‹ Formulaire thérapeutique et prophylaxie des maladies des enfantsChapitre 220 sur 367 · MILIAIRE ET ÉRUPTIONS SUDORALES · texte numérisé non relu

MILIAIRE ET ÉRUPTIONS SUDORALES

Les enfants du premier âge, sous l’influence de la chaleur, des sueurs (abus des liquides), présentent très facilement des éruptions miliaires, c’est-à-dire des vésicules très petites, claires d’abord, troubles ensuite, sur un fond rouge. Ces vésicules s’observent surtout au front, à la face, au cou, sur le devant de la poitrine; elles sont quelquefois généralisées. Elles se dessèchent vite et laissent une desquamation furfuracée.

A côté de la miliaire rouge, il y a la miliaire blanche (sudamina), la dysidrose (miliaire interdigitale), la miliaire chagrinée des mains. Ces éruptions se distinguent aisément de l’eczéma par leur aspect, leur durée éphémère, les sueurs qui les précèdent toujours.

Quand le temps sera chaud et sec, on ne couvrira pas trop les enfants, on allégera leurs vêtements, on préviendra, dans la mesure du possible, l’abus des liquides, c’est-à-dire qu’on fera tout pour empêcher les sueurs profuses. On donnera des bains amidonnés, on poudrera avec l’amidon, le talc, le lycopode, l’acide borique; si le poudrage ne suffit pas, on fera des onctions avec la vaseline pure ou boriquée.

MOLLUSCUM CONTAGIOSUM

(Voyez Acné varioliforme)

MORVE

La morve est une maladie infectieuse des solipôdes qui peut se transmettre à l’homme. En 1882, Lœfflcr et Schülz ont décrit le bacille de la morve, bâtonnet à bouts arrondis, ne se colorant pas par le Gram, prenant bien le violet de gentiane. La morve présente diverses formes : aiguë (ulcération des fosses nasales, jetage); chronique (ulcération des voies aériennes à

marche lente); farcin aigu (phlébites, lymphangites, pustules, abcès multiples); farcin chronique (abcès multiples, douleurs musculaires et articulaires). Chez l’enfant; c’est surtout la morve aiguë qu’on observe (contagion sans porte d’entrée visible). Quand il y a eu inoculation cutanée, on constate 17mgioleucite farcineuse avec cordons durs, œdèmes, abcès souscutanés, symptômes typhoïdes. Ces symptômes peuvent se terminer par la morve aiguë. Voici le tableau de cette dernière forme (Dr A. \ an de Velde, Ann. de ici Soc. mécl. chir. d’Anvers, septembre-octobre 1898) :

Fille de 3 ans, nourrie au sein par sa mère, toujours bien portante, famille saine. Elle est malade depuis trois semaines : somnolence, tristesse, inertie, soif le soir avec peau brûlante, anorexie, amaigrissement profond. Pâleur extrême, muqueuses décolorées, face bouffie, base du nez élargie, enchifrènement, respiration buccale. L’auteur pense aux végétations adénoïdes, mais il n’y a rien dans le cavum. Rien dans la poitrine. Diagnostic en suspens. Pendant quinze jours, même état, fièvre le soir (38°, 39°), pouls rapide et faible. Vomissements fréquents. Foie et rate normaux. Pas d’albuminurie. On pense à une anémie pernicieuse progressive. Le Dr Goyens partage cet avis. L’enfant est perdue de vue pendant cinq semaines. Le 29 juin, on la retrouve dans un état pitoyable : yeux injectés et saillants, tumeur arrondie sur le front, dure, douloureuse à la pression. Joues tuméfiées, œdème dur, veines dilatées, nez élargi et déformé, jetage sanio-purulent, fétide, ulcération de la muqueuse nasale, bouche entr’ouverte, langue épaisse et saburrale, gencives sanguinolentes, fuligineuses, ulcérées, fétides. Ganglions parotidiens et sous -maxillaires engorgés. La sinusite généralisée et purulente, suivie d’ulcérations gangreneuses de la bouche, fit alors songer à la morve.

L’examen du pus nasal montra au Dr Sano des microcoques, des bacilles salivaires septiques, de petits bâtonnets mobiles, les uns droits, les autres courbés. Dans le sang, on trouva le Bacillus salivarius sep ticus ; le nombre des globules rouges était très réduit; globules blancs peu modifiés ; beaucoup étaient polynucléés. Le bacille court, signalé plus haut, rappelant celui de Koch, en différait par la décoloration au Gram; c’était le bacille de la morve décrit en 1882 par Lœfller et Schütz. L’enfant

MORVE

mourut le 13 juillet 1898, avant qu’on ait pu lui injecter de la malléine. Autopsie refusée.

De la matière sanio- purulente, recueillie peu de temps avant la mort, fut délayée dans l’eau stérilisée, et 1 centimètre cube fut injecté dans le péritoine d’un cobaye; le troisième jour, gonflement des testicules, engorgement des ganglions de l’aine. Disparition du gonflement en huit jours. On fit alors une injection d’un dixième de centimètre cube de malléine; le lendemain, les testicules gonflèrent.

La maison habitée par l’enfant était attenante aux écuries du régiment du train (60 ou 70 chevaux); or il n'y avait pas eu de morve depuis longtemps dans ces écuries. Il est vrai que près de la maison se trouvait aussi une forge où l’on ferrait les chevaux du train, de^ officiers et des particuliers ; l’enfant jouait constamment dans cette forge. Depuis le mois de mai 1898, 48 chevaux ont été abattus pour cause de morve à Anvers (3 en mai, 7 en juin, 23 en juillet, 15 en août). Pas de morve avant le mois de mai. Impossible de préciser la contagion. Comme traitement, on avait pensé à utiliser la malléine, qui sert généralement au diagnostic, mais qui, chez les animaux, a pu favoriser la guérison.

Le diagnostic aurait pu se faire pendant la vie, suivant le procédé de Straus, en inoculant des produits morveux (pus, jetage) dans le péritoine d’un cobaye mâle. Au bout de douze, vingt-quatre, trente-six heures, les testicules gonflent, la peau rougit, l’animal succombe le plus souvent.

Pronostic très grave; mort presque fatale dans la morve aiguë; le farcin peut guérir.

TRAITEMENT

Comme traitement local, on fera un pansement soigné à l’iodoforme, ou bien on brûlera au thermo-cautère et on badigeonnera à la teinture d’iode (Felizf.t). On a préconisé, avec des succès douteux, l’iodure de potassium et les frictions mercurielles. La sérothérapie sera peut-être un jour efficace. En attendant, on pourrait essayer la malléine, employée surtout à titre prophylactique pour déceler la morve et permettre de supprimer la source de contagion (abatage des chevaux, etc.).

Page 1