‹ Formulaire thérapeutique et prophylaxie des maladies des enfants (volume 3)Chapitre 84 sur 308 · CROISSANCE · texte numérisé non relu

CROISSANCE

Quelques enfants, aux approches de la puberté, subissent une poussée de croissance qui les affaiblit et les rend incapables de tout travail physique ou intellectuel. Sous rinfluence de la croissance, on voit survenir des douleurs osseuses, avec fièvre peut-être dans quelques cas (Bouilly, Firvre de ci'oissancé), des exosto-

ses, des ostéites apophysaires, des scolioses, des arthralgies, des palpitations, de l'anémie, des épistaxis, de la céphalée, des névralgies, de la dyspepsie, de l'engorgement mammaire.

Tous ces accidents, compliqués d'inertie, d'apathie, de nonchalance, d'inaptitude générale, ne sont guère prononcés que chez les enfants qui habitent les villes, qui souffrent de la claustration^ de la sédentarité, du surmenage. Ils ne deviennent graves que si l'enfant est mal soigné, mal nourri, exposé à contracter des maladies contagieuses (fièvre typhoïde, tuberculose, ostéomyélite.)

Le diagnostic des maladies de croissance n'est pas toujours facile, et ne se fait bien souvent que par élimination. Parmi les maladies qui favorisent la croissance ou l'exagèrent, il faut citer la fièvre typhoïde qui laisse si souvent à sa suite des vergetures de croissance.

TRAITEMENT

C'est par l'hygiène qu'il faut traiter les troubles morbides de la croissance.

Aux enfants surmenés et incapables d'action, on laissera le repos et le sommeil prolongés dont ils ont tant besoin ; on les transportera à la campagne, au grand air, mais sans leur imposer de marches et de fatigues auxquelles ils répugnent. On leur donnera une alimentation de convalescents : lait, lait de poule, œufs, poissons, crèmes, purées de viande et de légumes, vins généreux coupés d'eau. On prescrira les bains salés ou sulfureux, la douche froide ou le drap mouillé, les frictions sèches avec le gant de crins.

L'enfant qui accusera de la céphalalgie et ne pourra plus suivre ses classes sera retiré du collège et mis au

repos le plus complet. S'il a des palpitations, on lui donnera une potion bromo-iodurée :

% lodure de potassium "i grammes.

Bromure de potassium 10 —

Sirop d'écorces d'oranges 30U —

Une cuillerée à soupe le matin.

Aux anémiques on donnera le sirop d'iodure de fer, ou les eaux d'Orezza, Spa, Bussano^, Renlaigue.

Le repos, les bains, conviennent surtout aux enfants qui ont des douleurs osseuses, des artbralgies, etc. La gymnastique suédoise, l'orthopédie, seront appliquées aux scolioses de croissance.

A tous les entants qui souffrent de la croissance, sauf ceux qui sont trop irritables et trop nerveux, conviennent les bains de mer et le séjour sur les plages. Les autres iront à la campagne, dans les montagnes, à la Bourboule, Saint-Nectaire, Forges-les-Eaux, Salies-de- Béarn, Salins, etc. Comme régime prophylactique, on conseillera la vie au grand air, les jeux et exercices physiques, une nourriture appropriée aux besoins de l'enfant qui s'accroît, une hygiène scolaire convenable (pas d'encombrement, pas de surmenage, récréations suffisantes).

Le croup est la diphtérie du larynx ; cette localisation, précédée d'ordinaire par l'angine couenneuse, peut être dans quelques cas primitive ^ croup (V emblée), ce qui rend le diagnostic parfois difficile.

Quand on voit un enfant présenter de la raucité de la toux et de la voix, suivie bientôt d'aphonie complète, puis de tirage sus-sternal et épigastrique, si la gorge a présenté ou présente encore des fausses membranes, le diagnostic de croup est certain. Si la gorge est nette, il

est permis d'hésiter, et l'on a vu le croup confondu alors avec la laryngite striduleuse, les corps étrangers des voies aériennes, l'œdème de la glotte, l'abcès rétropharyngien. Pour ces trois dernières affections, l'examen direct du fond de la gorge ou les commémoratifs permettront de faire un diagnostic dans l'immense majorité des cas. Pour ce qui est de la quatrième (laryngite striduleuse), l'erreur est plus facile, quoique la laryngite striduleuse débute comme le croup finit, c'est-à-dire s'annonce d'emblée par un accès de suffocation avec toux aboyante, sans prodromes inquiétants, au milieu du sommeil de la nuit. L'examen bactériologique des liquides bucco-pharyngiens, en montrant la présence du bacille de Lœffler, peut assurer le diagnostic de croup. Enfm, dans quelques cas, l'enfant a rendu, dans un effort de toux, des fausses membranes plus ou moins tubulées et ramifiées venant des voies aériennes.

TRAITEMENT GÉNÉRAL

Dans l'espoir d'éviter la trachéotomie ou le tubage (voyez ces mots), remèdes suprêmes de l'asphyxie, on essaiera les substances usitées dans le traitement de la diphtérie.

Le chlorate de potasse à l'intérieur n'est pas à recommander chez les enfants, à cause de son action dissolvante sur les globules du sang ^ Au contraire on aura recours aux balsamiques, copahu, cubébe, térébenthine, benzoate de soude, etc.

i. Par exemple cette formule de l'hôpital des Enfants est mauvaise, à moins qu'on ne supprime le chlorate de potasse :

Einétique 0 gr. 10.

Sirop d'ipéca 30 grammes.

Oxymel scillitique 10 —

Chlorate de potasse 4 —

Infusion de polygala 150 —

Voici les formules à prescrire :

% Extrait oléo-rêsincux de cubèbc . . 10 grammes.

Sucre 90 —

Deux grammes par jour dans du lait.

(Delpkch.)

% Sirop simple 300 grammes.

Extrait alcoolique liquide de cubeljc. 300 — Trois cuillerées à soupe j)ar jour.

(PUCH.)

% Cubèbe 30 grammes.

Copahu 60 —

Sous-carbonate de l'er 4 —

Sous-nitrate de bismuth. ... Q. s. pour solidifier. A prendre par bols.

(J. Simon.)

% Looch blanc 70 grammes.

Sirop de polygabi 30 —

Extrait de cubèbe 2 —

Carbonate d'ammoniaque 0 gr. GO

Par cuillerées à café d'heure en heure.

(D'EspiNE et Picot.)

Le jaborandi et la pilocarpinc, sur lesquels il ne faut pas trop compter et qui ont le défaut de déprimer les enfants, de les exposer à la syncope, sont recommandés par quelques auteurs. On prescrira :

% Pilocarpine 0 gr. 02

Chlorate de potasse 3 grammes.

Carlionate d'ammoniaqu? 1 —

Sirop de polygala 30 —

Cognac. . .T 20 —

Eau 130 —

Une cuillerée toutes les heures jusqu'à sudation. (Gilbert, de Genève.)

H. Degle (de Kindberg) dit que la pilocarpine, à la dose de 2 à 4 centigrammes par jour, chez des enfants de 2 à 8 ans, amène une diminution de la dyspnée et une expectoration abondante de membranes et de crachats.

M. LegTOux signale les bons effets de la créosote pour prévenir le croup et la broncho-pneumonie.

Glycérine "lOO grammes.

Rhum 100 —

Créosote 10 —

Deux à quatre cuillerées par jour, suivant l'àgc.

On a vanté aussi les sulfureux, qui poussent à la diaphorèse et activent les sécrétions bronchiques. On peut donner les eaux d'Eaux-Bonnes ou d'Enghien, à la dose de 3 à 4 cuill. à soupe dans du lait chaud. On peut faire des pulvérisations avec ces eaux.

Les inhalations d'oxygène sont utiles pour entraver les progrès de l'asphyxie.

Gomme toniques, on donnera le perchlorure de fer, le quinquina, l'alcool.

% Solution de perchlorure de fer. . . XX à XL.

Eau 200 grammes.

Une cuillerée à dessert toutes les cinq minutes.

On donnera les diurétiques et le lait pour entraîner par le rein les toxines de la diphtérie.

% Caféine 0 gr. 50 à 1 gramme.

Benzoate de soude 2 —

Sirop des cinq racines 30 —

Eau distillée 60 —

Par cuillerées dans les 24 heures.

ou bien :

% Oxymel scillitique 15 grammes.

Sirop de stigmates de maïs .... 15 — Eau distillée 60 —

Chambre aérée, vaste, souvent ventilée; nourriture riche (laitages, gelées de viande, crèmes, vins généreux, au besoin lavements nutritifs).

TRAITEMENT LOCAL

Sans parler de la trachéotomie et du tubage (voyez ces mots), qui forment le véritable traitement local du

croup, on peut dire que les inhalations et pulvérisations atteignent localement la diphtérie du larynx.

Le traitement de M. Delthil, qui consiste à faire brûler dans la chambre :

^ Goudron de houille.

T^ j x- 1 .• / aa. . 40 ":rammes.

IliSsence de terebcntine.

n'a pas donné de résultats encourageants.

Celui de Renou, qui consiste à verser, dans une casserole à demi-pleine deau,et chauffée par un fourneau à gaz, à pétrole, à alcool, une cuillerée, de deux en deux heures, de la solution suivante :

3f Acide phénique 250 grammes.

Acide salicyliquc ;jU —

Alcool 1000 —

est plus efficace.

Enfin les pulvérisations à bout portant, faites avec le grand pulvérisateur de Lucas-Championnière, pendant cinq à dix minutes toutes les heures, avec de l'eau boriquée tiède ou faiblement phéniquée (i pour 200) sont excellentes ^ On aura soin de protéger le corps de l'enfant contre le ruissellement à l'aide de taffetas gommé ou de toile cirée, et on le priera d'ouvrir la bouche devant le jet de vapeur. Grâce à ce procédé, j'ai pu éviter la trachéotomie à un enfant et le guérir sans opération. Chez les sujets assez vigoureux, pas trop infectés, on peut employer les vomitifs, l'ipéca surtout (V2 '^ 1 gramme) qui favorisent l'expulsion des fausses membranes et nettoient l'estomac.

La prophylaxie du croup consiste dans le traitement rigoureux de la diphtérie de la gorge ou de tout autre

1. On peut employer les solutions créosotées, salicylêes, eucalyptées, l'eau de chaux.

point du corps. Pour ce qui est de la prophylaxie générale de la diphtérie, voyez ce mot. Les mesures de nature à protéger l'entourage du malade ne diffèrent pas dans les multiples localisations de la maladie; elles se résument toujours dans les deux mots : isolement ^ antlsepsie.

CYANOSE

La cyanose congénitale, ou maladie bleue, due le plus souvent à un rétrécissement de l'artère pulmonaire avec communication des deux cœurs, se reconnaît à la couleur violacée des lèvres et des téguments, à la saillie des yeux, à la dyspnée, aux doigts en massue. La coloration violacée de la peau s'atténue par le repos, s'exagère par les efforts, les émotions, la fatigue, les cris, les pleurs, le froid. Il y a de temps à autre une toux quinteuse et des accès de suffocation. A l'auscultation du cœur, on perçoit souvent un souffle systolique à la base, près du bord gauche du sternum. Les enfants sont petits, chétifs, arriérés physiquement et intellectuellement; le développement est entravé.

Le diagnostic se fait aisément et à distance ; ce qui est difficile, c'est de préciser la nature et le siège de la lésion cardiaque; en annonçant le rétrécissement de l'artère pulmonaire, on risque peu de se tromper : k l'autopsie, on distingue le rétrécissement acquis par l'altération des valvules qui manque dans le rétrécissement congénital.

TRAITEMENT

Le traitement est purement palliatif : on ne saurait guérir les malades, on ne peut que prolonger leur existence. Si la plupart meurent jeunes, beaucoup atteignent l'âge adulte, et quelques-uns le seuil de la vieillesse.

On insistera sur le repos, l'éloignement de toute fatigue, des émotions, des jeux de plein air. On fera des massages, des frictions sèches et stimulantes. On conseillera le séjour dans le Midi. Les enfants atteints de maladie bleue ont toujours froid : on les couvrira de flanelle, et on les réchauffera par tous les moyens. Pour relever l'énergie du cœur, on s'adressera à la digitale, qu'on prescrira pendant trois ou quatre jours consécutifs tous les mois, ou plus souvent si cela devenait nécessaire :

% Teinture de dio;itale. j ^

Teinture de scille. j ''''' ' '' grammes.

X gouttes par jour pour un enfant de 5 à 6 ans.

Pendant les paroxysmes, on fera inhaler l'oxygène, on appliquera des ventouses sèches, on essaiera les bains d'air comprimé. On n'oubliera pas les toniques, l'huile de morue, le fer, le quinquina.

D DANSE DE SAINT-GUY (Voyez Ghorée.)

Le travail de la première dentition a été accusé de toutes les maladies qui assaillent les enfants en bas âge. Les dents sortent entre 6 et 30 mois, c'est-à-dire à une époque féconde en maladies graves : c'est l'âge des convulsions, des diarrhées, de la broncho-pneumonie, de la méningite, du rachitisme, etc. On a tout mis sur le compte de l'évolution dentaire. C'est, à mon avis, une erreur absolue. Sans nier tout malaise dentaire, je me crois en droit de repousser absolument les maladies de dentition. Il y a des maladies pendant la dentition, il n'y a pas de maladies de dentition. C'est dire

qu'en présence de convulsions, de diarrhée, d'eczéma, de bronchite, on ne se contentera pas du dicton : L'enfant fait des dents, mais on ira au fond des choses, on cherchera du côté du cerveau, de l'estomac, de l'intestin, du poumon, la cause de la maladie.

La thérapeutique y gagnera.

Mais enfin, il faut admettre que la sortie des dents n'est pas toujours régulière, que les gencives peuvent être tuméfiées, douloureuses, ulcérées même; je ne nie pas les accidents locaux, c'est à eux que s'adresse le traitement.

TRAITEMENT

Trousseau, avec sa grande expérience et son sens clinique profond, avait bien vu l'inutilité de la scarification des gencives pour livrer passage aux dents récalcitrantes. Des médecins très éclairés et très consciencieux n'enrestentpasmoinspartisansde cette opération, dont la nécessité s'impose à l'esprit des sages-femmes, des matrones, des mères de famille. Quoique je ne voie dans cette pratique qu'un préjugé, je m'incline devant les autorités considérables qui la prônent.

Si un enfant crie, s'agite, s'il bave, s'il parait réellement souffrir des dents, s'il est menacé de convulsions, on prend un bistouri bien propre (trempé dans de l'acide phénique à 1 pour 20) et on fait sur le bord saillant de la gencive une incision longitudinale ou cruciale. On ne se servira jamais de l'ongle.

J'admets qu'on fasse cela dans un cas pressant, mais, je le déclare bien haut, je n'ai jamais eu l'occasion, depuis plus de dix ans, sur une clientèle infantile énorme (plus de 70 000 consultations au Dispensaire de la Villette), de faire une seule fois la scarification des gencives.

Quand l'enfant bave, porte tous les objets à sa bouche,

on a pour habitude de lui mettre dans les mains un hochet en os ou en ivoire. Il serait préférable de lui confier un objet malléable, qui lui permît d'user sa gencive sans se blesser; une racine de guimauve, une croûte de pain dur, un objet en bois sont préférables. En cas de cris, d'agitation, de signes de douleur, on fera des frictions avec un sirop de dentition :

^ Safran 3 grammes.

Tamarin 30

Miel 200 —

Eau ..." 100 —

(Delabarre.)

% Miel rosat 60 grammes.

Miel de mercuriale 20

Teinture de safran 20 —

— de myrrhe 10

— de coca 5

— de vanille *o —

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