‹ Formulaire thérapeutique et prophylaxie des maladies des enfants (volume 3)Chapitre 263 sur 308 · TORTICOLIS · texte numérisé non relu

TORTICOLIS

Le torticolis est une affection qui a généralement pour siège le muscle sterno-mastoïdien, et qui produit une contraction ou une rétraction de ce muscle. Il en résulte que la tête est inclinée du côté malade et la face tournée obliquement du côté sain. On a vu le torticolis en relation avec une gomme ou un hématome du muscle sterno-mastoïdien. Il peut aussi provenir d'un refroidissement.

On cherchera du côté de la colonne vertébrale et du pharynx (mal de Pott , abcès rétro-pharyngien) , avant d'admettre un torticolis simple et curable.

TRAITEMENT

Souvent il suffit de quelques séances d'électrisation faradique pour triompher d'un torticolis. S'il y a une tumeur dans le muscle, on prescrira les frictions mercurielles et l'iodure de potassium. En cas d'insuccès et

de persistance de la déformation , on aura recours aux massages et aux frictions :

% Chloroforme. ) ~ „

T j j e j 1 aa . . 5 grammes.

Laudanum de bydenham. ) °

Pour frictions matin et soir sur le muscle contracture.

On fera de la révulsion avec la teinture d'iode, le vésicatoire.

Si le rhumatisme est soupçonné, on donnera le salicylate de soude :

% Salicylate de soude 4 grammes.

Cognac 10 —

Sirop simple 20 —

Eau distillée 100 —

Par cuillerées à soupe de deux en deux heures.

L'antipyrine (2 à 3 grammes par jour) sera également essayée. En dernier ressort, on fera la ténotomie (Dupuytren, Dieffenbach), et on fera porter au malade le collier dit Minerve. La résection et l'élono^ation du nerf spinal ont donné quelques succès.

TRACHEITE

La trachéite, ou rhume simple, succède le plus souvent au coryza aigu, a frigore. Elle résulte d'un refroidissement après un bain, ou une sortie par un temps froid, pluvieux, avec des vêtements insuffisants. Elle se traduit par une toux pénible, avec sensation de déchirure ou de brûlure derrière le sternum ; il n'y a généralement pas de tièvre, l'appétit est conservé.

TRAITEMENT

Quand il s'agit d'un jeune enfant, il faut prescrire le séjour à la chambre, sinon au lit, les boissons chaudes (lait coupé d'infusion de violettes).

On ajoutera quelques badigeonnages de teinture

TRACHÉOTOMIE. 373

d'iode sur la poitrine, et, pour abattre la toux, un vomitif (1-2 gramme d'ipéca).

Si la maladie ne cède pas, on fera prendre par cuillere'es à café, d'heure en heure, la potion suivante :

% Eau distillée de menthe 60 grammes.

Sirop de polygala 40 —

Eau de laurier-cerise 2 —

Alcoolature d'aconit X gouttes.

Teinture de belladone X —

Si l'inflammation se propage aux bronches, on traitera l'enfant comme dans la bronchite aiguë (voyez ce mot).

TRACHÉOTOMIE

La trachéotomie est une opération qui consiste à ouvrir la trachée, quand un obstacle situé en amont empêche l'entrée de l'air dans le poumon et menace l'enfant d'une asphyxie immédiate ou prochaine. C'est pour le croup, ou diphtérie du larynx, que la trachéotomie est faite le plus souvent; mais elle peut être rendue nécessaire par une autre affection (stridulisme, œdème de la glotte, corps étranger).

INDICATIONS ET CONTRE-INDICATIONS

J'aurai seulement le cjoup en vue dans cette étude. La principale, on pourrait dire la seule indication de la trachéotomie, est ïasphi/xie imminetife, quand cette asphyxie, bien entendu, dépend du larynx, et non des bronches ou du poumon. On la reconnaît au sifflement inspiratoire, aux accès de suffocation, au tirage sus sternal et épigastrique. Quand ce tirage est permanent, il faut opérer sans retard ou se tenir prêt à opérer, c'est-à-dire ne pas perdre l'enfant de vue.

Quand il n'y a que la raucité de la toux et de la voix, l'opération n'est pas indiquée ; quand il n'y a que des

57i MALADIES DES ENFANTS.

accès de suffocation, sans tirage abdominal, l'opération peut être différée, quoique certains médecins la préconisent. En ville, si l'enfant n'est pas veillé par im médecin, on peut opérer de bonne heure ; à l'hôpital, si l'opérateur n'est pas loin, on attendra, car le croup peut guérir sans opération (voyez Group) même à cette période, et certains cas curables sans trachéotomie peuvent devenir mortels par elle. Il ne faut donc pas opérer trop tôt.

Quand le tirage est permanent, quand l'asphyxie s'accuse nettement, il n'y a plus à hésiter.

Cela ne veut pas dire qu'on doive attendre la cyanose, l'ànesthésie cutanée; quoique l'opération puisse réussir à cette période ultime, on évitera de la faire aussi tardive, quand on le pourra. S'il n'est jamais trop tard pour opérer, il serait imprudent de remettre à la dernière heure une intervention rendue depuis longtemps nécessaire.

Il faut d'ailleurs distinguer entre les cas : « Si le croup est infectieux, dit Barthez, il est convenable d'opérer à la seconde période ; si le croup n'est pas évidemment infectieux, il est convenable d'essayer le traitement médical, et d'attendre, pour opérer, la fin de cette deuxième période. »

Les contre-indications de l'opération sont tirées : 1" de l'âge de l'enfant (moins de 6 mois) ; 2° de la gravité de l'empoisonnement (pâleur terreuse, adénopathies cervicales) ; 3" de la bronchite pseudo-membraneuse concomitante; 4*^' de la broncho-pneumonie ; 5° de la rougeole.

Ces conditions, qui aggravent singulièrement le pronostic, ne sont pas des contre-indications absolues.

TRACHEOTOMIE.

MANUEL OPERATOIRE

Chez les enfants, la trachéotomie se fait au bistouri, et non au thermo-cautère. Le plus souvent les malades ne sont pas endormis: cependant on peut employer le chloroforme, ce qui permet d'opérer lentement et à son aise.

Mais l'obligation d'avoir un aide expérimenté pour l'administration du chloroforme rend remploi de cet agent exceptionnel.

Trousseau opérait lentement, couche par couche, chirwgkalement ; aujourd'hui c'est le procédé rapide qui est adopté.

On aura à sa disposition, plongés dans une solution phéniquée à 1 p. ^20, un bistouri pointu et un bistouri boutonné, un dilatateur, une canule en argent (00 de 6 mois à 1 an, 0 de 1 an à 2 ans, I de '2 à 3, II de 3 à 6), quelques pinces hémostatiques.

L'enfant, enveloppé dans un drap qui lui prend les membres supérieurs, est étendu sur une table, la nuque reposant sur une bouteille recouverte d'une alèze. Un aide tient la tête immobile ; un autre placé au pied de la table, ou à genoux sur le côté gauche de l'enfant, tient solidement ce dernier. L'opérateur, placé à droite du malade, saisit le larynx entre le pouce et le médius de la main gauche, la main droite armée du bistouri. Le larynx étant serré et énucléé pour ainsi dire, l'index gauche cherche le bord inférieur du cricoïde, et appuie de son extrémité unguéale entre ce cartilage et le premier anneau de la trachée. L'enfant étant bien immobile, et le larynx bien fixé, la main droite, armée du bistouri, fait une incision partant du milieu de l'ongle de l'index gauche, sur la ligne médiane, dans une étendue de 2 cent. 1/2 environ. La peau est incisée

dans un premier temps, les autres parties molles dans -un second temps, et la trachée dans un dernier temps.

L'ouverture de ce conduit s'annonce par le bruit de l'air. Il importe que l'incision de la trachée soit faite rectihgne et assez grande.

On pose le bistouri, on prend la canule, sans que l'index gauche ait quitté sa place, et on introduit la canule sur cet index. Un bruit particulier annonce que la canule est dans la trachée. Si l'on éprouvait des difficultés, on pourrait agrandir l'incision de la trachée avec le bistouri boutonné, employer le dilatateur.

La canule en place, on fait asseoir l'enfint, et on noue les cordons de la canule derrière le cou. Il est bien entendu que la peau du cou a été aseptisée avant l'opération (liqueur de Yan Swieten) ainsi que les mains du chirurgien.

Il existe un procédé plus rapide, qui permet de pénétrer d'un seul coup dans la trachée (de Saint-Germain).

La plaie trachéale sera pansée avec l'iodoforme ou le salol et protégée par une feuille de mackintosh. Une cravate de gaze entourera le cou de l'enfant pour empêcher l'introduction des poussières dans la trachée.

On nettoiera fréquemment la canule interne dans l'eau bouillie, ou boriquée, ou phéniquée. Toutes les deux heures, plus souvent s'il y a obstacle au passage de l'air, on retirera cette canule interne.

La canule externe ne sera enlevée et nettoyée que tous les jours.

Si la canule est sèche, on placera une éponge imbibée d'eau chaude, ou bien l'on pulvérisera de l'eau boriquée au-devant du pavillon canulaire.

Au bout de quatre ou cinq jours, on essaiera de l'enlever pendant quelques heures : si l'enfant respire bien, on pourra l'enlever définitivement après quelques essais.

Page 1