ART. I6', — ANÉMIE
L'anémie, prise dans son vrai sens, signifie sang appauvri, diminution dans les parties qui entrent dans sa composition, de manière qu'il y a ou non prédominance du sérum (partie aqueuse du sang) (1).
Symptômes.
Les personnes atteintes d'anémie sont pâles, molles, indolentes ou paresseuses ; leurs chairs sont flasques, couleur de cire, et les muqueuses sont également décolorées (les muqueuses sont une continuité de la peau qui tapisse l'intérieur de nos organes, la bouche par exemple). Ainsi, les gencives, les lèvres, etc., sont à peine rosées et offrent une teinte presque pâle ; leurs veines sont flasques et ont perdu cette teinte bleuâtre qui permet de suivre leur trajet sous la peau ; leur pouls est faible ; la moindre marche leur procure de l'oppression et des palpitations ; plusieurs ont des syncopes et des vertiges, tout travail les fatigue ; elles sont sujettes à des migraines, et leurs digestions sont pénibles ; les jambes enflent, et la face devient bouffie ; leurs yeux s'encavent sous l'orbite et sont cernés ; beaucoup ont de la constipation, et il est rare qu'il ne se développe pas chez eux des indices de scrofules. Chez les femmes ou les jeunes filles, la sécrétion
(1) Voy. Nouveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques de Jaccoud. Paris, 1865, t. II, art. Anénie} par le professeur Lorain.
menstruelle se supprime ou est exagérée, mais le premier cas est le plus ordinaire ; alors il est rare qu'une leucorrhée abondante ne vienne pas compliquer cet état.
L'auscultation de quelques vaisseaux (surtout des artères carotides) offre divers bruits caractéristiques dont nous ne parlerons pas ici, attendu qu'ils sont connus des médecins, et que ceux qui ne sont pas de l'art ne pourraient ni les reconnaître, ni nous comprendre.
Cette maladie peut être idiopathique (c'est-à-dire exister d'elle-même, être seule), ou symptomatique (c'està-dire être causée par une autre maladie, soit une altération de quelque viscère ou autre cause).
Les femmes et les filles y sont surtout sujettes.
L'abus des saignées ou de graves hémorrhagies, les chagrins, les aliments grossiers et insuffisants, les logements humides où la lumière n'arrive pas amplement, la phthisie pulmonaire, l'absence ou le trop peu de flux menstruel chez le sexe féminin, peuvent être des causes d'anémie.
A moins qu'il n'y ait de fréquents évanouissements et une trop grande extinction de forces, l'anémie, qui est idiopathique, n'offre aucun danger.
Traitement.
Si l'anémie provient d'abus de la saignée, on y remédiera au moyen de China et de Phosphori acidum, alternés.
China, 15e dilution 6 globules.
Eau 90 grammes.
Phoaphorl acldum, 15e dilution . . . (5. globules.
Eau 90 grammes.
Doses. — Alterner ces deux médicaments tous les deux jours (on reste un jour sans le prendre), à la dose d'une cuillerée, matin et soir, si la maladie est ancienne, et tous les jours, à la même dose, si elle est récente.
ANÉMIE. i2S
Le Camphre ou le Café cru sont les antidotes de Phosphori acidum.
Si l'anémie était causée par des hémorrhagies menstruelles journellement répétées, on administrerait Ipéca ou Chamomilla.
Ipéca, s'il y a grande faiblesse qui prend subitement, avec perte de connaissance et accès de convulsion ; face pâle, bouffie ; membres engourdis, malaise et dégoût de fous les aliments ; pertes de sang plus ou moins abondantes, d'un rouge très vif et coagulé (en caillots).
Ipéca, 12e dilution 6 globules.
Ban 90 grammes.
Doses. — Une cuillerée de deux en deux, ou de quatre en quatre heures, selon la gravité des cas.
Antidotes. — Arsenicum ou China.
Chamomilla, quand il y a accès d'évanouissement, défaillance, face pâle, yeux cernés et nez pointu, avec froideur des extrémités ; yeux presque fermés et ternes, grande impressionnabilité du système nerveux, avec mouvements convulsifs des paupières, des lèvres et des muscles de la face ; espèce de sommeil léthargique ; coliques atroces avec perte d'un sang rouge foncé, mêlé de caillots (chez les femmes).
Donnez Chamomilla de la même manière que Jpeca.
Antidotes. — PulsatiUe et Café.
Si l'anémie provenait d'une suppression, par suite d'un refroidissement, on donnera Pulsatilla et Sulfur, alternés, ou Nux moschata.
Ces trois médicaments sont les meilleurs à opposer à l'anémie provenant d'un refroidissement, soit par l'air humide, l'air froid, ou pour s'être mouillé les pieds.
Pulaatllla, 12* ou 30* dilution selon qu'elle
est récente ou chronique. 6 globules.
Eau 90 grammes.
Sulfur, 30e dilution 6 globules.
Eau ■......♦ 90 grammes.
Doses» — Alterner ces deux médicaments tous les deux jours, à la dose d'une cuillerée, matin et soir, si le cas est récent, et à la dose d'une cuillerée tous les deux jours, le matin, si elle est chronique.
La Camomille, le Café et le Soufre sont les antidotes de la Pulsatille.
La Pulsalille et le Camphre sont les antidotes de Sulfur.
Si ces deux médicaments ne produisaient pas reflet voulu, on donnera :
Nnx moachata, 12e dilution 6 globules.
Eau 90 grammes.
Doses. — Une cuillerée, tous les malins et tous les soirs seulement.
Ce médicament convient surtout, quand l'anémie provient d'un froid humide, qu'il y a de fréquents accès d'évanouissements, grande lassitude, faiblesse de la mémoire et absence d'idées, avec vertiges fréquents ; somnolence, face pâle, avec yeux cernés de bleu, diarrhée et haleine très courte.
Antidotes. — Cumin, Anis vert ou Anis étoile.
Pour l'anémie provenant d'une frayeur ou d'une vive émotion, on prescrira : Aconitum, Coffea, Opium ou Lycopodium.
Aconitumy s'il y a congestion très fréquente, à la tête ou à la poitrine, avec palpitations ; figure rouge ; pouls large et dur ; chaleur, soif, mal de tête pressif ou pulsatif (consistant en pressions ou pulsations) ; étourdissemenls et humeur colérique.
Convient surtout aux jeunes filles sédentaires.
Acoaltum, 12* dilution • . 6 globules.
Eau 90 grammes.