ACCIDENTS DU SINAPISME
Je m'arrêterai peu sur l'irritation, la douleur, les cris provoqués par le sinapisme. Chez les enfants nerveux cependant, l'agacement qui résulte de l'application d'un sinapisme ne sera pas négligé, car il pourrait être le prélude d'accidents convulsifs.
Ce qui est à craindre surtout, c'est que le degré de révulsion désirée ne soit dépassé, et que la rubéfaction soit suivie de vésication et d'escharification. Le cas n'est pas rare.
J'ai vu récemment un petit garçon dont les deux mollets avaient été dénudés par les sinapismes qu on lui avait laissés pendant plus d'une heure. Il en était résulté deux plaies diphtéroïdes très rebelles.
Plus récemment encore, j'ai vu une petite fille d'un an dont la région hypogastrique avait été escharifiée par un cataplasme sinapisé (mi-partie farine de moutarde
et de lin) laissé seulement un quart d'heure. Il est plus facile de prévenir ces accidents que de les guérir.
TRAITEMENT
Pour prévenir les plaies, on aura soin de prescrire une application courte [cinq minutes en inoyenne), quitte à renouveler, quel que soit le sinapisme employé (Rigollot ou cataplasme). S'il s'agit d'un cataplasme, on ne le fera jamais avec la farine de moutarde pure, on la mitigera avec le double ou le triple de farine de lin.
Pour panser la plaie consécutive à une sinapisation trop énergique, on se servira d'iodoforme ou de salol et d'ouate hydrophile. On se conduira comme en présence d'une brûlure (voyez ce mot).
Le spasme de la glotte, asthme thymique (asthme de Kopp), convulsion interne, est une maladie de la première enfance qui, par la contraction des muscles du larynx, peut entraîner Tasph^^xie.
Il s'observe surtout chez les enfants à hérédité nerveuse et chez ceux qui sont mal nourris, athrepsiés, rachitiques.
L'enfant fait entendre tout à coup un sifflement inspiratoire, sa tête se renverse en arrière, il se raidit, ne respire plus et va mourir; mais au bout de quelques secondes, le spasme se dissipe, pour se reproduire ensuite.
On distinguera le spasme de la glotte de la laryngite striduleuse, du croup, de la coqueluche, de l'asthme vrai, de l'asthme ganglionnaire (adénopathie bronchique), par l'âge des sujets (première année), par la durée courte des accès, 'par l'absence de toux, etc. 11
se distingue des convulsions et de la tétanie par l'absence de mouvements des membres.
TRAITEMENT
Au moment de l'accès, on jettera de l'eau froide sur la figure, on frictionnera, on flagellera le corps. Si le danger paraît imminent, on fera l'insufflation avec une sonde ou le tube de Ribemont.
Les attouchements de la pituitaire ou de la conjonctive (Kûrt) avec une barbe de plume trempée dans une solution de sulfate de quinine pourraient arrêter l'accès.
On peut aussi faire inhaler quelques gouttes d'ammoniaque, d'éther, de chloroforme. Ballons d'oxygène. Dans l'intervalle des accès, on donnera tous les jours un bain de tilleul :
% Tilleul avec bractées 50 grammes.
Eau bouillante 1000 —
Verser dans l'eau du bain.
On fera prendre, trois fois par jour, une cuillerée à café de la j)otion suivante :
% Eau distillée 30 grammes.
Sirop do fleurs d'oranger 30 —
Bromure de potassium 1 —
Musc 0 gr. 10
ou bien :
% Julep gommeux 50 grammes.
Oxyde de zinc 0 gr. 10
Par cuillerées à café, de 2 en 2 heures.
On mettra, tous les soirs, un suppositoire contenant:
% Beurre de cacao 2 grammes.
Extrait de belladone 0 gr. 05
S'il y a constipation, on donnera un lavement glycérine ou un suppositoire à la glycérine.
On peut aussi, à l'exemple de Rilliet et Barthez, faire des frictions sur le cou avec la pommade suivante :
% Axonge j ^^ ^3 grammes.
Onguent gns. )
Extrait de belladone 1 —
On entourera les jambes de bottes d'ouate.
Le sirop d'ipéca à la dose de 20 à 30 grammes sera utile dans quelques cas.
Quand les enfants sont un peu grands (18 mois à 2 ans), on donnera des toniques (sirop d'iodure de fer, huile de foie de morue, sirop antiscorbutique ou iodotannique).
Je ne crois pas que le travail de la dentition soit de nature à provoquer des accès de spasme glottique ; mais, comme beaucoup d'auteurs sont d'un avis contraire, on serait autorisé, dans les cas graves, à inciser les gencives soulevées et tuméfiées par la poussée des dents.
L'allaitement naturel est à conseiller dans tous les cas. On prescrira le changement d'air, les promenades; on éloignera toute excitation, toute contrariété; on s'abstiendra d'abaisser la langue de l'enfant pour l'examen de la gorge, car on risque de provoquer un accès. Si l'enfant boit au verre ou au biberon, on veillera à ce qu'il boive lentement; s'il mange, on réduira les aliments solides à l'état dépurée.
Si l'enfant est rachitique, s'il présente du cràniotabes (voyez ces mots), on traitera la maladie osseuse par les moyens appropriés.
S'il y a des vers intestinaux, on donnera le semencontra, la santonine, les anthelminthiques usités.