GANGRÈNE
La gangrène est la mortification des parties molles du corps, qui alors se trouvent complètement privées de vie. Elle est dite sèche ou humide : sèche, quand les parties atteintes sont desséchées, dures, et résonnent lorsqu'on les frappe, comme si elles étaient de bois, ou séchées à la cheminée comme certains jambons ; humide, quand les parties atteintes sont molles, comme putréfiées, et que la moindre pression les écrase ou les réduit en boue.
STOMATITE GANGRENEUSE.
Cette affection, ou gangrène de la bouche, survient souvent chez les enfants, à la suite d'une maladie aiguë ou chronique.
Symptômes.
Elle débute le plus ordinairement par des aphihesoupar une petite ulcération d'une couleur grisâtre, qui se forme sur la muqueuse buccale, soit à la face interne de la lèvre, de la joue ou à la base des gencives.
Bientôt la joue ou la lèvre atteinte s'infiltre et s'œdématise ; la peau de ces parties devient tendue et se couvre de vergetures (espèces de marbrures ou de raies) d'un rouge violet plus ou moins foncé.
L'eschare, ou ulcération interne de la bouche, gagne en surface, s'entoure d'un cercle violacé ou livide, et prend une couleur Jde café brûlé.
La salive qui s'échappe de la bouche est semblable à du jus de pruneaux très étendu d'eau, ou bien sanguinolent.
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et des lambeaux putrilagineux se séparent des parties frappées de gangrène. L'enfant continue cependant à manger ; 1a peau n'est point chaude, et le pouls est peu développé ; seulement il arrive quelque peu de délire pendant la nuit.
Au bout d'un temps qui varie de trois à six jours, une nouvelle eschare se développe à la partie externe des tissus affectés : cette eschare noire et sèche s'étend énormément et envahit les parties externes de la face, tandis que l'autre eschare envahit les internes ; alors, spectacle affreux à voir, l'enfant détache souvent lui-même de larges lambeaux de tissus gangrenés, qui laissent écouler un ichor (ou sanie infecte) d'odeur stii generis et de couleur noirâtre; plus tard, si la mort n'arrive pas à y mettre un terme, l'eschare tombe et laisse une large ouverture à la joue, à travers laquelle s'aperçoivent les dents et les os maxillaires mis à nu et calcinés.
Je me rappelle avoir vu, à Dôle, l'enfant d'une pauvre femme atteint de cette affection, qui était arrivée à sa dernière période. En opérant une légère traction avec le pouce et l'index sur les dernières molaires, qui, ainsi qu'une portion du maxillaire supérieur, étaient mises à nu, trois des cavités alvéolaires avec leurs dents, et une portion considérable de l'os maxillaire, se détachèrent et me restèrent entre les doigts, tant la friabilité était grande.
Arrivée à cette période, il survient chez l'enfant de la maigreur, de la diarrhée, du ralentissement dans le pouls ; puis l'enfant s'éteint peu à peu, et meurt ordinairement du sixième au douzième jour.
Cette affection, presque toujours mortelle, offre cependant des exemples de guérison ; mais il est vrai de dire qu'ils sont très rares.
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Traitement.
Bien des médicaments ont été préconisés contre la gangrène de la bouche ; Hartmann (1) en cite plusieurs, et, entre autres, Secale cornutum ; Teste dit (2) que l'homœopathie n'a point encore découvert de spécifique contre cette affection, mais qu'il ferait prendre Âcidum muriaticum, 6 à 7 globules de la 6e dilution pour 120 grammes d'eau, et Kreosotum9 même dilution et même dose, pour les alterner entre eux, par cuillerée à café, à des doses très rapprochées ; de plus, qu'il cautériserait les ulcérations avec Yacide muriatique pur (au moyen d'un petit pinceau trempé dedans).
N'ayant jamais eu l'occasion de traiter cette affection, qui est assez rare, je crois cependant, à la suite d'une étude comparative entre le génie de la maladie et les effets pathogénétiques de quelques médicaments, qu'on pourrait bien lui opposer avec espoir, sinon avec certitude, les médicaments suivants : Arsenicum album, Lachesis et Mercurius vivus.
Arsenicum, 6° dilution 7 globules.
Eau 120 grammes.
Lachesis» 6° dilution 7 globules.
Eau 120 grammes.
'Doses. — Alterner ces deux médicaments (l'un le matin, l'autre l'après-midi), à la dose d'une cuillerée à café de deux en deux heures.
Si ces deux médicaments n'amenaient pas d'amélioration au bout de quelques jours, on prescrirait :
(1) Hartmann, Thérapeutique homœopathique des maladies des enfants, trad. de l'allemand par le docteur Simon. Paris, 1853.
(2) Teste, Du traitement homœopathique des maladies des enfants. Paris, 185G.
ULCÉRATIONS. 4QÎ
Laehesl*, 30* dilution 7 globules.
Eau . . . . 120 grammes.
merrarios vivns, 30e dilution .... 7 globules. Eau 120 grammes.
Doses. — Alterner ces deux médicaments (l'un le matin, l'autre l'après-midi), à la dose d'une cuillerée à café de deux en deux heures.
Si la gangrène était sèche, c'est-à-dire si les parties lésées étaient brunes, dures et racornies, on pourrait peutêtre prescrire :
Secale corantum, 6* dilution . . . . 7 globules. Eau 120 grammes.
Doses. — Une cuillerée à café de trois en trois heures.