V. Étain contenant du cuivre
Bague de Danaqla, avec sceau, xix" dynastie.
Cuivre 16, 28
Plomb 1,00
D'après ces analyses, on voit que les objets les plus anciens, jusqu'à la vi" dynastie, sont en cuivre pur. Mais dès la vi" on voit apparaître un vase contenant 6 centièmes environ d'étain, c'està-dire renfermant déjà ce métal, quoiqu'à faible dose : comme s'il était encore rare et précieux. Cependant il ne faudrait pas conclure réciproquement à l'antiquité de tout objet de cuivre pur. En effet, on a continué à fabriquer des objets en cuivre exempt d'étain, comme en témoignent un miroir, un outil, une tablette de fondation de Tanis, pour des raisons d'économie, ou autres, que nous ne connaissons pas. La fabrication des objets en cuivre sensiblement pur n'a d'ailleurs jamais cessé ni en Orient, ni en Occident : la chaudronnerie europénne les emploie encore. Mais ils ne servent plus ni comme outils, ni comme miroirs : l'existence d'un miroir en cuivre de la xf dynastie mérite à cet égard d'être notée, le bronze étant bien préférable, comme poli et inaltérabilité. Peut-être ne l'employait- on pas encore comme miroir au temps de la xr'^ dynastie. Mais son usage pour cette application était devenu presque universel au temps de l'empire romain, ainsi qu'en témoigne l'existence des fabriques de Brundusium, qui ont donné leur nom au bronze : œs briindusiniun. '
Les objets pauvres en étain appartiennent à toute époque, depuis la vi^ jusqu'à la xxii" dynastie.
Le bronze proprement dit était fabriqué dès la xii" dynastie et sa production n'a jamais cessé jusqu'à notre temps. On remarquera qu'au temps de la xii'^ dynastie à Dahchour, on rencontre au même endroit des objets contemporains avec des richesses en étain très inégales, telles qu'un clou, trouvé avec une statue du roi Hor-Fou-Ab-Ra, qui contient seulement i centième d'étain; un crochet, trouvé dans le cercueil du même roi qui renfermait 10 centièmes d'étain; un bracelet, du trésor de Dahchour, qui contient 16 centièmes d'étain. — On ne saurait donc conclure de la proportion relative de l'étain la date probable d'un objet.
Un seul alliage ternaire, riche à la fois en plomb et en étain, a été rencontré dans les fouilles actuelles.
Parmi les deux bagues de Danaqla (xix'^ dynastie) il en est une remarquable par sa grande
I. Inirod. à la Chimie des Anciens, p. 275. — La Chimie au moyen âge, t. I, p. 356.
lîTUDE SUR LEvS MliTAUX, ETC. I45
richesse en étain (75,66) comparé au cuivre {16, 23), et par la présence du plomb (1,0). Cette bague est munie d'un sceau; mais elle est si molle et déformable, qu'il est difficile d'admettre qu'elle ait été destinée à être portée. Ce devait être quelqu'ex voto, ou objet magique. L'autre bague de Danaqla, au contraire, est un bronze dur, d'usage courant.
VI. Analyse des objets d'or et d argent, provenant des fouilles de Dahchour.
Ces objets m'ont été adressés, comme les autres, par M. de Morgan. Ils comprennent :
1° Des perles d'or, du collier de la princesse Noub-Hotep, xii*^ dynastie.
2° Des feuilles d'or du cercueil du roi Hor-Fou-Ab-Ra, xii"^ dynastie.
3° Des feuilles et fil d'or, du trésor de Dahchour.
4° Un morceau d'argent, du diadème de la princesse Noub-Hotep, xii° dynastie.
5° Un tube d'argent, du trésor de Dahchour.
Voici l'analyse de ces différents objets.
1° Perles d'or du collier de la princesse Noub-Hotep, xw-' dynastie.
Ce mot «perle» désigne de petits tubes cylindriques à section circulaire, destinés à être enfilés en forme de colHer. Diamètre extérieur 2""" 5 environ; épaisseur '/, à '/^ de miUimètre; longueur variable de 5™'" à 2™"'.
L'analyse a donné :
Or (dosé par différence) '. . . . 82, 94
Argent 16, 56
Cuivre o, 50
Ni zinc, ni arsenic.
Le métal, malgré son apparence, n'est pas de l'or pur, c'est de l'Electrum ou aseni.' — Je ne saurais dire si l'alliage était natif ou artificiel. Cependant la présence d'un demi centième de cuivre me ferait pencher pour la seconde opinion.
2° Feuilles d'or qui recoui'raient le cercueil du roi Hor-Fou-Ab-Ra, xir' dynastie.
Ce sont des feuilles d'or battu, d'une épaisseur sensible. Elles sont jaunes en dehors, rouges en dedans; ce qui leur donne l'apparence de feuilles d'or doublées de cuivre. Mais l'analyse a montré qu'il n'y avait en réalité qu'une seule couche métallique; la teinte intérieure paraissant due à quelque matière étrangère, probablement organique.
Or (dosé par différence) 85, 92
Argent i3,78
Cuivre o, 3o
Pas d'arsenic.
Cet alliage diffère peu de celui des perles du collier précédent.
3° Feuilles d'or du trésor de Dahchour.
Sans autre indication. La teinte en est plus franche que celle des précédentes. Elles sont accompagnées par un fil d'or à section quadrangulaire, provenant du coffret qui contenait les bijoux;
I. Origines de l' Alchimie, p. 215. — Introd. à la Chimie des Anciens, p. 62.