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ÉTUDE SUR LES MÉTAUX

QUI COMPOSENT LES OBJETS DE CUIVRE, DE BRONZE, DÉTAIN, D'OR ET D'ARGENT, DÉCOUVERTS PAR M. DE MORGAN DANS LES FOUILLES DE DAHCHOUR, OU PROVENANT DU MUSÉE DE GIZÈH

PAR

Cette étude comprend les chapitres suivants :

1° Remarques générales sur la nature et l'origine des métaux employés par les anciens Egyptiens, et spécialement sur le cuivre, l'étain, l'or et l'argent qu'ils mettaient en œuvre.

2° Sur l'altération lente des objets de cuivre, au sein de la terre et dans les Musées.

3° Sur l'altération lente des objets d'argent au sein de la terre.

4° Efflorescences recueillies sur les grès tendres, dans les galeries creusées au temps de la xii'' dynastie, à Dahchour.

5° Analyse des objets de cuivre, d'étain et de bronze, provenant des fouilles de Dahchour et autres.

6° Analyse des objets d'or et d'argent, provenant des fouilles de Dahchour.

I. Remarques générales sur la nature et l'origine des métaux employés par les anciens Égyptiens, et spécialement sur le cuivre, l'étain, l'or et l'argent qu'ils mettaient en œuvre.

La question de l'origine des métaux joue un rôle essentiel dans l'histoire de la civilisation; mais elle ne peut être résolue que par l'analyse de nombreux objets, de date et d'origine certaines. Je n'ai pas l'intention de parler ici du fer, sur lequel je n'ai pas fait jusqu'ici de recherches personnelles. Mais je me suis beaucoup occupé du cuivre, de l'étain et du bronze, depuis dix ans et plus, et la présente étude comprend en outre divers objets d'or et d'argent, découverts par M. de Morgan, et dont il m'a confié l'analyse. C'est ce qui m'autorise à présenter ici quelques vues générales sur les problèmes soulevés par mes propres recherches : je m'y renfermerai, pour ne pas embrasser un domaine trop étendu et, dans certaines parties, trop obscur. Il s'agit surtout des données

l32 M. BERTHELOT.

fournies par ranal3^se pour la provenance des métaux que je viens de nommer, ainsi que pour la connaissance des procédés suivis dans leur fabrication.

Je m'occuperai d'abord du cuivre, de l'étain et du bronze, formé par leur alliage.

Le cuivre peut être obtenu par le traitement du cuivre natif, comme on l'observe avec les minerais du Lac Supérieur, dans l'Amérique du nord. Mais le plus ordinairement on le prépare soit par la réduction de ses minerais oxygénés (oxydes, carbonates, etc.), soit par le grillage de ses sulfures simples ou complexes, combiné avec l'emploi des agents réducteurs. Quels étaient les procédés suivis dans l'ancienne Egypte? Pour le savoir, il faudrait bien connaître les minerais exploités à cette époque, et spécialement ceux du Sinaï, si importants à l'époque des premières dynasties. Les mines existent encore, ainsi que les traces des anciennes exploitations, et leur examen, celui des inscriptions que l'on doit y trouver, jettera sur ces questions une vive lumière. On y retrouvera sans doute les anciens minerais et peut-être les restes des fourneaux antiques, ou tout au moins les scories qu'ils ont dû laisser. Jusqu'à ce qu'on ait recueilli ces documents et analysé ces minerais et ces scories, il convient de demeurer sur la réserve. Le seul fait essentiel à cet égard, résultant des analyses que je vais présenter, c'est l'existence dans certains échantillons d'une dose d'arsenic très notable, lequel accuse la mise en œuvre de certains minerais déterminés.

Jusqu'ici je n'ai parlé que du cuivre pur. Mais l'existence du bronze parmi les objets analysés soulève des problèmes particulièrement intéressants. En effet, le bronze implique l'emploi de l'étain. Or, les gîtes de l'étain étaient rares et fort éloignés des centres des anciens empires, tels que ceux de l'Egypte et de la Chaldée. La présence de l'étain et de ses alliages, surtout à l'état d'alliages riches en ce métal et d'un usage courant, soulève dès lors des problèmes capitaux, relatifs aux anciennes navigations depuis l'Indo-Chine, ou les Iles Britanniques, et aux routes de commerce des temps préhistoriques. Par là même, l'existence d'un âge du cuivre pur, ayant précédé l'âge du bronze, a été soulevée et rendue fort probable.

L'analyse chimique joue ici un rôle d'autant plus essentiel, que les bronzes pauvres en étain sont rouges comme le cuivre, et que les bronzes, même riches en étain, à la suite d'une altération prolongée au sein de la terre, revêtent le même aspect que le cuivre pur, placé dans les mêmes conditions, en raison de la formation des sous-oxydes de cuivre. Tel est, par exemple, un anneau dont je vais présenter l'analyse et qui renferme 8 centièmes d'étain et 76 centièmes de cuivre; le tout s'étant fortement oxydé, par suite de l'action du temps, offre maintenant la même teinte et le même aspect cju'un vase de cuivre pur, trouvé au voisinage. Aussi les conservateurs des musées ont-ils souvent confondu tous ces objets, sous une même dénomination; par une habitude traditionnelle, ils ont désigné sous le nom de bron-es à la fois les alliages et les objets de cuivre pur, désignation qui a jeté la plus grande confusion dans nos études.

Cette confusion ne fait d'ailleurs que reproduire celle qui existait chez les Anciens entre les matières constitutives des objets désignés sous les noms de /aX^ôc, d'œs, d'airain, etc.

Le mot cuii're, employé aujourd'hui par l'industrie dans un sens aussi compréhensif, serait préférable au mot bron\e, dont le sens est plus limité.

Malheureusement l'emploi des dénominations rigoureusement définies par la Chimie ne s'est pas encore vulgarisé chez les historiens et les archéologues, ainsi que le montre l'emploi absolument erroné qu'ils continuent à faire de certains mots, tels que le mot moderne nitre ou salpêtre, sel inconnu de l'antiquité, au lieu de la dénomination ancienne natron (sulfate ou carbonate de soude); tel encore le mot de sel ammoniac, qui désignait dans l'antiquité un sel fixe, tout à fait différent du chlorhydrate d'ammoniaque des chimistes d'aujourd'hui; le mot d'df^frr, au moyen âge,

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qui désignait à l'époque arabe le cinabre, couleur rouge et que les lecteurs des livres de cette époque traduisent à tort par couleur bleue; et beaucoup d'autres.

L'or et l'argent soulèvent des problèmes analogues, et particulièrement celui de leur alliage naturel, l'Electrum, qui se trouve à l'état natif, et qui a été regardé jusqu'au vi'= siècle de notre ère comme un métal particulier; il a même été employé à la fabrication des monnaies en Asie mineure jusque vers le temps d'Alexandre le Grand. Il portait chez les Égyptiens le nom d'asem (voir mes Origines de l'Alchimie, p. 215); nom qui désignait également à l'époque gréco - égyptienne des alliages destinés à imiter l'or et l'argent et formés des métaux les plus divers {Introduction à la Chimie des Anciens, p. 62). Or, les objets égyptiens désignés dans les musées comme constitués par de l'or doivent renfermer souvent une certaine dose d'argent, dont la présence a été méconnue : du moins j'en ai trouvé dans tous les objets provenant des fouilles de Dahchour, comme si les Égyptiens n'eussent pas su, à cette époque reculée, préparer l'or absolument pur. Leur argent, au contraire, ne renferme pas d'or en proportion sensible, mais toujours un peu de cuivre, probablement ajouté à dessein. Quant à l'arsenic, qui joue un si grand rôle dans les manipulations alchimiques de l'époque gréco -égyptienne, et dans les soudures d'orfèvres jusqu'à notre temps, je n'en ai pas rencontré trace dans les objets d'or et d'argent que j'ai analysés.

Quoi qu'il en soit, il convient de multiplier les analyses des objets dont la date est connue d'une manière certaine, ou du moins approchée. C'est un travail auquel je me livre depuis plusieurs années,' ainsi que plusieurs savants d'autres pays, parmi lesquels je suis heureux de citer M. Chantre, de Lyon; M. G. Bapst; M. Virchow, de Berlin; M. Much {Die Kupferieit in Europa), de Vienne; M. Flinders Pétrie, en Angleterre; M. J.-H. Gladstone, qui s'occupe avec tant de zèle de l'analyse des métaux antiques du British Muséum, etc.

Avant d'exposer les résultats de mes analyses, il me paraît utile de signaler quelques expériences et observations, relatives à l'altération des objets de cuivre et d'argent, conservés sous terre, observations indispensables pour l'intelligence des analyses elles-mêmes.

n. Sur l'altération lente des objets de cuivre au sein de la terre et dans les Musées.

Les objets en cuivre que l'on trouve ensevelis au sein de la terre et en contact avec elle depuis plusieurs siècles sont recouverts d'une patine verdâtre et d'une couche terreuse analogue, d'épaisseur variable. Le métal lui-même est transformé plus ou moins profondément en oxyde cuivreux. Si on enlève la patine, elle ne tarde pas à se reproduire, c'est-à-dire que le métal se couvre d'efflorescence; dans tous les cas, il se désagrège lentement, au contact de l'atmosphère de nos climats. Ce sont là des faits bien connus des conservateurs des Musées et des archéologues, qui désignent sous le nom de métaux «malades» les échantillons atteints par ce genre d'altération.

Peut-être ne sera-t-il pas inutile d'en exposer ici le mécanisme, tel qu'il résulte des expériences spéciales que j'ai faites pour l'approfondir.

I. j'ai réuni dans les ouvrages suivants les publications que j'ai faites, à diverses époques, sur le bronze : Introduction a t.a Chimie des anciens, i8Sg. — Sur quelques 7nétaux et minéraux provenant de V ancienne Chaldée, p. 21g.

— Sur l'étain, p. 250. — Sur V airain, p. 23o. — Sur le plomb, p. 264. — Sur le nom du bronze, p. 275.

La Chimie au moyen âge, t. I, Essai sur ta transmission de la Science antique, 1893. — Sur V origine du nom du bronze, p. 356. — Sur les âges du cuivre et du bronze et sur le sceptre de Pépi F'', roi d'Egypte, p. 359. — Sur les noms de Ntain, p. 367.

— Sur quelques objets de cuivre provenant des fouilles de AI. de Sarzec en Chaldée, p. Sgi.

i34 M. BERTHELOT.

L'analyse montre que la couche superficielle verdâtre, que je viens de signaler, est constituée en grande partie par de l'atakamite, oxychlorure cuivrique qui répond à la formule

3 Cu O, Cu CP, 4 H^ 0.

On y trouve aussi des traces de sels de soude.

Or l'altération observée est produite par l'action des sels contenus dans les eaux saumâtres, qui imprègnent le sol, particulièrement du chlorure de sodium. Il suffit, en effet, de déposer quelques gouttes d'eau salée sur une lame de cuivre pour en déterminer l'attaque, avec formation d'oxychlorure cuivrique. Il est bien entendu d'ailleurs que cette attaque n'est pas due à une substitution directe du cuivre au sodium, substitution impossible dans ces conditions, d'après les principes thermochimiques. Mais elle résulte de l'action de l'oxygène de l'air et de l'acide carbonique, agissant simultanément sur le cuivre et sur le chlorure de sodium, avec le concours de l'humidité, le tout conformément à l'ensemble des deux équations suivantes :

(i) 4Cu + 4 0 = 4CuO,

(2) 4 Cu O + 2 Na Cl + C0= -f 4 H= O = 3 Cu O, Cu Cl=, 4 H= O + CO^ Na^

La réaction (2) est exothermique, comme le montre un calcul facile à répéter : c'est la chaleur propre de formation de l'oxy chlorure (-(- 2 3*-*', o) qui détermine le phénomène, en admettant, conformément à l'expérience, la présence ou la formation d'un excès d'oxyde de cuivre, par rapport aux autres composants. *

La transformation continue qui amène peu à peu la masse métallique à l'état d' oxychlorure, sous l'influence des eaux saumâtres, renouvelées à diverses reprises, ou agissant en grandes masses, est dès lors facile à comprendre.

Mais il reste à rendre compte de la désagrégation spontanée du métal, après qu'il a été extrait de la terre et placé dans un Musée. Or, cette désagrégation s'accomplit sous l'influence de la petite quantité de chlorure de sodium, qui demeure confinée dans la matière. J'ai reconnu que le mécanisme qui y préside est le suivant.

Une première dose d'oxychlorure cuivrique ayant été formée par les réactions précédentes, et les sels solubles correspondants écartés par des influences capillaires, admettons qu'une nouvelle proportion de chlorure de sodium dissous arrive en contact à la fois avec cet oxychlorure et le cuivre métallique : il se formera aussitôt, par une réaction lente, mais facile à reproduire dans un flacon de laboratoire, un chlorure double cuivreux et sodique. Le surplus du bioxyde de cuivre est ramené à l'état d'oxyde cuivreux, qui tombe au fond du flacon, ainsi qu'on l'observe dans le cas d'une expérience directe

3 Cu O, Cu Cl=, 4 H= O + 4 Cu -h 2 Na Cl = Cu^ Cl=, 2 Na Cl -f 3 Cu= O -f 4 H= O;

cependant la solution du chlorure double, subissant le contact de l'air qui pénètre la masse, se suroxyde à son tour, comme il est aisé de le vérifier avec cette solution prise isolément; et elle reproduit du chlorure de sodium, de l'atakamite et du chlorure cuivrique,

3 Cu= Cl= -f 3 O + 4 H= O = 3 Cu O, Cu CV; 4 H^ O -{- 2 Cu Cl=.

Le chlorure cuivrique excédant, s'il se trouve au contact de l'air et du cuivre, ou bien du protoxyde de cuivre, passe également à l'état d'oxychlorure

Cu Cl= + 3 Cu + 3 O -^ 4 H^ O --- 3 Cu O, Cu Cl% 4 H= O.

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Nous sommes donc revenus au point de départ, c'est-à-dire en présence du chlorure de sodium et de l'atakamite initiaux; tandis qu'une proportion de cuivre métallique, égale à celle qui était à l'état de bioxyde dans l'atakamite, a passé à l'état de protoxyde, en s'unissant à l'oxygène atmosphérique.

Toutes ces réactions sont d'ailleurs exothermiques, ainsi qu'il est facile de le vérifier, et leur réalité se constate, je le répète, par des expériences directes.

C'est ce cycle de réactions, indéfiniment reproduit, sous l'influence de l'oxygène et de l'humidité, qui détruit le cuivre métallique enseveli dans des terrains humides et même le cuivre conservé dans nos musées.

La surface du métal une fois attaquée et une trace de chlorure de sodium introduite dans son épaisseur, l'attaque se poursuit lentement, en développant du protoxyde; elle détermine de proche en proche l'oxydation et le gonflement du métal oxydé, et par suite sa désagrégation jusqu'au cœur même de la masse.

III. Sur l'altération lente des objets d'argent au sein de la terre.

L'examen des objets d'argent du trésor de Dahchour, communiqués par M. de Morgan, et celui de vases provenant des fouilles de M. de Sarzec, communiqués par M. Heuzey, montrent que ces objets ont subi une altération plus ou moins profonde : leur surface a perdu son éclat et est changée en chlorure d'argent.

Cette altération est due également à la présence des chlorures dans le sol, spécialement à l'action du chlorure de sodium dissout, agissant avec le concours de l'oxygène et de l'acide carbonique de l'air. — On peut constater aisément la réaction de ces agents sur l'argent, en abandonnant un objet d'argent, dans une salière, au sein d'une atmosphère humide. L'argent se dépolit, s'altère et se désagrège lentement, par .suite de la formation d'un chlorure double d'argent et de sodium, et du carbonate de soude.

2 Ag + O - (n + 2) Na Cl ^ C0= = 2 Ag Cl, n Na Cl + CO^Na=

Mais cette réaction, à l'opposé de celle qui s'exerce sur le cuivre, ne se renouvelle pas; à moins que l'on n'opère en présence de masses considérables d'eau salée, susceptibles de dissoudre le chlorure double. Cette circonstance étant réalisée dans la mer, les objets d'argent y disparaissent à la longue. Mais dans les Musées, l'altération demeure proportionnelle à la dose de chlorure de sodium, inclus dans l'objet, c'est-à-dire minime. Au contraire, au sein des eaux saumâtres, ou d'un terrain qui en est imprégné, le renouvellement lent des liquides peut amener une altération plus ou moins profonde de l'objet. Il arrive même, ainsi que je l'ai observé, qu'il se forme dans certains cas un sous-chlorure d'argent très stable et imprégné dans la masse : dans cet état il résiste à l'action dissolvante de l'ammoniaque et à celle du cyanure de potassium.

IV. Efjlorescences recueillies sur les grès tendres, dans les galeries creusées au teinps de la xn" dynastie, à Dahchour.

Ces efflorescences m'ont été envoyées par M. de Morgan. Ce sont des aiguilles soyeuses, très fines, longues de 10 centimètres et plus, et qui rappellent l'amiante. J'avais pensé d'abord au sulfate de soude, qui s'effleurit si aisément à la surface de certains sols en Egypte : mais ce sel ne

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tarde pas à perdre son éclat au contact de l'air, ce que ne fait pas le corps précédent. J'avais pensé aussi aux stalactites du carbonate de chaux. En réalité, l'analyse a montré que c'était là du sulfate de chaux pur, avec son eau d'hydratation. On connaît les apparences multiples de ce sel. Mais il y aurait lieu d'examiner si la roche qui l'a fourni n'est pas elle-même riche en sulfate de chaux.

V. Analyse des objets de cuivre, d'étain et de bronie, provenant des fouilles de Dahchour et du

Musée de Giièh.

Les objets nouveaux que je vais étudier m'ont été adressés par M. de Morgan, directeur général du service des antiquités en Egypte. La plupart proviennent de la nécropole de Dahchour, près du site de l'ancienne Memphis, et ils ont été trouvés devant M. de Morgan lui-même. Ils comprennent, d'après les indications fournies par ce savant :

1° Des fragments d'un vase de cuivre, provenant d'un mastaba, postérieur au temps du roi Snéfrou, et qui paraît avoir été construit au temps de la v*" dynastie. 2° Un anneau trouvé dans le même puits, de date incertaine. 3° Un fragment de vase de la vi'' dynastie. 4° Lîn miroir d'Ament, xi" dynastie.

5° Un fragment de bracelet du trésor de Dahchour, xii"^ dynastie. 6° Un crochet de bronze, xii' dynastie.

7° Un clou de bronze, provenant de la statue du roi Hor-Fou-Ab-Ra, xu^ dynastie. 8° Un outil de fondation du temple de Deir el-Bahari, au temps de Thotmès UI, xviii" dynastie. 9° Une bague provenant de Danaqla, xix'^ dynastie. io° Une autre bague de Danaqla, avec sceau, xix^ dynastie. Il" Un vase datant de l'époque des xviii'^ — xx" dynasties. 1 2° Une pointe de flèche d'Abydos, xx" dynastie. i3" Tablettes de fondation du temple de Tanis, xxi'' dynastie. 14° Socle de statue de Chechanq, xxii' dynastie. 15° Pointe de flèche, époque incertaine. 16° Miroir, époque incertaine.

Entrons dans quelque détail sur ces objets et sur leur analyse. Les objets ont été rangés dans cette description par ordre chronologique.

1° Fragment d'un vase de cuivre.

Ce vase a été trouvé dans un mastaba de la nécropole de Dahchour, près du site de l'ancienne Memphis.

D'après une lettre de M. de Morgan, le vase de cuivre avait été écrasé dans un angle de la chambre funéraire et il a été retiré des décombres, dans des conditions telles qu'il est impossible de douter de son antiquité reculée. En effet, le groupe des mastaba, d'après les observations faites jusqu'à ce jour, appartient à une époque voisine du roi Snéfrou, et qui paraît répondre à la iv" ou v'' dynastie.

Ce vase se présente en fragments de quelques centimètres carrés. Le métal est profondément altéré et imprégné d'oxychlorure, produit sans doute par l'action prolongée des eaux saumâtres. La couche métallique, épaisse de i'""'5 à 2'"'", forme un noyau revêtu par un enduit verdâtre. La couche métallique elle-même offre sur la tranche, à la surface, deux, trois et jusqu'à

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cinq lignes parallèles, suivant les places; ces lignes étant accusées par les produits oxychlorurés qui en garnissent les intervalles; comme si le vase avait été obtenu en superposant plusieurs feuilles métalliques distinctes. Toutefois il me paraît plus probable que cette apparence résulte des refoulements locaux et variables d'une feuille unique, soumise au battage du marteau : le vase conserve ainsi quelque trace des procédés suivis dans sa fabrication. Voici les résultats fournis par l'analyse :

Cuivre 7i;9

Chlore (à l'état d'atakamite) 6, 2

Oxygène correspondant, à l'état de bioxyde (dans les oxychlorurés) 4, 2

Oxygène à l'état de protoxyde (dans la masse principale) 6, i

Eau de l'atakamite 6, 3

Soufre (en partie à l'état de sulfure de cuivre, en partie de sulfate de chaux) ... o, 15

Silice et matières fixes insolubles o, 85

95; 7 Arsenic (dose notable dans le métal), acide carbonique, chaux, sels alcalins, eau,

trace de matière organique (dans la patine) 4, 3

Ni étain, ni plomb, ni antimoine, ni zinc, ni fer, en proportion sensible.

Cette matière, étant chauffée au rouge, au sein d'un long tube de verre dur, dans un courant d'azote, a perdu 8, 4 centièmes de son poids (eau, acide carbonique, traces de chlorure cuivreux et d'acide chlorhydrique, 'matières organiques).

Les produits volatilisés dans ces conditions renfermaient Cl = i,83.

En continuant à chauffer dans un courant d'hydrogène consécutif, la perte s'est accrue de I 7, 8 centièmes; soit en tout 26, 2.

La seconde perte comprend l'eau, répondant à l'oxygène des oxydes de cuivre, et le chlore de l'atakamite 3 CuO, CuCP, 4 ffO. — En outre, il se volatilise un peu de cuivre, sous la forme de protochlorure, lequel se réduit et forme une couche miroitante de métal à la surface intérieure du tube de verre; le poids en est d'ailleurs minime. Les matières volatilisées ainsi dans l'hydrogène contenaient Cl = 4, 34.

Le poids de l'atakamite se déduit du poids total du chlore : 6, 1 7 centièmes, et il fournit ensuite, par le calcul, les nombres relatifs à l'eau de l'atakamite et au bioxyde de cuivre. Enfin la perte de poids dans l'hydrogène, après que l'on en a déduit le poids du chlore de l'acide chlorhydrique et le poids de l'oxygène répondant au bioxyde, permet de calculer le poids de l'oxygène qui répondait au protoxyde de cuivre.

Développons cette évaluation. L'atakamite renfermait, d'après le calcul précédent :

Cu = 22, I centièmes.

Il reste donc 4g, 8 centièmes de cuivre, en dehors de ce minéral.

Mais l'oxygène combiné au cuivre et calculé d'après les analyses serait égal à 6, i 7 centièmes. Or, le protoxyde en exigerait 6, 2 : ce qui montre que la totalité du cuivre (en dehors de l'atakamite) est bien réellement à l'état de protoxyde.

Enfin d'après ces calculs, la perte dans l'hydrogène devrait être égale à 16, 5 centièmes, au lieu de 17,8 centièmes qui ont été trouvés : ce faible écart est dû en majeure partie au cuivre volatilisé.

On voit que le métal est ici entièrement oxydé : soit que l'oxygène ait été fixé par une réaction prolongée, produite pendant la conservation des vases, soit que le métal primitif ait déjà été

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mélangé d'oxyde, lors de sa fabrication, comme M. Gladstone l'a supposé pour des échantillons analogues. Mais cette hypothèse paraît moins probable d'après les faits exposés plus haut (chapitre 2).

Lorsque la matière que je viens d'étudier a été décapée, au moyen de l'acide azotique bouillant, puis lavée à l'eau pure et séchée, elle ne tarde pas, sous les influences atmosphériques, à se recouvrir, par une sorte d'efflorescence, d'atakamite cristallisée et verdâtre, qui semble ressortir du centre de la masse.

J'ai fait une observation semblable sur les statuettes votives de Tello (Chaldée) que j'avais précédemment analysées {La Chimie an moyen âge, t. I, p. Sgi), en en cassant un fragment, détaché sans aucun lavage. Les parties ainsi dénudées n'ont pas tardé à laisser transsuder de l'atakamite, sous forme de taches vertes et circulaires.

Il résulte de ces observations que de tels métaux sont imprégnés jusqu'au cœur, par des chlorures cuivreux ou alcalinocuivreux : circonstance qui conduit à penser que l'oxygène y a été aussi introduit peu à peu, par le jeu lent des réactions atmosphériques, avec un gonflement progressif, susceptible de désorganiser toute la masse et d'en détruire en partie la cohésion.

2° Anneau ou bracelet, trouvé dans le même puits, de date incertaine.

Il a été rencontré plus près de l'entrée, de telle sorte que, le tombeau ayant été pillé dans l'antiquité, il n'est pas possible d'être affirmatif quant à l'âge de ce dernier objet. C'est un grand anneau ouvert, destiné à entourer le bras ou la jambe. Cet anneau renfermait, d'après l'analyse :

Cuivre 76,61 et 76,71

Étain » 8, 2

Plomb 5, 39 et 5,72

90,6 Traces d'arsenic.

Ni fer, ni zinc, ni antimoine.

Chlore (atakamite), oxygène, eau, traces de soufre, sels

calcaires et alcalins, etc g, 4

On voit que l'anneau est formé par un bronze plombifère et se rapproche de certains laitons. Le métal pur devait être jaune; mais la formation de l'oxyde cuivreux a coloré la masse en rouge. L'atakamite forme une patine ou enduit superficiel; lorsqu'on enlève cet enduit, l'oxychlorure de cuivre ne tarde pas à s'effleurir de nouveau à la surface, comme dans le cas ci-dessus.

Si les deux objets précédents avaient été trouvés ensemble, et s'ils remontaient tous deux à l'époque de Snéfrou, l'existence du bronze à cette époque reculée ne serait pas douteuse. Mais nous avons vu plus haut que le vase de cuivre seul peut être garanti comme remontant à la construction du mastaba; l'anneau ayant été trouvé près de l'entrée, c'est-à-dire à une place où il a pu arriver plus tard, par suite de diverses causes accidentelles.

3° Fragment de vase de la vi" dynastie.

Fragment laminaire; aplati; épais d'un millimètre environ. Partie centrale rougeâtre. Forte patine verte, plus épaisse d'un côté. La matière se désagrège par feuillets, indice du battage primitif de la pièce.

ÉTUDE SUR LES MÉTAUX, ETC. iSg

L'analyse a donné :

Cuivre 86, 23

Étain 5,68

91,91 Oxygène, eau, chlore, matières diverses, etc 8, 09

Ni plomb, ni zinc, ni fer, ni arsenic. L'oxyde d'étain calciné a une teinte rouge.

Le rapport du cuivre à l'étain, dan.s 100 parties de l'alliage métallique, serait le suivant :

Cuivre 93,8

Étain 6, 2

Ce qui répondrait à un l)ronze pauvre en étain, comme si ce métal, rare et précieux à cette époque reculée, eût été employé en petite quantité.

4° Miroir d'Ament, aV dynastie.

Ce miroir est constitué par du cuivre presque pur, exempt d'étain, de plomb, de zinc, mais contenant des traces d'arsenic.

L'absence de l'étain dans ce miroir mérite d'être notée; car aux époques postérieures les miroirs ont été généralement fabriqués en bronze ou en argent, ces métaux étant susceptibles d'un plus beau poli et se conservant mieux que le cuivre pur au contact de l'air.

5° Fragment de bracelet, trésor de Dahchour, xii' dynastie.

Diamètre moyen 2""\5. Pointe se réduisant à i™". La partie plus épaisse a 4™"', patine comprise. Noyau rougeâtre. Patine très épaisse par places, et portant même le diamètre extérieur jusqu'à 5™™. Atakamite verdâtre, à la surface.

La longueur de ce fragment est de 10 à 12 centimètres. Il est rond.

On a analysé séparément la matière métallique centrale, séparée de la patine autant que possible, et la patine. On a trouvé :

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