MÉNINGITE TUBERCULEUSE
La tuberculose des méninges est très commune dans les premières années de la vie ; elle menace les enfants à hérédité tuberculeuse, et tous ceux qui sont porteurs d’un foyer bacillaire (gommes, adénites, ostéites, tumeurs blanches).
Quand elle évolue d’une façon classique, la méningite tuberculeuse présente trois périodes : 1° céphalalgie, vomissements, constipation, fièvre, pouls rapide; 2° somnolence, cris hydrencéphaliques, ralentissement du pouls, abaissement de la température, troubles vaso-moteurs, respiration de Cheyne-Stokes ; 3° reprise de la fièvre, fréquence extrême du pouls, coma, paralysies, convulsions.
Outre ces trois périodes, il existe une phase prodromique caractérisée par du malaise, un changement de caractère, l’anorexie, l’amaigrissement, l’insomnie.
Toutes ces périodes sont soumises à de nombreuses perturbations qui rendent le diagnostic difficile : la fièvre typhoïde se confond avec la forme typhoïde de la méningite tuberculeuse, il faut attendre jusqu’au huitième ou dixième jour, c’est-à-dire jusqu’à l’apparition des taches rosées, pour faire le diagnostic; l’ophthalmoscope, en révélant la présence de tubercules choroïdiens, serait d’un grand secours (Bouchut). L 'embarras gastrique fébrile, qui précède parfois la méningite, peut être dans certains cas une cause d’erreurs; Y ataxie statique (oscillations de l’enfant debout) lèverait les doutes. Les convulsions se distinguent par le retour à la santé dans l’intervalle des accès; mais il y a, chez tous les jeunes enfants, une forme convulsive de méningite tuberculeuse. La syphilis héréditaire peut réaliser le syndrome méningitique ; on cherchera les stigmates
MENINGITE TUBERCULEUSE.
du côté des os, des fesses, des testicules, on scrutera les antécédents héréditaires. La méningite aiguë simple a un début plus bruyant et une marche plus rapide. De même la méningite cérébro-spinale, qui a, en outre, pour signe distinctif, la production fréquente d’herpès labial. Les tumeurs cérébrales peuvent causer des erreurs. L 'hystérie elle-même pourrait donner des symptômes méningitiques qu’on distinguera par la coexistence de stigmates particuliers. Quant aux vers intestinaux, ils s’accompagnent rarement de symptômes cérébraux, et le diagnostic se fait par l’examen des selles et le traitement anthelminthique. Je ne crois pas à la pseudo-méningite dentaire, mais il faut y penser.
TRAITEMENT
On ne connaît que deux ou trois cas de guérison authentique ; le traitement ne doit pas cependant être négligé.
Comme la syphilis peut être en cause, on commencera toujours par le traitement mixte :
% Iodure de potassium 1 gramme.
Sirop de fleurs d’oranger SO —
Une cuillerée à café d’heure en heure.
Faire en outre des frictions quotidiennes avec 1 ou 2 grammes d’onguent napolitain.
La révulsion locale (tête et nuque) est indiquée dans tous les cas : vessie de glace sur la tête, vésicatoire volant sur la tête rasée ou sur la nuque, frictions avec une pommade stibiée :
% Tartre stibié 2 grammes.
Axonge benzoïnée 20 —
On a conseillé les frictions avec la pommade iodoformée, beaucoup moins irritante, donc préférable :
% Vaseline 20 grammes.
Iodoforme 2à4 grammes.
Dans plusieurs cas j’ai utilisé cette pommade, à 10 ou 20 p. 100, de la façon suivante : la tête étant rasée, on étend sur une feuille d’ouate hydrophile une bonne dose de pommade, et on applique sur le cuir chevelu. Cela n’empêche pas de
mettre une vessie de glace par-dessus le coton lui-même recouvert de taffetas gommé.
Le Dr Schoull, outre la pommade, donne l’iodure de potassium à haute dose : 3 à S grammes par jour. A titre prophylactique il conseille une à quatre cuillerées à potage, suivant l'âge, du mélange :
% Sirop d’iodure de fer
— de lacto-phosphate de chaux . . .
— de quinquina
— antiscorbutique
Contre l’agitation, les cris, les convulsions, on emploiera les calmants :
% Bromure de potassium 0 gr. 50.
Chloral 0 gr. 30.
Sirop de menthe 40 grammes.
Par cuillerées à café.
Ou bien :
% Julep gommeux 30 grammes.
Sirop de valériane 10 —
Teinture de musc X gouttes.
On peut également prescrire des lavements au chloral (20 à 30 centigrammes), au musc (mêmes doses), ou des suppositoires contenant ces médicaments. En même temps, on donnera des bains de tilleul, s’ils sont bien supportés.
Le calomel, à doses fractionnées, est très souvent employé : «
% Calomel 0 gr. 30.
Sucre en poudre 3 grammes.
Faire dix paquets; un toutes les heures dans un peu de lait.
On a conseillé le phosphore, même à dose forte, jusqu’à un centigramme; je l’ai expérimenté sans succès :
% Phosphore 0 gr. 003.
Huile d’amandes douces 30 grammes.
Sirop de fleurs d’oranger 10 —
Essence de menthe I goutte.
Une cuillerée à café de deux en deux heures.
Contre la constipation opiniâtre, on donnera des lavements à la glycérine, au miel, ou des suppositoires glycérinés. Si cela