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FIÈVRE DE CROISSANCE

(Voyez Croissance)

FIÈVRE DE DIGESTION

Les modalités cliniques de la dyspepsie infantile sont innombrables, et leur diversité est bien faite pour dérouter les médecins peu familiarisés avec elles. Le laboratoire de poisons qu’est le tube digestif n’est à aucun âge plus actif, plus menaçant, qu’à l’âge tendre. On peut dire que la gravité des autointoxications d’ordre digestif est en raison inverse de l’âge. Chez les nouveau-nés, chez les nourrissons, les effets de la toxi-infection sont parfois foudroyants, et la mortalité par cette cause est effrayante. Dans la seconde enfance, les accidents s’atténuent, quoiqu’ils puissent de temps à autre nous offrir le tableau du choléra infantile (voyez Septicémie gastro-intestinale aiguë de la seconde enfance). Dans l’adolescence, à l’âge adulte, nous avons encore moins à compter avec ces accidents aigus.

Mais nous avons la menue monnaie de ces états morbides, et, sous le nom de fièvre de digestion, nous allons précisément décrire les manifestations fébriles légères ou de moyenne gravité en rapport avec une élaboration vicieuse des aliments.

Il y a longtemps que la lièvre de digestion est connue, sinon sous cette dénomination particulière, du moins sous des vocables plus ou moins similaires. Mais c’est à Charrin que revient le mérite d’avoir bien étudié le syndrome clinique et de l’avoir baptisé d’un nom heureux (Ciiarrin, Fièvre de Digestion, Journal de Chimie, KS89, et Traité de Médecine, t. I, chap. v). Placé depuis peu de temps à la tête du Dispensaire pour les Enfants Furtado-Heine, cet auteur n’avait pas tardé à voir des enfants qui, de temps à autre, et parfois avec une intermittence frappante, présentaient des accès fébriles vespéraux plus ou moins accusés. Il avait très judicieusement rapporté ces petites fièvres paroxystiques à des troubles de la digestion et il en avait indiqué le traitement.

Pour lui il n’est pas douteux que les sécrétions digestives

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ne soient pyrétogènes, et si la lièvre qui en dérive affecte des allures intermittentes, cela tient à l’intermittence môme de ces sécrétions. 11 ne fallait donc pas attaquer l’intermittence par la quinine comme on avait tendance à le faire, mais remonter à la source môme de l’empoisonnement, c’est-à-dire modifier le régime de l’enfant, et faire l’antisepsie intestinale à l’aide des substances insolubles que Bouchard a depuis longtemps préconisées. Nous reviendrons plus loin sur cette partie de la question. Un de nos distingués confrères, le D‘ H. Grasset (de Nogent-sur-Marne), sous le titre de Fièvres gastro-intestinales simples de la seconde enfance ( Gazette des Hôpitaux , déc. 1896), a décrit les mêmes accidents et d'autres qui s’en rapprochent ou s’en éloignent plus ou moins. « Il arrive souvent, dit-il, chez les enfants de 2 à 7 ans, que, sous l'influence d’une alimentation forcée ou défectueuse, non en rapport avec le développement des organes digestifs et de leur puissance fonctionnelle, il se développe un état fébrile particulier avec atonie et encrassement des voies digestives, qui peut durer un certain nombre de jours et être plus ou moins intense. » Et il ajoute que ces cas ne se rencontrent pas à l’hôpital, à cause de leur peu de gravité et de durée, qu’ils ne sont pas décrits dans les livres, mais qu’on les observe fréquemment dans la clientèle, où ils sont d’ailleurs souvent confondus avec d’autres affections : fièvres synoques, catarrhales, éphémères, muqueuses, etc., etc. M. Grasset décrit successivement : 1° une forme polyr émit tente ; 2° une forme rémittente ; 3° une forme avec embarras gastrique fébrile; 4° des formes éruptives. Si l’on voulait faire rentrer dans la fièvre de digestion toutes ces formes, on risquerait de ne pas traiter avec toute la netteté et toute la clarté désirables un type que je crois assez bien défini pour lui consacrer une description séparée. Je ne retiendrai donc, de l’étude fort intéressante de M. Grasset, que la forme intermittente, la mieux connue et la plus embarrassante pour le praticien. D’ailleurs les autres formes, embarras gastrique, etc., ont trouvé depuis longtemps leur place dans la nosographie classique. J’avoue cependant que la distinction n’est pas toujours facile à établir, qu’il y a des formes de transition, des faits de passage qui expliquent et justifient la conception de notre confrère.

FIÈVRE DE DIGESTION

Les causes de la fièvre de digestion se réduisent à des termes fort simples. Et d’abord, il faut éliminer résolument l’inlluence paludique qu'on serait tenté d’incriminer à la campagne et dans certains pays à malaria.

A Paris, l’impaludisme manque absolument, quoique les fièvres de digestion soient des plus communes. Les émanations t’élides des égouts, des fosses d’aisance, des puisards, des terrains fraîchement remués, peuvent bien donner des accidents à allures intermittentes (fièvres pseudo-malariennes de Jules Simon); mais, dans les nombreux faits que j’ai observés, ces causes ne pouvaient pas être invoquées. 11 existe aussi la grippe, la fièvre typhoïde et les autres maladies infectieuses spécifiques, dont les formes avortées ou atténuées pourraient prêter au doute et conduire à l’erreur.

Quand on veut bien étudier les choses de près, on voit que les enfants soumis à notre observation sont déjà grands, qu’ils sont sevrés depuis plus ou moins longtemps, qu’ils mangent de tout comme leurs parents et que, par suite, ils sont plus exposés que les nourrissons à commettre des excès alimentaires. C’est dans la seconde enfance, entre 3 et 10 ans, que j’ai rencontré la fièvre de digestion.

Et quand j’ai voulu faire une enquête sur le genre de vie, sur le régime des jeunes sujets, voici ce que je n’ai pas tardé à apprendre. Tous ou presque tous sont des dyspeptiques habituels, latents ou manifestes. La plupart ont été nourris au biberon; ont marché tard, ont été rachitiques. De bonne heure, ils ont été soumis à une alimentation défectueuse, ils sont devenus gros mangeurs, grands buveurs. Aucune règle n’a présidé ni à leurs repas, ni à la qualité ou quantité des boissons qu’on leur a données.

Souvent on retrouve chez eux les symptômes permanents de la dyspepsie atonique, de la dilatation de l’estomac, etc.

Mangeant trop ou mal, buvant trop, mangeant des aliments indigestes, buvant du vin, des liqueurs fermentées, les enfants sont toujours en imminence d’accidents aigus greffés sur une dyspepsie chronique.

L’influence des saisons ne m’a pas semblé appréciable. Toutefois les chaleurs de l’été, en portant les enfants à boire plus que de coutume, favorisent peut-être T apparition des

accidents. M. Grasset dit que 80 p. 100 des cas se produisent de mai à juillet, le mois de mai offrant à lui seul 50 p. 100 des malades, et il incrimine le changement de saison. Il croit aussi que les garçons sont plus atteints que les filles. Je n’oserais pas être aussi affirmatif que lui sur ces divers points, mais je lui accorde volontiers la fréquence des récidives et des retours périodiques.

Comment se présente, en clinique, la /lèvre de digestion?

Un enfant qui, sans être atteint d’une maladie bien définie, pourtant pas bien portant, car il est pâle, sans appétit, sans force et sans énergie, présente tous les soirs, quelques heures après le repas, un accès de fièvre généralement modéré. Il vient de se coucher et tarde à s’endormir; il est agité, ses pommettes rougissent, son corps présente de la moiteur ou des sueurs abondantes, la peau est chaude au contact; la nuit est mauvaise, le sommeil est interrompu par des cauchemars. Le matin, l’enfant n’a plus de fièvre, mais il reste pâle et languissant comme de coutume.

Les accès peuvent revenir tous les soirs, ou seulement de temps à autre, avec des écarts'plus ou moins longs, qui varient de quelques jours à une, deux, trois, quatre semaines et davantage.

Le plus souvent la fièvre est modérée; le thermomètre marque 38° ou 38°, 5; quelquefois, cependant, l’accès est très fort (40°, 41°) et prolongé ; au lieu de quelques heures, il dure un, deux ou trois jours; les grands accès ne se voient que dans les formes à retours éloignés.

Quand on étudie les enfants qui présentent ces accès fébriles, on voit qu’ils n’ont rien du côté du foie et de la rate, qu’ils ne sont pas sous le coup de l’infection palustre. Mais leurs digestions laissant à désirer, il y a de la constipation habituelle, de l’anorexie plus souvent que de la boulimie, de la polydipsie presque toujours, quelquefois des selles fétides. La langue est généralement saburrale.

Voici le résumé de quelques observations :

1° Fille de 5 ans, observée par moi à diverses reprises, de décembre 1896 à juin 1897. A marché à vingt mois, première dent à un an, maigreur. H y a un an, pour la première lois, accès de fièvre violent qui aurait duré trois ou quatre jours;

FIEVRE DE DIGESTION

le thermomètre a accusé 40°; il y a eu des vomissements. Un mois après, nouvel accès, moins grave que le premier. Depuis cette époque, on a compté 7 à 8 accès semblables revenant tous les mois ou toutes les six semaines. L’enfant, qui habite Pierrefitte, a été saturée de quinine sans aucun succès. Au moment des crises fébriles, les gardes-robes sont mousseuses, fétides. L’estomac clapote jusqu’à l’ombilic; constipation habituelle. Je prescris un régime approprié et quelques médicaments dont je parlerai plus loin.

2° Petit garçon de b ans, dyspeptique, très buveur, est pris tous les soirs, vers sept heures, aussitôt qu’il est couché, de turgescence de la face, avec frissons suivis de sueurs, épiphora ; puis il est agité, dort mal, a des cauchemars et passe une mauvaise nuit. La mère a pris plusieurs fois la température rectale au moment des accès et a trouvé 38° ou 38°, 5.

3° Petit garçon de 7 ans (18 juin), pâle, grand, maigre, ayant des vomissements, delà constipation habituelle, un appétit irrégulier, avec soif toujours vive. Tous les mois il est pris de fièvre pendant trois ou quatre jours et garde le lit; la peau devient chaude et se couvre de sueurs, l’appétit se perd complètement. Il a des frayeurs nocturnes. Les accidents auraient débuté à l’âge de 18 mois, après le sevrage. On l’a traité comme anémique et on lui a fait prendre du vin fortifiant à la kola et à la coca. C’est une fièvre de digestion à intermittences rares.

4° Garçon de 9 ans et demi, pâle, jaune, sans appétit, digérant mal, ayant de la constipation (20 janvier 1898). Tous les soirs, à 9 heures, c’est-à-dire deux heures après le dîner, quand il est couché, il accuse de la chaleur, sa figure devient rouge; puis viennent des sueurs, de l’agitation, des cauchemars. En somme, il s’agit d’une fièvre de digestion intermittente quotidienne, analogue à celle du numéro 2.

Je n'insiste pas sur les formes symptomatiques du malaise; ces formes, dont j’ai donné les principaux types, sont variables, l’important est de les reconnaître et de les attribuer à leur véritable cause, pour les traiter avec efficacité. Quand ce traitement intervient de bonne heure, le malade guérit assez vite, le pronostic n’offre aucune gravité. Si l’on fait fausse route, les troubles digestifs s’aggravent, et à la fièvre de digestion peuvent

sc substituer une gastro-entérite plus ou moins grave, l’entérite muco-membraneuse, etc.

TRAITEMENT

Le traitement comprend deux parties de valeur inégale : 1° un bon régime, condition sine quâ non; 2° quelques médicaments eupeptiques et antiseptiques. Il faut bien se garder de donner la quinine, le quinquina et les toniques alcooliques en général qui ne feraient qu’aggraver la situation. Cette thérapeutique incendiaire doit être écartée résolument.

1° Régime alimentaire — On interdira l’usage du vin et des mets excitants ou échauffants : sauces épicées, acidités, sucreries, pâtisseries, charcuterie, viandes faisandées. On ne donnera pas la viande crue dont la pâleur des enfants semble indiquer l’emploi. Cette viande crue, comme les crudités en général, favorise les fermentations anormales du tube digestif et aggrave la situation. Les enfants seront soumis à un régime surtout végétarien : pain grillé, panades et soupes épaisses, purée de légumes secs, œufs, œufs au lait, fruits cuits, etc. On donnera, une fois par jour seulement, des viandes tendres : cervelles, riz de veau, côtelette d’agneau, poulet, pigeon, etc. Les repas seront au nombre de trois seulement : le premier à 7 ou 8 heures du matin, léger; le deuxième à 11 heures ou midi, copieux; le troisième à 6 ou 7 heures du soir, moins abondant.

Le taux des boissons sera réduit au minimum.

L’enfant devra se contenter, à chaque repas, d’un verre . (200 grammes au maximum) de lait ou d’eau. L’eau pure filtrée ou une eau minérale légère (Evian, Alet) convient parfaitement aux enfants dyspeptiques et même aux bien portants.

En résumé, pas d’alcool, pas d’aliments durs, indigestes; usage très modéré de la viande, aliments bien cuits, en purée le plus souvent, peu de boissons.

2° Médicaments. — Les enfants étant habituellement, pour ne pas dire toujours, constipés, il faut triompher de ce symptôme incompatible avec une bonne élaboration des aliments, il faut lever cet obstacle qui favorise l’auto-intoxication. Cela ne veut pas dire qu’il faut user ou abuser des purgatifs ou des

FIÈVRE RE DIGESTION

lavements. Les purgatifs n’agissent que momentanément, ils irritent l’intestin, et laissent après eux une coprostase aussi opiniâtre qu’avant leur emploi. Les lavements distendent le gros intestin, accroissent sa paresse et son inertie ; d’où la nécessité d’y avoir recours journellement. Ce n’est pas une solution.

A l’aide d’un bon régime, dans lequel on fera entrer quelques aliments laxatifs par eux-mêmes (épinards, oseille, chicorée cuite, pruneaux, marmelades de pommes), on arrivera, à la longue, à obtenir des gardes-robes quotidiennes et spontanées.

Pour compléter l’effet du régime, on donnera, pendant plusieurs jours, une petite dose de magnésie ou de rhubarbe associée à quelques substances antiseptiques, et eupeptiques. Je prescris fréquemment, pendant huit à dix jours consécutifs, des cachets ou des paquets contenant :

% Bicarbonate de soude 0 gr. 30.

Magnésie calcinée 0 gr. 25.

Benzo-naphtol 0 gr. 20.

Pepsine 0 gr. 10.

Poudre de noix vomique 1 à 2 centigr.

Pour un paquet; en prendre deux par jour, dans une cuillerée à café de lait

ou d’eau

Autre formule :

% Bicarbonate de soude. . .

Magnésie calcinée

Rhubarbe

Pancréatine

Poudre de noix vomique .

Même mode d'a

S’il y a de la diarrhée, on remplace, dans ces formules, la magnésie et la rhubarbe par du salicylate de bismuth.

Quand l’enfant a la langue saburrale, on lui donne le calomel à doses fractionnées :

% Calomel à la vapeur 1 à 2 centigrammes.

Sucre de lait •,.... 50 —

Pour un paquet ; en prendre 4 ou 5 dans la journée (un toutes les deux heures),

pendant 3 ou 4 jours.

Quand la constipation persiste, on donne des suppositoires creux au beurre de cacao contenant 1 gramme de glycérine ou des suppositoires en glycérine solidifiée.

îistration.

0 gr. 20.

0 gr. 05.

0 gr. 05.

2 centigrammes.

Comme moyen plus sûr, je recommande l’usage des petits lavements de glycérine pure : une cuillerée à café dans une seringue urétrale à monture en caoutchouc durci.

Il est bien rare que cette thérapeutique reste sans effet; pour mon compte, je ne l’ai que très exceptionnellement trouvée en défaut.

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