens à employer pour remédier à ces accidents :
1° Soustraire immédiatement l’individu à la cause qui a occasionné les accidents , en l’éloignant du lieu où ils se sont développés. C’est la première de toutes les précautions à prendre dans tous les cas analogues.
2° Exposer à un air libre et pur , dans une chambre , par exemple , dont les croisées et les portes sont ouvertes , dans une cour ou un jardin , l’individu asphyxié, en le plaçant sur un lit , sur une table ou même à terre sur un matelas ou une couverture, en ayant soin d’élever un peu la tète et la poitrine.
3° On le déshabillera sans craindre l’action du froid qui ne peut jamais être nuisible.
4° On fera sur les diverses parties du corps des aspersions d’eau froide vinaigrée (3 parties d’eau, 1 partie de vinaigre) principalement sur la poitrine et le visage. S’il y a moyen que le malade puisse avaler, on lui fera prendre par cuillerées de l’eau acidulée avec du vinaigre ou du jus de citron.
En même temps on frictionnera les diverses régions du corps avec des linges trempés soit dans de l’eau acidulée, soit dans quelque eau spiritueuse, comme l’eau de Cologne ou l’eau des Carmes, etc.
Quelques minutes après on essuiera le corps avec des serviettes sèches et chaudes, en le frictionnant assez rudement ; puis on recommencera les aspersions froides , auxquelles on fera succéder de nouveau des frictions sèches et chaudes.
5° On cherchera par des moyens variés à déterminer une secousse capable de rappeler les contractions du dia-
phragme et des autres muscles respiratoires. Ainsi on chatouillera les lèvres en promenant sous le nez les barbes d’une plume , on fera brûler près des narines du papier ou même des allumettes soufrées , en ayant soin de ne pas les y laisser trop longtemps , ou bien encore on en approchera un flacon contenant de l’ammoniaque, de l’eau de Luce , ou de l’eau de la reine de Hongrie, toujours avec la précaution de ne pas les y laisser trop longtemps.
6° On fera sous la plante des pieds , dans la paume de la main ou le long de la colonne vertébrale, des frictions avec des linges de laine chauds et secs ou même avec une brosse rude.
L’emploi de ces moyens précédents est suffisant dans le plus grand nombre de cas d’asphyxie par les causes précédentes. Si cependant ils n’ont pas fait cesser les accidents, il en reste encore deux à tenter, 1° l’insufflation de l’air dans les poumons, 2° la saignée.
7° On insuffle de l’air dans les poumons par différents procédés, mais tous demandent une très grande attention delà part de celui qui opère, parce que ce moyen peut donner lieu à des accidents très graves. L’appareil dont on se sert le plus communément est connu sous le nom de lube laryngien de Chaussier. 11 consiste en un tube conique de sept à huit pouces de longueur, en argent ou tout simplement en cuivre. Ce tube est courbé vers son extrémité la plus déliée qui est aplatie et offre deux trous allongés. La grosse extrémité est évasée de manière à pouvoir être embrassée par les lèvres ou à permettre l’introduction du bout d’un soufflet ou d’une vessie remplie d’air. Dans le point où a lieu la courbure, le tube présente une rondelle placée transversalement, percée de quelques trous qui servent à fixer une lame d’agaric ou même une petite rondelle de peau de bufle. L’extrémité du tube dépasse la rondelle d’environ un pouce. Il résulte de celte disposition
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que Fexirémité du tube étant introduite dans le larynx, la rondelle en s’appliquant sur son ouverture supérieure la bouche complètement et s’oppose à ce que l’air insuflé puisse refluer du poumon.
Pour introduire la petite extrémité du tube dans les voies aériennes, voici les précautions à prendre :
1° Il faut tirer la langue en avant et en déprimer la base avec le doigt indicateur. Par cette manœuvre on soulève l’épiglotte; l’on fait alors glisser avec soin l’extrémité du tube jusque dans le larynx ; on l’y enfonce jusqu’à ce que la rondelle de cuivre vienne s’appliquer sur son ouverture supérieure; cela fait, on aspire en plaçant l’autre extrémité dans sa bouche , les mucosités qui peuvent s’être amassées dans les canaux aériens ; après quoi , soit au moyen d’une vessie pleine d’air, soit avec un soufflet, on pousse par petites saccades et de manière à imiter, autant que possible, les mouvements d’inspiration, de l’air dans les poumons.
A défaut du tube laryngien de Chaussier, l’insiiflation de l’air peut se faire soit tout simplement en introduisant par une des narines le tube d’un soufflet et fermant l’autre, soit au moyen d’une sonde de gomme élastique que l’on introduit par une des narines jusque dans le larynx avec les précautions que nous avons indiquées précédemment. On insufle ensuite avec une grande attention et par petites saccades successives.
8° Enfin , quelquefois par ces différents moyens on n’est point encore parvenu à rappeler la respiration. Les difficultés qu’on éprouve tiennent assez souvent à un état de congestion vers le cerveau qui est annoncé par la rougeur du visage, le gonflement des lèvres, les yeux plus ou moins proéminents. Si le malade conserve une certaine chaleur, on pourra alors pratiquer une large saignée, soit de la j ugulairc, soit du pied. Par ce moyen , on Huit souvent par
rappeler à la vie des individus , qu’on avait pu croire entièrement perdus.
9° Lorsque la respiration s’est rétablie , on pourra alors coucher le malade dans un lit bien chaud et convenablement couvert, en ayant soin de maintenir encore pendant quelque temps les croisées ouvertes et en ne laissant dans l’appartement que les personnes strictement nécessaires pour donner au malade les soins que réclame son état.
3° Asphyxie par les émanations des fosses d’aisances, des égouts et des puisards.
Les matières animales ou végétales en état de décomposition putride , laissent dégager une grande quantité de gaz ammoniac et de l’acide sulfhydrique (acide hydrosulfurique ou hydrogène sulfuré). Lorsque dans une fosse d’aisances qu’on vide c’est le gaz ammoniac qui prédomine, il donne lieu à des accidents plus ou moins graves, dont le plus remarquable est une ophthalmie particulière qu’on a désignée sous le nom de mite. Nous ne nous en occuperons point ici. Si au contraire c’est le gaz sulfhydrique qui prédomine, la fosse est alors 'plombée , comme disent les ouvriers, et peut occasionner un état d’asphyxie qu’on a appelée le plomb. Voici les moyens à opposer à cette grave affection , qui frappe souvent les ouvriers avec tant de force et de rapidité qu’ils tombent quelquefois dans la fosse où ils périraient infailliblement si des secours prompts et efficaces ne leur étaient immédiatement administrés.
1° Exposer le malade à l’air, le déshabiller, faire des aspersions d’eau vinaigrée ou aromatisée; faire des frictions sèches et chaudes, comme nous l’avons dit précédemment pour le traitement de l’asphyxie par le charbon.
2° Faire inspirer des vapeurs de chlore, mais en ayant soin de ne pas trop les approcher du nez, parce que ce gaz
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est lui-même suffocant et irrite très violemment les organes de la respiration.
3° Si le malade était tombé dans la fosse et qu’il eût avalé une certaine quantité des matières qui y sont contenues, il faudrait se hâter de le faire vomir, soit en titillantla luette, soit en lui faisant prendre 15 centigrammes d’émétique ou 1 gramme 3 décigrammes d’ipécacuanlia délayés dans un verre d’eau.
4° On remédie aux accidents spasmodiques qui se développent communément par l’emploi des médicaments excitants et antispasmodiques , dont nous avons donné précédemment les formules. (Voy. page 241.)
5Q Enfin, si l’individu est jeune et vigoureux, on aura recours à une ou même à plusieurs saignées pour faire cesser l’état de congestion cérébrale qui accompagne ordinairement cette espèce d’asphyxie, comme au reste à peu près toutes les autres espèces.
fi° Asphyxie par submersion ou des noyés.
Les soins doivent être administrés le plus promptemcn possible, et dès que l’individu a été retiré de l’eau.
1° Le placer sur une table recouverte d’un matelas ou simplement d’une couverture , le coucher sur le côté droit , la tête un peu plus élevée que les pieds : enlever les vêlements mouillés, en les coupant pour pouvoir en débarrasser plus aisément le malade; le mettre alors dans un lit convenablement échauffé.
2° Pencher légèrement la tête pour faciliter la sortie de l’eau et des mucosités amassées dans la bouche.
3e Exciter la membrane pituitaire en plaçant sous les narines des allumettes soufrées et enflammées ou un flacon rempli d’ammoniaque ou alcali volatil, en ayant soin,
comme nous l’avons dit précédemment, de ne les y pas laisser trop longtemps.
4° Appliquer sur différentes parties du corps , pour les réchauffer successivement , soit des sachets remplis de cendre chaude, soit une vessie pleine d’eau chaude, soit des briques échauffées et enveloppées dans un linge , soit avec un fer à repasser ou une bassinoire. On jilace ces objets successivement sur l’abdomen, la poitrine, les membres , l’épine du dos. Mais le réchauffement doit être opéré graduellement et non d’une manière trop subite.
5° On chatouille fies lèvres et l’intérieur des narines pour réveiller sympathiquement les contractions du diaphragme.
6° Enfin, on insufle de l’air dans les poumons parles procédés indiqués ci-dessus page 343.
7° On donne un lavement avec de l’eau dans laquelle on a fait fondre 128 grammes (4 onces) de sel commun , ou avec de l’eau vinaigrée. Mais il faut se garder d’employer les lavements faits avec la décoction des feuilles de tabac, et les inspirations de fumée de tabac, moyens dangereux, pouvant produire les accidents les plus graves et qui néanmoins ont longtemps été mis en usage , au préjudice des malheureux contre lesquels on les employait.
8° Si le malade a repris connaissance , on lui fait avaler de cinq minutes en cinq minutes , une cuillerée à café d’une eau spiritueuse , l’alcool camphré , l’eau de mélisse , etc.
9® Si au contraire il n’y a pas d’amélioration sensible, s’i y a signe de congestion cérébrale, on pratique une saignée de la jugulaire ou du pied.
1° Enfin, si le malade apres avoir repris connaissance se sent des envies de vomir, on favorise le vomissement par l’emploi de l’émétique ou de l’ipécacuanlia.
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5° Asphyxie par strangulation ou des pendus.
Les soins à donner dans ce cas sont les mêmes que ceux que nous avons déjà fait connaître pour les autres espèces d’asphyxie.
1° Réchauffer graduellement le corps.
2° Rétablir la respiration en excitant la membrane pituitaire.
3° Recourir à la saignée de la jugulaire, etc., etc.
TABLE ALPHABÉTIQUE
DES MÉDICAMENTS SIMPLES
mentionnés dans ce Formulaire.
Nota. Quand on voudra trouver une préparation quelconque d’un corps simple, il faudra la chercher au nom du médicament simple. Ainsi, par exemple, pour l’extrait d’opium, cherchez opium ; pour le vin de quinquina , cherchez quinquina; et ainsi des autres.
Absinthe.
Acétates d’ammoniaque.
— de cuivre.
— de mercure.
— de plomb neutre.
— sous- acét. de plomb.
— de potasse.
— de soude.