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Fort Mac-Leod, 12 janvier 1885

que nous avous un temps délicieux. Beau soleil comme à la fin d'août, presque pas de gelées, pas de neige, et nos vastes plaines presque aussi charmantes que dans les beaux mois de l'été, comme vous diriez par chez vous.

— Le R.P. BoisRAMÉ nous a communiqué une lettre du P. LeGaz, où se trouvent des détails tristement intéressants sur la mission des Pieds-Noirs :

Fort Mac-Leod, 12 janvier 1885.

1} faut l’avouer, ces pauvres Indiens se montrent bien indifférents à l'appel de la grâce. Les causes de cetlo inditérence sont multiples, La principale, sans doute, est la propagande protestante qui se multiplie chaque jour. Chaque secte veut être représentée sur des réserves sauvages qui ne comptent guère plus de deux mille Indiens. Que voulez-vous que comprennent de pauvres sauvages ignorants à lous ces credos divers? Comment démêler la vérité de l'erreur? Aussi le plus clair résultat de cette situation est qu'ils restent également indifférents à tous les appels et s'attachent avec plus de ténacité à leurs superstitions traditionnelles et aux pratiques plus ou moins ridicules de leur culte.

En tous cas, l'œuvre de Dieu et de l'évangélisation n'avance pas. Il faut le reconnaitre aussi, tout nous manque pour lutter contre cette effrayante propagande protestante : les sujets et les ressources pécuniaires. Je suis seul pour deux réserves, alors que, pour ces mêmes réserves, il y a quatre ministres protestants et au moins trois écoles. lis ont des maisons d'habitation et d'école assez bien bâties, tandis que je n'ai que deux misérables petiles constructions plus mauvaises que les maisons de plusieurs de nos sauvages. Que voulez-vous faire sans ressources ? ll ne faul pas compter sur les sauvages ; ils se ferdät payer le plus cher possible le moindre petit

service rendu. Obligé que je suis de résider alternativement sur chaque réserve, je ne puis naturellement faire rien de suivi, ni école, ni instruction.

Quand cet état de choses sera-t-il modifié ? je ne sais. 11 devrait l'être immédiatement, car nous perdons du terrain tous les jours. Il nous faudrait des ressources et des ressources considérables et cela présentement. Ii faudrait des sujets se préparant à venir nous aider, et je ne vois rien. Cependant, ce n’est pas dans un an ou même deux ans que l’on peut posséder une langue assez difficile, de façon à pouvoir agir avec quelque efficacité auprès des sauvages. Faut-il se décourager ? Non certes. Mais pourtant je ne puis m'empêcher de souffrir de voir l'erreur se répandre et nos efforts paralysés par une résislance qui s’accentue sur tous les points.

ll ya quatre ans, quand j’arrivai ici, nous nous trouvâmes deux pour ce travail de l’évangélisation des Pieds- Noirs répartis en quatre différentes réserves : le R. P. Doucer et moi. En ce moment nous sommes encore deux. L'excellent P. Van TiGneM a remplacé le P. Doucer.

Cependant la Providence nous a envoyé un ouvrier de choix dans la personne de notre vénérable supérieur, Le R. P. LacomBe. Mais le R. P. LAcOMBE est absorbé par le souci de l’école industrielle dont il est nommé principal. C'est une œuvre importante, sans coniredit, mäis cependant c'est une œuvre limilée, le nombre des élèves ne devant s'élever qu’à trente ou quarante environ. Les commencements de cette école n'ont pas été sans épreuves et toutes les difficultés ne sont pas encore aplanies. Si l’épreuve est le cachet de Dieu, nous avons lieu de nous féliciter.

Dernièrement je faisais, avec un autre délégué du R. P. LacoMpE, une tournée dans un camp #uüvage, pour recruter des élèves. C'était justement le étifb: oŸles mi-

nistres et maftres d'école protestants pullulent. Je ne vous dirai point toutes les contradictions que nous avons rencontrées, toutes les objections ridicules et méchantes qu'il a fallu détruire. Il est pénible de voir des gens, qui prétendent travailler à la civilisation des pauvres enfants de la prairie, profiter de leur ignorance et de leur caractère soupçonneux pour répaudre l'erreur et les préjugés les plus absurdes. L'agent des sauvages lui-même, épousant la querelle de ses ministres, nous fit toutes sortes de difficultés, n’exécutant que de très mauvaise grâce les instructions reçues de son département. Malgré tous ces obstacles, nous réussimes au-delà de nos espérances; nous eûmes le nombre d'élèves fixé d'avance pour cette réserve et il nous fallut refuser quelques demandes. Dieu en soil béni! avec le temps ces préjugés tomberont et nos ennemis resteront avec la honte de leur fraude infructueuse.

Priez beancoup, mon révérend Père, et faites prier pour nous et nos pauvres sauvages. Je me recommande

moi-même aux ferventes prières du noviciat.

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