‹ Formulaire thérapeutique et prophylaxie des maladies des enfantsChapitre 366 sur 367 · VOMISSEMENT PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

VOMISSEMENT PÉRIODIQUE

Quelquefois on observe, d’une façon soudaine, au milieu de la santé, des crises de vomissements qui reviennent parfois avec une périodicité régulière. C’est le vomissement périodique de Leyden, le vomissement cyclique de Whitney (Arch. of Ped., nov. 1898).

Un garçon de 8 ans et demi présente, depuis deux ans, tous les trois mois environ, une crise de vomissements durant deux ou trois jours. Antécédents goutteux et nerveux dans la famille. Rachford, qui a vu des cas analogues, les attribue à la diathèse urique ; Whitney en fait une névrose gastrique. L’accès rappelle celui de la migraine, on a même vu des cas où accès de migraine et vomissements cycliques alternaient chez le même malade.

Quoiqu’il en soit, voici les principaux traits du syndrome. Un enfant, déjà avancé en âge (entre 7 et 15 ans), tantôt délicat, tantôt robuste, présente, après douze ou vingt-quatre heures

de prodromes dyspeptiques (langue sèche, anorexie, épigastralgie), des vomissements répétés, alimentaires d’abord, muqueux ensuite, très acides, parfois striés de sang. Ces vomissements, souvent incoercibles, se répètent pendant 1, 2, 3, i, 5 jours. 11 y a un peu de fièvre (38°, 39°), de la prostration, un amaigrissement rapide. Puis tout cesse, l’appétit revient, la santé se rétablit rapidement. Quelquefois on a noté des manifestations nerveuses telles que : agitation, délire, convulsions, dyspnée asthmatiforme.

Les crises se renouvellent périodiquement à des intervalles qui varient entre six semaines et six mois. Dans les périodes intercalaires, santé parfaite.

Ces symptômes cadrent bien avec l’idée d’une auto-intoxication, d’une uricémie latente à décharges périodiques.

Rachford a trouvé dans les urines la paraxanthine, Yhétéroxanthine, etc.

Le diagnostic pourra présenter des difficultés au premier accès; on pensera à une indigestion, h une migraine; mais l’absence de causes provocatrices dans le premier cas, de céphalalgie dans le second, lèveront les doutes que l’évolution du mal ne tarderait pas à dissiper. L 'urémie sera écartée de par l’examen des urines. La méningite peut être redoutée; mais la persistance des phénomènes gastriques, sans mélange de troubles nerveux, fera éloigner cette affection.

TRAITEMENT

On formulera un régime presque végétarien dans l’intervalle des crises; Rachford interdit la viande de boucherie, permettant le poulet, le poisson, les huîtres. On donnera le lait à discrétion, les boissons aqueuses, l’eau de Vichy ou de Vais. On essaiera le salicylate de soude (une cure de sept à huit jours tous les mois — 2 à 3 grammes par jour), le carbonate ou le benzoate de lithine (20 à 30 centigrammes par jour). On combattra la constipation. Vie au grand air, pas de surmenage intellectuel.

Au moment des crises, diète hydrique, boissons glacées, potion de Rivière. Si l’abattement est inquiétant, injections de sérum artificiel (200 à 300 grammes d’eau salée à 7 p. 1 000).

VULVO-VAGINITES

On comprend sous le nom de vulvite et de vulvo-vaginite l’inflammation des organes génitaux externes de la femme. Cette inflammation s’observe à tous les âges, et de nombreuses recherches ont montré qu’elle était extrêmement fréquente chez les petites filles.

Pour étudier avec méthode le traitement qui convient à cette maladie, il faut être bien fixé sur son étiologie.

ÉTIOLOGIE

Chez la fille pubère, chez la femme, la vulvo-vaginite a le plus souvent une origine vénérienne ; chez la fillette, cette origine est exceptionnelle, et si la contagion peut être invoquée dans les deux cas, il faut reconnaître qu’elle est absolument innocente dans le dernier. J’ai insisté sur ce point il y a plus de huit ans, en présentant à la Société médicale des Hôpitaux de Paris une note basée sur 151 observations de vulvovaginite des petites filles (séance du 17 juillet 1891).

Avant la période contemporaine, on croyait tantôt à la nature syphilitique des flueurs blanches, tantôt à leur origine traumatique ou inflammatoire simple. Les travaux de Ricord ruinèrent définitivement la première opinion, mais la seconde resta vivace tant qu’on crut les rapports sexuels indispensables à la propagation de la blennorragie. Dès lors les médecins se partagèrent en deux camps : 1° ceux qui niaient toute contagion; 2° ceux qui subordonnaient la vulvite à des tentatives criminelles.

L’incertitude qui régna si longtemps dans l’opinion médicale eut un bien fâcheux retentissement devant la justice, et l’on ne compte pas les innocents condamnés pour des attentats à la pudeur qui n’avaient jamais existé que dans l’imagination des familles ou des médecins.

Aujourd’hui la cause est entendue, l’origine non vénérienne de la vulvo-vaginite des petites filles est amplement démontrée, et nous n’avons que l’embarras du choix pour en citer des exemples concluants.

En 4 846, Cazcnave rapporte le cas d’une femme leucorrhéiquc qui, dans un bain pris en commun, avait contagionné ses tilles de 4 et 8 ans. En 1860, Forster cite trois sœurs contagionnées par une éponge qui servait à la toilette de leur mère.

Atkinson a vu une épidémie de vulvitc chez les élèves d’un pensionnat qui se rendaient visite la nuit dans leurs lits.

R. Pott, de Halle (1882), affirme l’identité de la vulvovaginite des petites filles avec la blennorragie des adultes; il pense que, 90 fois sur 100, cette vulvo-vaginite résulte d’une contagion indirecte et est due à ce que l’enfant partage le lit de sa mère, de sa sœur, ou d’une personne quelconque atteinte de blennorragie.

En 1879, Neisser a découvert le gonocoque , c’est-à-dire l’agent pathogène de la blennorragie ; malgré les critiques de Vibert et Bordas, la spécificité de ce microhe est universellement admise aujourd’hui (voir la Thèse de Marcel Sée, Paris, 1896). Bientôt le gonocoque est retrouvé non seulement dans les écoulements purulents des petites filles, mais dans l’urètre des petits garçons (Cséri, Rôna), dans certaines rhinites (Ccnier, Ziem, Cozzolino), otites (Flesh), stomatites des nouveau-nés (Dohrn et Rosinski), dans l’ophtalmie, etc.

Les recherches de Epstein, Widmark, Cséri, Dusch, Israël, Spaëth, etc., ont définitivement résolu la question en litige, et il faut admettre aujourd’hui que, dans la grande majorité des cas, la vulvo-vaginite des petites filles est due au gonocoque de Neisser. Cette vulvo-vaginite gonococcique est la plus grave et la plus tenace de toutes les inflammations vulvo-vaginales des jeunes filles, elle ne se limite jamais à la vulve, elle gagne le vagin, l’urètre, et peut même, dans quelques cas, se propager à la vessie, à l’utérus, aux trompes, au péritoine. Elle peut donc se compliquer d 'urétrite, à1 endométrite, de salpingite, de péritonite, de cystite ; elle peut donner lieu au rhumatisme blennorragique , à Y ophtalmie purulente , etc.

Mais, à côté de la vulvo-vaginite gonococcique, il faut réserver une place à la vulvite catarrhale non spécifique, tantôt traumatique (onanisme, grattages, contact des oxyures, malpropreté), tantôt diathésique (scrofule, lymphatisme, arthritisme). Celte vulvite est tantôt microbienne (streptocoques,'

VULVO- VAGINITES.

staphylocoques, colli-bacilles), tantôt amicrobienne. Elle est moins grave que la vulvo- vaginite gonococcique, elle respecte ordinairement l'urètre et le vagin, elle guérit plus facilement par des moyens simples. On peut se demander pourquoi les petites filles sont si sujettes aux catarrhes génitaux alors que les petits garçons en sont presque toujours indemnes. Chez ces derniers, le prépuce constitue une barrière naturelle qui protège la muqueuse urétrale; celle-ci est en outre balayée par l’urine, et se prête mal aux inoculations accidentelles ; chez les fillettes au contraire, la vulve est pour ainsi dire exposée sans défense à tous les contacts, et sa muqueuse offre une large surface très propice à la pénétration des agents infectieux.

Vienne une maladie aiguë fébrile, une rougeole, une scarlatine, une fièvre typhoïde qui immobilise l’enfant, qui fait négliger les soins de propreté, la vulve s’irrite, s’enflamme, et on se trouve en présence d’un écoulement qui, pour n’être pas blennorragique, n’en est pas moins dangereux. C’est dans ce cas qu’on observe cette vulvite aphteuse de Parrot, qui préluderait à la gangrène de la vulve.

Dans quelques cas la vulvite nous apparaît comme la localisation d’un exanthème; j’ai vu plusieurs cas de vulvite varicelleuse, impétigineuse, eczémateuse, etc.

Revenons aux causes de la vulvo-vaginite blennorragique, car leur étude nous donnera de précieuses indications prophylactiques. Nous avons dit que la contagion devait toujours être incriminée dans ce cas. Mais les modes de cette contagion sont multiples.

Et d’abord la contagion peut être directe , quoique très rarement observée; la fillette a été victime d’une tentative de viol, ou bien c’est en jouant avec un petit garçon contaminé préalablement qu’elle a contracté sa maladie. Le contact peut également être direct, quand la fillette partage le lit de sa mère, de sa sœur, de son père, ou d’autres personnes atteintes de blennorrhagie.

Mais, dans ce cas, le contact est plus souvent indirect, l’enfant étant souillé par des draps tachés de pus. Pendant l’accouchement, la fillette nouveau-née peut être contaminée directement par le pus vaginal de sa mère, quoique le plus souvent la conjonctive seule soit atteinte. Epstein croit à la

fréquence relative de la vulvo-vaginite des nouveau-nées, la maladie restant latente d’abord pour se dévoiler par la suite.

Il est rare que la vulvo-vaginite résulte du transport à la vulve du pus conjonctival, mais ce mode de transmission a été vérifié plusieurs fois.

Trop souvent le mode de contagion nous échappe, et nous en sommes réduits à invoquer une transmission indirecte. Cette transmission peut se faire par les serviettes et linges de toilette, par les éponges, par les vases de nuit, par l’eau du bain (Suchard), par des canules servant aux injections, par les thermomètres non désinfectés (Weill).

Ces derniers agents de transmission ont été observés dans les hôpitaux, où ils ont pu créer de petites épidémies de vulvovaginite. Ordinairement la contagion est familiale , et c’est à la mère qu’il faut s’adresser pour en retrouver la source.

Dans le travail que j’ai publié à la Société des Hôpitaux, j’ai montré combien fréquente était la vulvo-vaginite dans les familles pauvres, mal logées, entassées dans des chambres étroites, dans des lits malpropres, communs aux mères et à leurs enfants. Cependant cette contagion se rencontre aussi dans les classes aisées ou riches, au milieu du confort et du luxe.

C’est dire que la contagion s’exerce facilement et qu’il faut redoubler de précaution pour en éviter les effets.

Après cet exposé sommaire de l’étiologie de la vulvovaginite infantile, je vais aborder le traitement et la prophylaxie. ;

Le traitement comprendra plusieurs subdivisions : 1° traitement de la vulvo-vaginite blennorragique ; 2° traitement de ses complications; 3° prophylaxie; 4° traitement et prophylaxie de la vulvite catarrhale ; 5° traitement et prophylaxie des autres variétés d’inflammations vulvaires de 1 enfance (gangrène, etc.).

Traitement de la vulvo-vaginite gonococcique. — Quand la vulve est très enflammée, quand il y a du gonflement des lèvres, de l’érythème de la peau, de l’intertrigo, avec douleurs pondait I la marche, cuissons et démangeaisons incessantes, envies d’uriner fréquentes, chaleur à la miction, en un mot,

V U L Y 0- VA (UNITES.

quand on se trouvera en présence des symptômes d’une violente réaction inflammatoire, il faut prescrire le repos absolu et prolongé au lit.

On appliquera en même temps des compresses imbibées d’une solution boriquée à 2 ou 3 p. 100, de sublimé à 1 p. 3000 ou 4000. On saupoudrera les parties environnantes avec un mélange d’amidon, de talc, de lycopode, d’acide borique (parties égales). On écartera les grandes lèvres et on introduira un tampon d’ouate hydrophile saupoudré de ce mélange. Indépendamment de ce pansement local laissé en permanence, on fera matin et soir, ou trois fois par jour, ou après chaque miction, un lavage à l’eau bouillie tiède, ou à la décoction de feuilles de noyer. Tous les jours on donnera un bain de siège ou un bain prolongé (une heure) qui fera rapidement tomber les phénomènes inflammatoires. Comme boissons, on donnera du lait pur ou coupé de tisane émolliente, de décoction de graines de lin, etc.

Ce traitement rappelle celui qu’on institue généralement au début de la blennorragie des adultes. Il soulage, mais il ne guérit pas ; l’écoulement purulent persiste, il faut l’attaquer directement.

On a dit que la membrane de l’hymen, chez les petites filles, empêchait l’écoulement du pus et gênait l’attaque directe de la vaginite. Quelques auteurs ont voulu supprimer cet obstacle en excisant l’hymen. Je ne sais pas si nous sommes autorisés à aller jusque-là et je doute que les familles consentissent à cette opération.

Heureusement nous pouvons guérir la vulvo-vaginite sans recourir à une thérapeutique aussi radicale. Pour cela, il faut enlever avec soin et régulièrement la sécrétion purulente de la muqueuse et s’efforcer de détruire les microbes qui l’entretiennent. C’est dire que le traitement sera antiseptique. Les grands lavages, les irrigations à l’eau bouillie ou boriquée, ou naphtolée, sont très utiles, mais ils ne donnent pas de réultats aussi prompts et aussi complets que les antiseptiques forts comme le nitrate d’argent, le sublimé, le permanganate de potasse.

Il ne suffit pas de faire des irrigations vulvaires, il faut pénétrer dans le vagin. Pour cela, on prendra une sonde en caoutchouc rouge ^sonde de Nélaton), d’un calibre en rapport

avec lage de l’enfant (nos 10, 12, 14), on l’introduira profondément à travers l’orifice hyménial, ce qui ne présentera aucune difficulté quand l’enfant, tenue par un aide, sera assise en travers de son lit et bien éclairée. Au pavillon de la sonde sera adaptée la canule d’un long tube en caoutchouc, qui lui-même aura été mis en communication avec un irrigateur ordinaire, un bock en verre ou en tôle émaillée, etc. Dans ce réservoir, on aura placé un liquide antiseptique, qui pourra être le sublimé à 1 p. 10 000, ou mieux le permanganate de potasse à 1 p. 1 000 Quand on se sert d’une solution de permanganate de potasse à 1 p. 4 000 ou même à 1 p. 2 000, on remarque que la sécrétion purulente est longue à se tarir. En employant la solution au millième, on arrive plus sûrement et plus rapidement à la guérison, A chaque injection, on fera passer un demi-litre de la solution dans le vagin. On pourra faire deux injections par jour au début, puis une par jour, une tous les deux jours, deux par semaine, à mesure que la sécrétion diminuera.

Par ce procédé, on obtient très vite la guérison de la vulvovaginite ; quelquefois pourtant la maladie parait céder au bout de quelques jours, mais une rechute ne tarde pas à survenir et il faut reprendre les injections.

Quand on emploie le nitrate d’argent, on se sert d’une solution à 1 p. 4 00, et on n’en injecte que quelques grammes dans le vagin à l’aide d’une seringue ou d’une petite poire. Dans quelques cas, on se trouvera bien d’alterner les médicaments, employant aujourd’hui le nitrate d’argent, demain le permanganate, etc.

A l’exemple de Pott (de Halle), j’avais d’abord employé les suppositoires ou crayons antiseptiques, confectionnés avec le beurre do cacao additionné à 10 p. 100 d iodoforme, de salol, de créoline, etc. Ces crayons doivent être introduits dans le vagin, à travers l’hymen, ce qui n’est pas toujours facile ; les enfants se raidissent, gênent l’intromission et quelquefois, en se contractant, elles chassent le topique.

11 vaut donc mieux avoir recours aux irrigations pour le traitement de la vaginite. Quant à l’urétrite, elle cède assez

1. Le permanganate de chaux peut être employé à la même dose.

vite sans être l’objet d’une thérapeutique spéciale. Cependant Spaeth, Cahen-Brach sont d’avis qu’on la traite localement. Ce dernier auteur a fait des injections urétrales avec des sondes de petit calibre, et il a introduit dans le canal des bougies médicamenteuses, quand il n’a pas essayé de le cautériser avec le crayon au nitrate d’argent mitigé. Ces cautérisations intra-urétrales sont très douloureuses et sans utilité. Comme le fait remarquer Epstein, il n’y a pas lieu de se préoccuper de l’urétrite, le nettoyage de la muqueuse étant assuré par le jet d’urine.

La durée du traitement varie beaucoup suivant les cas, suivant leur intensité, leur virulence, leur ancienneté plus ou moins grande, et aussi suivant les soins apportés à ce traitement. Certaines vulvo-vaginites récentes, prises à temps, cèdent au bout de deux à trois semaines; en moyenne, il faut compter six semaines à deux mois pour parfaire la guérison. Quand la maladie est invétérée, quand elle a été négligée, quand elle a pris les allures de la chronicité, elle est extrêmement rebelle et elle peut se prolonger pendant des mois. J’ai vu des cas qui ont duré deux ans, trois ans et davantage. On pouvait constater alors, en même temps que la leucorrhée, un état de faiblesse générale, avec anémie, amaigrissement, langueur, anorexie, qui pouvait faire craindre la scrofule ou la tuberculose.

En pareil cas, il ne faudra pas négliger le traitement général ; on conseillera l’huile de foie de morue, les ferrugineux, une cure maritime, une saison à Salies-de-Béarn, etc.

Toute enfant atteinte de vulvo-vaginite sera l’objet d’une surveillance étroite, destinée à prévenir les infections secondaires et les auto-inoculations. On changera fréquemment les linges souillés de pus ; on empêchera la fillette de se gratter, de porter ses doigts contaminés sur une autre muqueuse, la conjonctive, par exemple, pour éviter l’ophtalmie purulente.

Traitement des complications. — Les complications de la vulvo-vaginite gonococcique sont nombreuses ; je viens de citer Y ophtalmie purulente , et je n’ai pas besoin d’insister sur le traitement qui lui convient, car il a été exposé à l’article Ophtalmie. Mais il est tout un chapitre de complications de voisinage qui offrent un intérêt particulier. En premier lieu, c’est l’urétrite, dont le traitement n’offre d’ordinaire rien de

spécial, l’inflammation de la muqueuse urinaire cédant avec celle de la muqueuse vaginale. Toutefois, quand l’enfant se plaindra de douleurs à la miction, de sensations de brûlure dans le canal, de pesanteur au bas-fond de la vessie, on cherchera à atténuer ces manifestations par des boissons émollientes, par le lait, la tisane de graines de lin, par la suppression du vin, du café, des mets épicés et échauffants. Pas de viandes saignantes, pas de viandes rouges ou noires : potages, œufs, ragoûts, poissons bouillis. Dans quelques cas on sera autorisé à prescrire des balsamiques (cubèbe, térébenthine, santal, etc.).

S’il y a de la cystite , des urines troubles, chargées de pus Ou de sang, on fera des lavages de la vessie avec de l’eau bouillie tiède additionnée de 2 ou 3 p. 100 d’acide borique.

Dans quelques cas, la muqueuse de l’urètre fait saillie au dehors, elle est prolabée et saignante, l’enfant semble avoir des métrorragies, des règles prématurées; quand on examine sa vulve, en écartant avec soin les petites lèvres, on voit que le méat urinaire est caché, obstrué par des masses fongueuses, qui saignent au moindre attouchement, et notamment quand on fait le cathétérisme vésical. Cette complication de la vulvovaginite a été étudiée par Henoch, par Broca, par moi-même (Soc. méd. des Hôpitaux, 1896). Voici le traitement qui lui convient.

On prend une solution de nitrate d’argent à 1 p. 50, et avec un pinceau on touche tous les jours la surface cruentée; bientôt les hémorragies disparaissent et le bourgeon urétral se rétracte. Lasolutionde nitrate d’argent peut être remplacée par des attouchements avec le crayon mitigé de ce même sel. Dans quelques cas, le prolapsus urétral forme une tumeur irréductible, que le chirurgien est obligé d’exciser ; je n’ai pas vu de cas semblables, mais Broca en a opéré un. En général cette complication n’offre pas de gravité. Je signalerai pour mémoire la bartholinite, dont j’ai vu un cas chez une fillette de 2 ans; de Rochaz en a vu un autre cas ; la blennorragie ano-rectale (4 cas de llorand), dont le traitement n’olfre rien de spécial. Pour l’abcès de la grande lèvre, il faut inciser; pour la recti te il convient de faire des injections au nitrate d’argent (1 p. 500).

VU LVO - VAGINITES.

Quand la vulvo-vaginite se complique de métrite, de salpingite, de péritonite, il y a lieu de se préoccuper de ces complications et de les traiter spécialement. Le Dr Cheadle a rapporté un cas de pyosalpinx chez une lillette de 21 mois, et le Dr Marx affirme qu’en pratiquant le toucher rectal chez des filles atteintes de vulvo-vaginite, on pourrait constater assez souvent de l’empâtement dans les culs-de-sac latéraux qui dénoterait l’existence d’une salpingo-ovarite. Quand le péritoine est envahi, on peut craindre une terminaison fatale, quoique, dans plusieurs cas que j’ai observés, la guérison soit survenue rapidement. L’enfant devra être maintenue au repos absolu, dans le décubitus dorsal, avec une vessie de glace sur l’abdomen . L’alimentation sera réduite au minimum : quelques cuillerées de lait glacé ou de bouillon. On donnera de l’opium pour immobiliser l’intestin. Au bout de quelques jours on voit la fièvre tomber, les vomissements disparaître et tout rentrer dans l’ordre. Alors on pourra reprendre les injectious vaginales que la poussée péritonitique avait forcé d’interrompre.

Le rhumatisme blennorragique, d’ailleurs assez rare chez les fillettes, témoigne de l’invasion du sang par le gonocoque. Il touche un petit nombre d’articulations sur lesquelles il se fixe (genou, coude, poignet); il se termine par résolution le plus souvent. On devra immobiliser la jointure malade dans une bonne position, faire de la compression ouatée, appliquer des pointes de feu.

Prophylaxie de la vulvo-vaginite gonococcique . — Déjà, en 1891, dans mon mémoire à la Société des Hôpitaux, j’avais posé les règles de la prophylaxie de la vulvo-vaginite dans les familles, dans les écoles, dans les hôpitaux. Voici comment je m’exprimais alors : « Si l’on veut prévenir l’apparition de la vulviteet de la vulvo-vaginite des petites filles, il faut accepter la notion de contagiosité de la maladie pour la généralité des cas. On évitera alors tout contact suspect : aux femmes qui ont des flueurs blanches ou des écoulements de quelque nature que ce soit, on dira que ces écoulements peuvent se transmettre à leurs filles soit par la communauté du lit, soit par celle des objets de toilette intime (éponges, linges, etc.). On leur conseillera de se traiter et de se guérir de ces écoulements; les injections vaginales pendant les dernières semaines de la gros-

sessc servent de prophylaxie à l’ophtalmie des nouveau-nés; de même pour la vulvilc des petites filles. On éclairera les familles sur la possibilité de la transmission d’une ophtalmie à la vulve et d’une vulvite aux yeux, et l’on fera tout pour éviter le transfert du pus d’un organe à l’autre.

« Dans les pensions de jeunes filles, dans les hôpitaux, dans les dispensaires, dans les stations thermales, on interdira l’usage des piscines communes aux petites filles, à moins d’être sûr qu’aucune d’entre elles n’est atteinte de vulvite. Et encore serait-il plus prudent de réserver à chacune sa baignoire, comme nous le faisons au Dispensaire de la Société philanthropique, où nous avons tou jours refusé de nous servir de la piscine, que nous avons supprimée et remplacée par des baignoires. Après qu’une enfant atteinte de la vulvite aura pris un bain, il faudra nettoyer avec soin la baignoire à l’eau bouillante pour tuer les germes de cette vulvite. J’ai pour habitude de donner des bains à toutes les fillettes atteintes de vulvovaginite qui viennent au Dispensaire, et grâce à ces mesures, la propagation du mal a toujours été évitée.

« 11 serait prudent également de ne pas livrer à la blanchisseuse les linges souillés de pus avant de les avoir plongés dans l’eau bouillante ou dans une solution de sublimé à 1 p. 1 000.

« Une fillette atteinte de vulvite doit-elle être exclue de l’école ? Oui, si la maladie est aiguë, s’il y a des démangeaisons, si l’enfant porte incessamment les doigts aux parties génitales, car elle peut alors communiquer des vulvites et des ophtalmies à scs camarades en jouant avec elles. »

Je n’ai que peu de chose à ajouter à ces conseils ; cependant, il est des points particuliers sur lesquels il faut attirer l’attention :

On a vu dans les hôpitaux des épidémies de vulvovaginite avoir pour origine les thermomètres qui servaient au relevé des températures rectales sans avoir été désinfectés soigneusement après chaque introduction. Si l’on ne peut assurer à chaque enfant un thermomètre individuel, il faut plonger le thermomètre qui vient de servir dans une solution forte de sublimé (1 p. 500) ou d’oxycyanurc de mercure (4 p. 1 00).

Epstein dit que chez une fille nouveau-née dont la mère a

VU LVO- VAGINITES.

un écoulement, il est aussi important de faire la désinfection de la vulve que celle des yeux, et il ajoute que le premier bain de l’enfant doit être antiseptique. Enfin, chez une enfant nouveaunée qui a de l’ophtalmie purulente, il faut prendre toutes les précautions pour ne pas transporter les sécrétions conjonctivales sur la vulve au moment du bain, ou quand on lave ou habille l’enfant.

Traitement et prophylaxie de la vulvite simple ou catarrhale . — Dans les cas de catarrhe simple de la vulve chez les fillettes bien portantes ou souffrant de quelque maladie aiguë (fièvre éruptive, typhoïde), le traitement n’offre pas de grandes difficultés. Sans avoir recours aux antiseptiques forts que l’écoulement non microbien ou à microbes vulgaires n’indique pas, on se contentera de soins minutieux de propreté : lavages à l'eau boriquée ou simplement bouillie, poudrage des parties malades après les mictions et les lavages, bains tièdes, etc. Ces toilettes de la vulve sont indispensables dans tous les cas de maladies aiguës, particulièrement dans la rougeole, dans la scarlatine, dans la fièvre typhoïde. Si elles sont négligées, il faut s’attendre à voir survenir des vulvites simples ou ulcéreuses, des inflammations diphtéroïdcs ou gangreneuses.

En général les simples lavages extérieurs suffisent pour ces formes non gonococciques; s’il y avait de la vaginite, on n’hésiterait pas à faire des irrigations profondes et abondantes.

Quand les fillettes auront des formes torpides, prolongées ou récidivantes, quand leur état général laissera à désirer (pâleur, lassitude, amaigrissement), on joindra au traitement local un traitement général, on fera prendre des bains salés, des bains de mer, on donnera de l’huile de foie de morue, du sirop iodo-tannique, etc.

Traitement et prophylaxie des autres inflammations vulvaires de Tenfance. — Indépendamment de la vulvo-vaginile simple ou spécifique, on peut observer du côté des organes génitaux externes des petites filles différentes lésions plus ou moins graves : muguet, érysipèle, phlegmon, diphtérie, syphilis. Outre le traitement local, qui ne diffère pas beaucoup de celui que nous avons indiqué plus haut, on instituera un traitement général en rapport avec chaque maladie en particulier.

La diphtérie indiquera l’usage du sérum de Roux, la syphi-

lis commandera l’emploi des mercuriaux. Qu’il y ait de la diphtérie, du muguet, de l’érysipèle, de la syphilis, le bain de sublimé à 1 p. 10 000 rendra toujours de grands services, et il pourra être répété tous les jours.

Reste la gangrène de la vulve, la vulvo-vaginite gangreneuse, qui appelle des soins spéciaux. La gangrène de la vulve résulte d’une infection secondaire; elle se rencontre chez les fillettes débilitées parla rougeole, la fièvre typhoïde, la variole, la scarlatine, surtout quand la vulve n’a pas été l’objet des soins de propreté que nous avons rappelés plus haut. La cachexie général est à incriminer avant tout, mais il ne faut pas oublier la lésion locale, la porte d’entrée. Surveiller étroitement la vulve dans toutes les maladies fébriles de l’enfance, c’est faire la prophylaxie de la gangrène. Quand la maladie est déclarée, il faut intervenir sans perdre de temps.

Si le sphaeôle est superficiel, on pourra essayer de l’enrayer par des cautérisations à la teinture d’iode, au perchlorure de fer, au nitrate d’argent, au sublimé, au chlorure de zinc, au permanganate de potasse. Mais il est préférable de faire un pansement sec, de bourrer la vulve d’iodoforme, ou de salol, en mettant un bandage en T garni d’ouate hydrophile.

Quand il y a des eschares profondes, il faut les limiter avec le thermocautère, et quand elle se détachent, on cherche à désinfecter le foyer à l’aide de l'eau oxygénée ou du permanganate de potasse à 1 p. 1 000. Dans l’intervalle des pansements, on maintiendra sur la vulve des compresses imbibées de sublimé à 1 p. 2 000.

En même temps, on donnera des toniques généraux, des grogs, de l’extrait mou de quinquina, une alimentation aussi succulente que l’enfant pourra la supporter (lait, crèmes, jus de viande, purée, etc.).

XÉRODERMA PIGMENTOSUM

Kaposi a décrit sous ce nom, en 1870, une atrophie diffuse de la peau, épiihéliomatose pigmentaire de E. Besnier, rnélanose

XERODEUMIE PILAIRE.

lenticulaire progressive de Rotch, etc., qui se développe dans la première enfance et jusqu’à l’adolescence.

Dans le cas de Rotch, il s’agissait de deux soeurs âgées de () et 7 ans ( Arch . of Pedialrics, 1898) prises de très bonne heure; on peut invoquer l’influence familiale et parfois l’hérédité cancéreuse (Barré, Thèse de Paris , 1890).

Affection très grave, fatalement progressive. Aspect multicolore et bigarré du corps : taches de rousseur, cicatrices, plaques parcheminées, tumeurs sarcomateuses, angiomateuses, etc. Le diagnostic est facile, car cette dermatose bariolée, avec ses taches grises et rouges, ses cicatrices, ses télangiectasies, ses tumeurs, ses ulcérations, le lentigo, l’ectropion, la blépharite, l’épiphora, les lésions labiales qui les accompagnent, ne ressemble à aucune autre.

TRAITEMENT

On a proposé de donner à l’intérieur le chlorate de potasse, l’arsenic, à doses fortes et progressives, en suspendant tous les dix ou quinze jours, pour éviter l’accumulation. On a fait aussi des extirpations, curettages, greffes, autoplasties, des injections de toxines de streptocoques, des applications de sulfate de cuivre, de nitrate d’argent, d’ichthyol, d’acide salicylique.

On a essayé l’action des verres colorés en rouge et en vert (action des rayons rouges et verts) sans aucun succès.

Devant la gravité de la maladie, on est autorisé à tout tenter.

XÉRODERMIE PILAIRE

La xérodermie ou kératose pilaire , folliculite rouge d’Erasmus Wilson, est caractérisée par le dépôt de lames cornées autour des poils dans certaines régions, d’où résultent de petites saillies sèches et dures cerclées par les poils.

La maladie débute dans la seconde enfance, surtout dans le sexe féminin; elle est héréditaire. Elle se distingue de l’ichthyose par sa localisation et son évolution. Elle siège au côté postéro-extcrne des bras et avant-bras, des cuisses, jambes, aux

fesses, hanches, etc. A la face, la partie externe des sourcils est glabre, les joues sont rouges et granitées.

La kératose pilaire peut conduire à la dépilation.

Les enfants étant souvent lymphatiques ou scrofuleux, on prescrira l’huile de foie de morue, l’arsenic, le sirop iodo-tannique.

Localement on fera des onctions grasses : glycérine, glycérolé d’amidon, huile. On prescrira des bains émollients (son, amidon), des savonnages, etc. On arrivera ainsi à pallier la lésion.

ZONA

Le zona, ou herpès zoster, est une névrite spéciale qui peut être spontanée et alors ne récidive pas (fièvre zostérienne de Landouzy), ou provoquée par un traumatisme, une lésion vertébrale, une intoxication, etc.

La maladie est caractérisée par l’éruption de groupes herpétiformes disposés le long des trajets nerveux ; ces groupes forment au thorax une demi-ceinture qui ne dépasse pas ou dépasse peu la ligne médiane; ailleurs ils sont disposés en bandes longitudinales (nerfs des membres) ou en éventail (zona ophtalmique).

Le zona se distingue de l’herpès par le groupement régulier de ses éléments sur le trajet des nerfs.

Chez l’enfant, la maladie est très bénigne, peu ou pas douloureuse, sans suites fâcheuses, sans névralgies consécutives.

TRAITEMENT

Le traitement est surtout local ; cependant, s’il y a de la fièvre et de l’embarras gastrique (le cas n’est pas rare), on commencera par un purgatif; huile dericin(10 à 15 grammes), scammonéc (25 à 50 centigrammes), sulfate de soude (10 à 20 grammes).

ZONA.

On calmera les démangeaisons qui portent L’enfant à se gratter, et qui pourraient aboutir à des lymphangites, adénites et abcès de voisinage, par des poudrages avec l’amidon ou le mélange suivant :

% Poudre d’amidon 40 grammes.

Oxyde de ziuc 20 —

Acide borique porphyrisé 10 —

On poudre le zona, et on recouvre le tout d’une couche de coton hydrophile. On maintient le pansement par un bandage et on ne l’enlève qu’au bout de cinq à six jours : alors la dessiccation est faite et on peut panser les croûtes avec :

% Vaseline 30 grammes.

Acide borique 4 —

S’il y avait des phlyctènes par confluence des vésicules, on les percerait avec la pointe d’une lancette flambée, et on panserait comme dans les brûlures.

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