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TRAITEMENT GÉNÉRAL NON SPÉCIFIQUE

Le traitement général non spécifique de la diphtérie, y compris l’hygiène thérapeutique, s’applique à tous les cas, à toutes les localisations, aussi bien à l’angine qu’au croup, il l’ophtalmie qu’à la rhinite membraneuse; je vais l’exposer dans ses grandes lignes.

A. Hygiène. — La chambre du diphtérique doit être grande, aérée, exposée au midi, chauffée modérément (16 à 18°), chargée de vapeur d’eau. 11 faut que le malade respire dans une atmosphère humide; l’air sec ne lui est pas favorable.

On ne craindra pas d’ouvrir largement les fenêtres, en protégeant convenablement le patient contre les courants d’air et le froid. On donnera des inhalations cl' oxygène. En hiver, le feu de bois, dans une cheminée ouverte, est le mode de chauffage le plus sain, répandant le moins d’odeur, viciant le moins l’air ambiant, le desséchant le moins et facilitant le plus son renouvellement. De même l’éclairage à la bougie, pour des raisons semblables, sera préféré à l’éclairage par l’huile ou par le gaz.

Pour saturer la chambre de vapeur , on aura soin de maintenir constamment sur le feu une casserole pleine d’eau, qu’on aromatisera au besoin avec des feuilles d' eucalyptus .

On s’efforcera, par tous les moyens, d’assurer Y alimentation de l’enfant; on lui donnera des aliments liquides ou en purées, du lait, des crèmes, des purées de légumes, des jus de viande; s’il ne peut pas avaler, on prescrira des lavements de peptone.

B. Traitement médicamenteux. — 1° Pour tonifier le malade, on lui fera prendre une certaine quantité de vin généreux ou de cognac suffisamment dilué (100 à 200 grammes de vieux Bordeaux, Malaga, Xérès, Madère, etc. ; 20 à 60 grammes de cognac ou de rhum en grogs ou en potion). On donnera en même temps le café , Y extrait de quinguina et on poussera l’enfant à boire beaucoup pour uriner davantage et éliminer par le rein le plus de toxines possible.

D IP H TÉRIE.

S’il y a une albuminurie notable, on s’abstiendra d’alcool, mais on continuera le café noir, le café au lait, etc.

2° On veillera à la liberté du ventre, donnant un purgatif (huile de ricin, calomel, jalap, scammonée),’ s’il y a de la constipation; des astringents et des antiseptiques intestinaux, s’il y a de la diarrhée (bismuth, bcnzonaphtol).

3° Comme remèdes internes de la diphtérie, on a conseillé, avec des succès divers et incertains, les balsamiques tels que le cubèbe et le copahu, le perchlorure de fer, le chlorate de potasse, la pilocarpine, l’iodure de potassium, le mercure, etc.

C’est à Trideau (d’Andouillé, Mayenne) qu’est dû le traitement de l’angine couenneuse par les balsamiques (Paris, 1874). Il s’est servi du cubèbe et du copahu , qu’on pourra prescrire comme suit :

% Cubèbe fraîchement pulvérisé 12 grammes.

Sirop simple 100 —

Vin [de Malaga j Ta. . . 20 -

F. s, a. Sirop. Pour un enfant de 6 ans.

On fait prendre 12 à 20 grammes de cubèbe par vingtquatre heures.

Si le médicament provoque de la diarrhée, on ajoute quelques cuillerées à café de sirop diacode.

On a pu donner des pilules ainsi composées :

% Copahu solidifié officinal 0 gr. 30.

Cubèbe 0 gr. 20.

Pour une pilule.

L’enfant en prendra autant qu’il a d’années; on écrasera ces pilules dans du miel, de la confiture, de la pomme cuite, etc.

Si le médicament provoque un érythème scarlatiniforme, cela est d’un bon augure.

Trideau donnait encore le cubèbe en lavement :

% Cubèbe fraîchement pulvérisé 6 grammes. <

Décoction de racines de guimauve. . . . 200 —

Pour un lavement ; répéter toutes les 6 heures.

C. Paul a fait préparer un saccharure d’extrait de cubèbe qui serait bien accepté par les enfants :

% Extrait de, cubèbe par l’eau, l’alcool et l’éther. ... 1

Poudre de gomme 2

Poudre de sucre 7

Prendre quatre cuillerées à café par jour de cette poudre délayée dans de l’eau.

Voici une formule de J. Bergeron :

% Baume de eopahu 1/2 à 1 gramme.

Alcool 10 —

Sirop d’écorces d’oranges 20 —

Ilydrolat de menthe 100 —

F. s. a. Potion. Par cuillerées de 2 en 2 heures.

Sanné a prescrit :

% Oléo-résine de cubèbe • . . 2 grammes.

Julep gommeux 120 —

Par cuillerée à soupe de 2 en 2 heures.

Quoique nous ne devions pas nous faire d’illusion sur le traitement général non spécifique de la diphtérie, on peut dire que les balsamiques, tels que le cubèbe et le eopahu, sont les agents qui méritent le plus de confiance.

4° Ils méritent assurément plus de confiance que le perchlorure de fer, le brome et le bromure de potassium, Yiodure de potassium, les mercuriaux qui ont été tour à tour vantés par les auteurs.

5° Le chlorate de potasse a été donné maintes fois et à haute dose; il était d’usage courant à l’hôpital des Enfants-Malades, il y a quelques années :

% Chlorate de potasse 4 grammes.

Émétique 0 gr. 10.

Oxymel scillitique 40 grammes.

Sirop d’ipéca 30 —

Infusion de polygala ISO —

F. s. a. Potion.

Or, ce médicament offre des dangers; quand il est employé à dose forte, il menace l’intégrité des globules du sang; c’est un dissolvant des hématies, il doit être réservé pour l’usage externe.

DIPHTERIE.

6° Les diurétiques au contraire, Yoxymel scillitique, le benzoate de soude, peuvent être prescrits impunément.

7° La pilocarpine, qui a été conseillée très vivement à un moment donné, à cause de son action sialagogue et sudorifique, soit en potion, soit en injections sous-cutanées, a l’inconvénient grave d’affaiblir les malades et d’exposer au collapsus cardiaque. On doit y renoncer.

En somme, la pharmacie ne nous fournit pas de remède spécifique, d’une action prompte et sûre contre la diphtérie; nous devons nous borner à soutenir les malades par une bonne hygiène alimentaire , par Yaération et Y oxygénation, par Yalcool, le quinquina, le café; nous devons insister sur les évacuations et Y antisepsie intestinales et favoriser la diurèse par le régime lacté, les boissons et une potion dans ce genre :

% Caféine 1/2 à 1 gramme.

Benzoate de soude 2à 3 —

Extrait de réglisse S —

Oxymel scillitique j

Sirop des cinq racines j aa. . . •>

Décoction de chiendent 100 —

F. s. a. Potion. A prendre, par cuillerées, de 2 en 2 heures.

On usera très modérément des vomitifs, et seulement au début, quand les malades sont forts, peu déprimés par l’infection diphtérique.

Le vomitif peut bien détacher quelques fausses membranes et nettoyer l’estomac des débris putrilagineux déglutis ; mais il a l’inconvénient d’imprimer de violentes secousses au patient et d’affaiblir l’action du cœur.

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