‹ Fortunio, comédie lyrique en quatre actes et cinq tableauxChapitre 8 sur 84 · ACTE PREMIER H · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER H

LANDRY

Ça passera, corbacque !

Oh ! non ! La vie Que tu mènes, vois-tu, n'est point ce que j'envie

Je suis très tendre et très farouche, Parfois je me jette à genoux, Et je sens monter à ma bouche Des mots inconnus et très doux.

Je les dis à celle que j'aime.

Et pourtant ne la connais pas, Mais elle est bien près tout de même Puisque je les lui dis tout bas.

Elle est à moi, je suis sa chose, J'ai mêlé pour la composer Une étoile, un lys, une rose, Un rêve, une larme, un baiser.

Je l'adore et je la redoute Elle est ma crainte et mon espoir, Je voudrais la posséder toute.

Et pourtant j'ai peur de la voir;

12 F0RTUN10

Mais une chose me console :

C'est que sans doute je mourrai Sans prononcer une parole Le jour où je la connaîtrai.

LANDRY

Corbleu ! quelle mélancolie !

Je suis le cousin d'un saule pleureur.

Oh oui j'ai peur... peur de la vie, Peur de l'espoir, peur du bonheur.

J'ai peur de tout ce que j'envie, J'ai peur de moi-même... j'ai peur.

LANDRY

Chasse cette crainte importune Toutes les femmes, mon mignon,

Te consoleront d'une Et c'est ce qu'elles ont de bon Et puis au diable ta chimère Nous passerons tous deux du joli temps L'étude donne sur les champs Et disparaît sous le lierre.

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