DEUXIÈME PARTIE
mouvement très familier h l'art grec primitif ^ Ce vase appartient à une classe assez nombreuse d'amphores qui par leur forme pansue et la couleur plus vive de la terre se distinguent des amphores à panse élancée de la classe attico -corinthienne et se rapprochent au contraire des amphores chalcidiennes ^. On trouve aussi quelquefois une forme massive où le contour de la panse n'est que le prolongement de celui du col ^. Les incisions sont assez nombreuses et il y a des retouches blanches et lilas peintes sur la couleur noire. Les animaux représentés sur la panse sont d'ordinaire des lions, des panthères, des coqs, des sphinx, des sirènes, des cygnes'*; on voit quelquefois aussi deux personnages l'un en face de l'autre: guerriers^, cavaliers*^, hommes dansant ^. Entre ces deux figures il y a fréquemment un ornement floral, soit compliqué comme entre les coqs de notre vase ^, soit consistant simplement eu une rosette comme entre nos lions, ou en un bouton
^ Par exemple Archciologische Zeitung, T. XII, 1854, pl. LXI; Lenormant et de Witte, Elite des monuments céramo graphiques, 'T. III, pl. XXXII A; notre planche II, fig. 7; Bull, de correspondance hellénique, T. VII, 1883, pl. III; Annali delVInst., 1880, tav. d'agg. H; Mitth. des arch. Instituts, Athen. Ahth., T. XV, 1890, pl. XI; Inghiranii, Pitture di vasi etruschi, ^.111, yA. Antîke Denkmciler des arch.
Instituts, T. I, pl. XLIV (cf. encore Jahrhuch des arch. Inst., T. II, 1887, pl. VIII, fig. 2, et Monumenti delVInst., T. XI, pl. II, fig. 9 h) ; etc.
" Cf. par exemple Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, pl. CV-CVI, CXC-CXCI.
^ Forme: Furtwângler, Beschreihung der Vasensammlung, pl. IV, fig. 28.
^ Voir Lau, Die griechischen Vasen, pl. VIII, fig. 6. Museo etrusco gregoriano, T. II,y pl. XXXVI, fig, 3 6 et pl. XXXII, fig. 1 a (ce vase ne fait pas partie de la classe attico-corinthienne dans laquelle on l'a parfois classé: par exemple Von Rohden, dans Baumeister, Denkmaler des klassischen Altertums , p. 1972, fig. 2113). Monumenti et Annali, 1856, pl. X (cf. Pottier dans Dumont et Chaplain, Les céramiques de la Grèce propre, p. 325-326), avec des inscriptions qui semblent attiques (si du moins ce vase peut être classé dans la série en question, ce que je crois; la couleur de la terre est plus pâle). Furtwângler, Beschreihung der Vasensammlung, n"" 1702, 1703, J&h.rï,'\Beschreibtmg... zu Miinchen, n° 918. Heydemann, Die Vasensammlungen zu Neapel, n« 2832,
^ Jahn, l. c, n° 917.
" Museo etrusco gregoriano, T. II, pl. XXXVI, fig. 5 a. ' Furtwângler, l, c, n" 1700.
8 Cf. plus haut, p. 111, n. 2. Furtwângler, l. c, n° 1700. Heydemann, l. c, n" 2832. Mus. greg., T. II, pl. XXXII, fig. 1 a (entre les sphinx).
ÉTUDE DE S FOUILLES
de lotus dont la pointe est tournée en bas ; plus rarement un ou plusieurs personnages ou animaux ^ Dans le champ, quelquefois des rosettes ■. Au-dessus de cette représentation, des godrons avec des langues intérieures lilas et noires. Quelquefois le registre est supprimé ^. Dans un exemplaire du musée Grégorien il y a sous le sujet principal une zone d'animaux (lions, sangliers^, béliers, cygne). Sur le col sont peints soit des ornements semblables à ceux de notre vase ^, soit une chaîne de palmettes et de fleurs de lotus alternant ^, soit un simple cercle (point au centre) flanqué de deux zigzags verticaux ^, soit une tête barbue ceinte d'un bandeau, tournée à gauche (la barbe a une retouche rouge) et d'ordinaire flanquée de deux zigzags semblables ^. Au bas, d'ordinaire des arêtes rayonnantes ^. Les anses sont rondes. — Cette série d'amphores rappelle beaucoup les vases chalcidiens où l'on retrouve la disposition en quelque sorte héraldique des
' Furtwângler, l. c, n°» 1702, 1703: sirènes. 3Iuseo etr. grego7\,T.Il, ^ph XXXII, fig. la: deux sphinx. Ibid,, pl. XXXVI, 3 6: amazone. Jahn, Le, n" 918; musée des Conservateurs, n° 59: homme drapé. Même musée, n" 4: personnage nu. Même musée, n° 66; trois hommes nus dansant (cf. le revers de notre vase d'Hercule et des Amazones). Monumenti et Annali, 1856, pl. X: deux hommes nus dansant. — Quelquefois on ne voit des animaux affrontés que d'un seul côté ; de l'autre, il y a une scène avec plusieurs personnages: cavalier perçant de sa lance une biche (Museo etr. greg., pl. XXXVI, fig. 8 a) ; quatre hommes barbus, enveloppés dans des manteaux, s'avançant vers un personnage vêtu de même (musée des Conserv., n" 32); Athéna combattant un géant (autre vase du même musée) ; deux guerriers combattant devant d'autres personnages (Museo etr. greg.; pl. XXXII, fig. 1 a) ; délivrance de Déjanire (Furtv;^ângler, l. c, n" 1702); Athéna, Hermès et autres personnages (Furtwângler, n" 1703); Apollon et Tityos {Monumenti et Annali, 1856, pl. X).
^ Par exemple Jahn, l. c, n° 918.
^ Furtwângler, n»" 1702, 1703. Museo etr. greg., pl. XXXII, fig. 1. Monumenti et Annali, 1. c. Etc.
^ Museo etr. greg., 1. c.
Museo etr. greg., pl. XXXII, fig. 1; pl. XXXVI, fig. S Etc. ^ Furtwângler, l. c, n" 1702. Momimenti et Annali, 1. c. ^ Furtwângler, n"» 1700 et 1703.
* Museo etr. greg., pl. XXXVI, fig. 5. Jahn, l. c, n"= 917 et 918. Heydemann, l. c, n° 2832. Musée des Conservateurs, w 4, 8, 32, 59.
' Il n'y en a pas dans: Furtwângler, n»" 1702-1703; Museo etr. greg., pl. XXXVI, fig. 3; Monumenti et Annali, 1. c.
DEUXIÈME PAETIE.
figures affrontées, les coqs, les rosettes, les boutons de lotus montés sur une tige ^ Parmi les produits attiques c'est surtout avec les amphores de la classe à laquelle appartient notre vase d'Hercule et des Amazones qu'elle présente d'étroites ressemblances ~.
La tombe XLV (n° 1) a donné une amphore à figures noires, reproduite planche VII-VIII, faisant partie d'une série dont les caractères sont facilement reconnaissables ^. Le col présente soit une chaîne
1 Cf. par exemple Mon. delVlnst., T. I, pl. XXVI, fig. 11; pl. XXVII, fig. 27; pl. LI; Inghirami, Pithire di vasi etnischi, T. III, pl. CCLXXVIII et CCLXXIX.
■ Cf. par exemple pour les entrelacs du col de notre amphore: Lian, Die griechîschen Vasen, pl. VIII, 1 h ; Gerhard, JStruskische und kampanîsehe Vasenbilder, pl. X, fig. 5 et 6 (voir aussi un vase de même style, Mitth. des arch. Instituts, Atlien. Ahth,, T. XV, 1890, pl. XI); — pour les deux animaux disposés symétriquement l'un en face de l'autre et séparés parfois par un ou plusieurs animaux ou personnages: notre amphore, pl. V-VI; Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, pl. CCXXIII; Furtwangler, l. c, n*^ 1706; — pour les coqs: Monumentî dell'Inst., T. YK, t^LIS^J Museo etr. greg., T. II, pl. XXXII, fig. 2; — pour les rosettes: Gerhard, l. c, Turtwàngler, l. c. (voir encore Athen. Mitth., I. c. et le vase François, Wiener Yorlegehldtter, 1888, pl. III, quatrième rangée).
^ Je citerai les exemplaires suivants que j'ai pu voir ou qui sont soit publiés, soit décrits d'une manière suffisante :
A) Museo etrusco gregoriano, T. II, pl. XLIV (Vulci).
B) Ibid., pl. LI, fig. 2.
C) Musée de Munich : Micali, Monimenti inediti, pl. XLIV, fig. 1 ; Jahn, Besclireibung der Vasensammlung, n" 77 (Vulci).
D) Ibid. : Micali, 3Ion. ined., pl. XLIV, fig. 2 ; Jahn, 79.
E) Ibid. : Jahn, n° 82 (Vulci). — E'"") Le n» 84 (Vulci) appartient très probablement aussi à la même catégorie.
F) Musée de Berlin: Furtwangler, Beschreibung der Vasensammlung, 1715 . (Vulci).
G) Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, pl. CXVILCXVIII, fig. 3 et 4.
H) Micali, Monumentî per servire alla storia, pl. LXXV et LXXVI bas (Vulci).
I) Micali, ibid., pl. LXXVII-LXXVIII (Vulci).
J) Schône, Le antichità del museo Brocchi di Adria, p. 26, n- 7, pl. XV, fig. 1 et 2 (cf. aussi Not. d. Scavi, 1879, pl. III, n" 47, mais l'ornementation du vase était différente).
K) Von Urlichs, Beitrage zur Kunstgeschichte, p. 16 sq., pl. I-VI. L'auteur, p. 21, cite encore deux amphores de la même classe, conservées comme celle-là à Wurzbourg. " , .; . .
ÉTUDE DES FOUILLES
de palmettes et de fleurs de lotus ^, soit des personnages, souvent une scëne de lutte comme sur la panse de notre amphore ~. A la gorge, une zone de godrons très fins, avec des langues intérieures alternativements noires et roses; au dessous d'ordinaire une zone de boutons de lotus ^. Il 3^ a aussi de fins godrons, semblables à ceux de la gorge,
L) Musée de Florence, n" 1818. Sur le col, d'uu côté, scène de lutte (cf. le col de A et de K), de l'autre, homme s'armant entouré de trois personnages nus. — Sur la panse, de chaque côté, un hoplite et un homme vêtu d'un longue tunique et d'un manteau, tenant tous les deux une lance, l'un en face de l'autre.
M) Ihid., n" 1788. Sur le col, d'un côté, quatre personnages, l'un nu, un autre vêtu d'une chlamyde, les deux autres d'une longue tunique et d'un manteau ; l'un d'eux tient une grenade. Au revers, scène de lutte. — Sur la panse, par-devant, homme barbu assis sur un trône ; devant lui un héraut tenant un caducée ; six personnages nus ou vêtus d'une longue tunique et d'un manteau complètent la scène. Au revers, cavalier entouré de quatre autres personnages. Cette amphore est presque entièrement semblable à K.
N) Ihîd., tombe d'Orvieto; le bas manque (voir Milaui, Museo îtaliano di antichità classica, T. HT, p, 212, n° 11). Sur le col, de chaque côté, scène de lutte. — Sur la panse, même sujet que sur la partie antérieure de M; le revers est à peu près semblable (cf. le même sujet sur une amphore de la même tombe, qui est probablement de la même fabrique mais ne présente pas la même décoration: Helbig, Bull. delVInst., 1882, p. 236, n" 8).
0) Amphore trouvée à Orvieto, au musée municipal (Helbig, Bull. dell'Inst., 1881, p. 267; cf. Gamurrini, Not. d. Scavi, 1881, p. 51). Sur la panse, de chaque côté, deux hoplites combattant.
P) Autre presque entièrement semblable au musée Faina à Orvieto. — P' '-) Fragment d'une autre semblable au musée municipal.
Q) Musée d'Orvieto (très endommagée). D'un côté, Dionysos (?) avec d'autres personnages. Je n'ai pas pu voir le revers.
E,) Collection Bruschi à Corneto. Sur le col, par-devant, un personnage barbu, ailé, courant entre deux hommes dont l'un est nu, l'autre vêtu d'une longue tunique et d'un manteau. Le revers est à peu près semblable. — Sur la panse, par-devant, deux personnages nus en face l'un de l'autre; derrière celui de droite, une biche; de chaque côté, un homme avec longue tunique et manteau ; derrière celui de gauche il y a en outre un personnage nu. Revers semblable.
Sur cette classe d'amphores, voir quelques indications de Jahn, Beschreibung der Vasensammhmg e,u Milnchen, Einleitung, p. CLXXI et de Von Urlichs, Beitrnge zur Kunstge.'ichichte, p. 16 sq. (cf. n" K). 1 B, C, D, F, I, 0, P, Q.
^ A, K, L, M, N; cf. H, Urlichs, l. c, p. 21, dit que les lances portées par les assistants excluent l'idée d'une lutte pacifique. Je ne le pense pas, car ces personnages tiennent quelquefois aussi des couronnes. — Pour d'autres sujets, voir L, M, R.
DEUXIÈME PARTIK.
au-dessous de l'attache inférieure de chaque anse dont ils suivent le contour ; cette série de godrons se termine de chaque côté par une volute. — Sur la panse, des figures qui ne sont pas enfermées dans un registre. On y voit des lutteurs comme dans notre exemplaire ^ ; des hoplites combattant un cavalier entouré de plusieurs personnages debout^; un personnage assis conversant avec un personnage ailé ou avec un homme tenant un caducée un personnage (Dionysos*?) s'apprêtant a boire, entouré de plusieurs compagnons, près de lui une biche ou un bouc ^; la scène connue sous le nom du départ du guerrier"; les apprêts d'un sacrifice ^. Les scènes certainement mythologiques sont rares ^. Souvent le devant et le revers se ressemblent presque exactement ^. Au-dessous de chaque anse, une ou plusieurs petites figures d'hommes ou d'animaux: lutteurs cavalier satyre poursuivant une femme ou dansant avec elle homme barbu ailé Hercule et le lion de Néniée sphinx cheval ailé et au-dessus un oiseau panthères dévorant une biche trépied Parfois ces figures sont remplacées par
- D (?), F, G (Urlichs, p. 17, n. 5 y voit sans raisons suffisantes le combat d'Achille et de Memnon), I, 0, P, P'^'".
^ E, E*"'», J, K, M. Selon Urlichs, le départ de Troïle; pour moi, je crois que l'artiste a simplement voulu représenter un cavalier quelconque.
* B, K, M, N. Urlichs y voit Thaltyhios devant Priam : c'est plus que douteux.
^ C, I, J, probablement aussi Q. Cf. encore R. . H; cf. peut-être aussi L. , •
^ G: Hercule et Nessus (Cf. E'''''), F: Hermès et autres divinités (?). A, B, D, E, H, L, N, O, P, R. — De même pour les représentations du col: A, H, K, L, N, R.
ÉTUDE DES FOUILLES
de riches enroulements terminés par des palmettes \ Au bas de la panse il y a deux séries d'arêtes rayonnantes. Très souvent, au-dessus de ces arêtes, une zone de boutons de lotus ~. Je ne connais qu'un exemplaire où Ton voie sous les figures des bandes circulaires ^. Les anses sont d'ordinaire arrondies, quelquefois aplaties avec deux profondes fentes longitudinales ^.
' Ces amphores sont d'une technique très soignée. Les incisions sont nombreuses ; les artistes ont fait un grand emploi du rose-lilas qu'ils ont étendu sur de larges surfaces : on voit cette couleur non-seulement sur les vêtements, mais aussi sur les cheveux, la barbe et les seins nus des personnages. Les vêtements sont richement ornés, quelquefois à l'aide d'incisions, le plus souvent avec des mouchetures roses, et de petits cercles de points blancs. Les figures nues ont souvent des colliers indiqués à l'aide de retouches roses et blanches. Le style est archaïque, mais d'un archaïsme qui semble affecté. Les personnages se présentent toujours de profil, l'œil en amande, la prunelle vue de face, le nez et la barbe pointus et allongés ; les cuisses et les poitrines ont un fort développement ; les doigts sont effilés. Les poses sont peu variées, conventionnelles, presque mécaniques. D'après leur style, ces amphores sont contemporaines des œuvres d'Exékias et d'Amasis ; elles datent de la seconde moitié du sixième siècle. On en a du reste trouvé des exemplaires avec des vases de cette époque '\ Il n'est pas douteux qu'elles appartiennent à, la céramique attique
1 L, pw- (cf. pour le motif Wiener Vorlegeblàtter, 1888, pl. VI, fig. 3 rf). ^ B, C, F, I, J, L, P, Q.
^ Voir Helbig, Bull. delVlnst, 1881, p. 265 sq.; 1882, p. 234 sq. (Cf. Milani, Museo îtaliano di antichità classica, T. III, p. 209 sq.).
" Cf. surtout 'K'jxy.spi; àpyaic.y.o-^t./.r., 1888, pl. XII, fig. 2: fragment signé par le potier attique Euphilétos (voir Klein, Die griechischen Vasen mit Meistersignaturen, deuxième édition, p. 49) et trouvé à Eleusis.