TUBERCULOSE PULMONAIRE
Hygiène. — Tout le monde est d’accord pour préconiser la cure d'air : les enfants seront soustraits aux dangers de l’air confiné, dont la toxicité a été démontrée par d'Arsonval. Pas de réunions, pas de classes, pas d’internat. Aération permanente des lieux habités; la nuit, fenêtres entr’ouvertes, même l’hiver, en combattant le refroidissement par des couvertures, des gilets de laine et un bon feu de cheminée.
En hiver, on peut habiter les bords de la Méditerranée ou les altitudes (Davos, Leysin, le Ganigou). Mais le séjour à la campagne peut suffire, et les hôpitaux fondés en dehors de Paris, à Y illepin te, Ormesson, Villierssur-Marne, pour les enfants tuberculeux, soutirés utiles, à condition que ces enfants ne restent pas confinés dans les dortoirs, mais jouent le plus longtemps possible en plein air.
On fera tous les jours des frictions sèches et stimulantes (alcool, térébenthine, baume de Fioravanti).
La nourriture sera à la fois riche et facilement assimilable (purées de viandes et de légumes, poudres de viande, œufs, lait, crèmes, soupes, poissons, peptones, koumys, képhir).
Le traitement hygiénique, pour être efficace, doit être prolongé pendant des années. L’air de la mer, bon pour les phtisiques dans le Midi, serait funeste dans le Nord, et Berck-sur-Mer, si favorable pour les tuberculoses chirurgicales, ne vaut rien pour la tuberculose pulmonaire.
« Les résidences favorables aux phtisiques, dit Daremberg, doivent être baignées de soleil l’hiver et protégées du soleil en été. » L’air ensoleillé est l’agent microbicide le plus puissant, et surtout c’esl un merveilleux excitant de la nutrition (Menton, Cannes, Arcachon, Hyères, Alger, Biskra, le Caire, Pau, Gambo, etc.).
L’élé, on enverra les enfants aux Eaux-Bonnes, au Mont-Dore, à la Bourboule.
Thérapeutique. — Le seul agent qui puisse être considéré comme spécifique (et encore !), la créosote, sera donné aux enfants par la voie stomacale, par le rectum ou par la voie endermique.
La créosote peut se donner en pilules :
% Créosote 0 gr. 10.
Savon séché au four q. s.
Pour une pilule ; en prendre trois ou quatre par jour.
En potion :
% Créosote 2 grammes.
Cognac 50 —
Sirop do tolu 60 —
Deux à trois cuillerées à soupe par jour.
Ou mêlée à l’huile, à la glycérine, au vin :
% Huile de foie de morue 1 000 grammes.
Créosote 20 —
Une à trois cuillerées à soupe par jour.
Si l'estomac se refuse à l’absorption de la créosote, on la donnera en lavements :
% Créosote 0 gr. 50.
Jaune d’œuf n" 1
Huile d’olive 100 grammes.
Pour un lavement que l’enfant devra garder, après avoir reçu un lavement évacuateur.
On fait encore des suppositoires creux contenant 50 centigrammes de créosote : 2 par jour.
Les injections sous-cutanées se feront avec l’huile créosoléc stérilisée (1 gramme de créosote pour 15
T l' lî E K C U L O SE PU L VI 0 N A I H E .
grammes d’huile), ou avec le gaïacol iodoformé, suivant la formule de M. Picot :
% Huile d'olive stérilisée 100 cc.
Gaïacol 5 grammes.
Iocloforme I —
Injecter tous les jours sous la clavicule, ou dans la fosse sus-épineuse, une demi- seringue de Pravaz ou une seringue entière suivant l’âge.
On peut encore faire des pulvérisations de créosote dans la chambre des malades ou les faire respirer dans une atmosphère comprimée de vapeurs créosotées (Taprel) :
% Créosote 10 grammes.
Alcool 100 —
Glycérine 20 —
Eau 770 —
Pour pulvérisations.
(Tapret.)
L’huile de foie de morue, quand les enfants peuvent la supporter, est un des meilleurs médicaments contre la phtisie : on la fera prendre pure (2, 3, 4 cuillerées il soupe par jour), en émulsion, ou en capsules. On doit préférer les huiles colorées aux huiles claires, car les alcaloïdes découverts par Gautier et Mourgues ne se rencontrent que dans les premières.
Contre la toux el le catarrhe bronchique, on donnera les balsamiques el les calmants usités (sirop de tolu, sirop de terpine, sirop de codéine, sirop diacode).
On donnera l’arsenic :
% Sirop de quinquina 201) grammes.
Arscniate de soude 0 gr, 10.
Une cuillerée à café matin et soir.
Contre les poussées congestives, Daremberg conseille :
% Sirop de térébenthine. . . )
Sirop de tolu Sa. . . 20 grammes.
Sirop d’ipéca )
Trois cuillerées à dessert par jour.
ou bien :
% Sirop de térébenthine 15 grammes.
Eau de fleurs d’oranger 20 —
Eau 30 —
Liqueur- ammoniacale anisée .... 2 —
Mêmes doses.
Eu même temps, on usera, suivant les indications, des révulsifs partout employés : vésicatoires, cautères, pointes de feu, mouches de Milan, teinture d’iode, ventouses.
Contre la fièvre, on donne l’antipyrine :
% Antipyrine 2 grammes.
Bicarbonate de soude 4 —
Eau-de-vie 10 —
Eau distillée 10 —
Sirop simple 40 —
Deux cuillerées à dessert par jour.
Les badigeonnages de gaïacol pur ou mitigé par un corps gras agissent aussi contre la fièvre. On peut faire, le soir, une onction sur le thorax avec la pommade suivante :
% Gaïacol 5 grammes.
Lanoline 10 —
Axonge 30
Le D' D. Labbé a imaginé un appareil qui permet de faire respirer aux petits malades de l’air ozonisé; ce traitement, qui augmente l'hémoglobine, aurait donné des résultats favorables à l’hôpital d’Ormcsson.
TUBERCULOSE PULMONAI ItE.
7oo
L’ozonothérapie serait appliquée spécialement à Saint- Raphaël.
Les enfants menacés de tuberculose pulmonaire par leur hérédité, leur tempérament, les manifestations locales (abcès froids, tumeurs blanches, adénopathies, etc.) qu’ils présentent, doivent être soumis à un genre de vie spécial.
Et d’abord, les enfants jeunes, quels qu’ils soient, forts ou délicats, bien portants ou malades, seront éloignés des tuberculeux, et soustraits autant que possible à la contagion. Un enfant dont le père ou la mère sont tuberculeux devra être élevé au sein par une bonne nourrice, et le sevrage sera retardé jusqu’à IS ou 20 mois.
L’enfant sera éloigné des villes, élevé à la campagne; on le laissera croître en liberté, au grand air, sans lui demander trop tôt les efforts intellectuels qu'on demande aux enfants de son âge. Il vivra comme un petit paysan, et ce n’est qu’en modifiant sa constitution originelle par une culture spéciale qu’on pourra éviter l'échéance qui le menace.
Quand le moment sera venu de lui donner l’instruction dont il ne saurait être privé sans dommage, on le placera autant que possible dans un établissement d’externes, ou mieux on le fera élever près de soi quand on le pourra.
Si l’enfant présente quelques manifestations suspectes de tuberculose locale, on le conduira au bord de la mer, à Berck, par exemple, ou dans une station chlorurée sodique (Salies-do-Béarn), ou à la Bourboule, pour fortifier sa constitution et combattre le germe naissant de la tuberculose.